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21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 23:41

Le bateau est prêt. Prêt à être chargé sur un camion puis transporté de l’extrémité nord du golfe de Botnie jusqu’à Narvik en Norvège.
Chargement et départ prévu jeudi 13 août, puis en fait chacun des jours suivants jusqu’à, enfin, lundi 17 août.
L’installation du bateau sur cette  remorque prévue pour le transport de pelles mécaniques et autres engins de travaux publics nécessite un aménagement particulier, pose de traverses en acier pour servir de support aux quilles qui sont trop espacées pour trouver appui sur la remorque.
Travail extrêmement bien réalisé dans ce chantier naval. Le bateau me paraît parfaitement calé et de
fait,
 il ne bougera pas d’un millimètre pendant le trajet.
Départ à 10h45 pour 500 km à travers la Laponie
suédoise. Les routes sont excellentes et nous roulons à 80 km/h derrière la voiture pilote. Je suis très content de pouvoir faire le trajet dans le camion. J’ai toujours bien aimé rouler en camion. On a un autre point de vue sur l’environnement, beaucoup plus dominant. Dans une autre vie, je serai chauffeur routier, juste pour le plaisir de voir du pays, haut perché au dessus de la route.
La route s’élève lentement en traversant d’abord des forêts de résineux puis des forêts de bouleaux. Très souvent nous longeons des lacs, plus ou moins grands. Tout est très vert.
Après Kiruna, assez grande ville minière du nord ouest, à 150 km de la frontière, la végétation est beaucoup moins élevée et les nuages doivent descendre à 3 ou 4 m du sol pour se gratter le ventre sur la cimes des conifères.
On sent déjà la montagne.
Alors que jusque là le relief était assez doux, il devient rapidement plus accidenté, beaucoup plus minéral que végétal, des sommets rocheux, à 1300 ou 1500 m, apparaissent devant nous, comme pour nous couper la voie. Certains portent encore des plaques de neiges de l’hiver dernier.
Nous les contournons, nous nous glissons entre eux et entre 2 averses de pluie.
Et encore des lacs dont un très grand. Sur les rivages, des petites cabanes de bois (environ 1,50 m x 1.50 m) sont posées et attendent patiemment que les eaux gèlent pour être transportées sur la glace: une fois posées, elles serviront d’abris aux pêcheurs qui tenteront d’attraper les poissons par des trous creusés dans la glace.
Entre 2 ondées, s’infiltrant entre les nuages, les rayons lumineux nous gratifient de superbes éclairages et parfois d’arcs en ciel.

Noua arrivons vers 21 h à la frontière.
Pourquoi les postes frontières sont-ils aussi souvent situés dans des endroits plutôt déserts, environnés de rochers gris, où tout devient sinistre dès qu’un épais chapeau nuageux se pose dessus ?
Le bateau mesurant 4 m de large, nous devons avoir une escorte de police pour la portion norvégienne du trajet (46 km).
Il est tard et nous pensons devoir dormir sur place. C’est Baltic qui va être contente de me voir après avoir passé la journée seule dans le bateau secoué d’une manière inhabituelle.
Et, surprise, coup de téléphone de la police: jugeant qu’il est plus judicieux de faire rouler un tel convoi à une heure où il y a peu de trafic, ils annoncent qu’ils viennent nous chercher maintenant.
Baltic devra attendre un peu.
La descente vers Narvik est magnifique: univers minéral et lacustre décoré de petites maisons de bois colorées.
Le contraste avec le versant suédois est saisissant.
Puis ce que je croyais être un nouveau lac se révèle être un fjord. Mon premier fjord norvégien. Moi qui voulait tant les voir, j’y suis maintenant. Ma première impression sur ce pays scandinave est tout à fait réjouissante.
Une voiture de police devant, une autre derrière, nous arrivons après une heure et demi au port de commerce de Narvik. 23h30, je monte dans le bateau qui restera sur son support roulant jusqu’à demain, pour manger un peu et dormir sur un lit totalement immobile.
Hello Baltic, tu as passé une bonne journée ?
Apparemment pas trop. Un peu perturbée quand même. Bien contente de me retrouver après ce grand moment de solitude. On va pouvoir jouer un peu.
8h, le grutier est là. La grue est gigantesque ! Les 9 tonnes de Vò Lu Mondu vont être soulevées comme un kilo de plumes. Tout en douceur.
Pour remettre le mât ce sera malheureusement une autre histoire, le vent s’est levé et il y a pas mal de clapot.

Le bateau est un peu chahuté et le matage est un peu rock and roll: les feux de tête de mât, la girouette et l’antenne VHF vont prendre de sales coups.
Une fois le gréement assuré, direction le petit port de plaisance à environ 1/2 h de là.
Je m’y installe à couple d’un voilier suédois dont le propriétaire m’accueille très aimablement.
J’ai pas mal de travail pour régler le gréement, remettre en place tout ce qui a été démonté et débranché pour le transport. Cela va m’occuper pas mal d’heures.
J’ai heureusement  bénéficié de l’aide de mes 2 voisins, Jerk et Jan, pour remettre en place l’éolienne, pas évident du tout à faire tout seul.

Au programme également, grimper en haut des 15 m du mât pour évaluer les dégâts et et les réparer. Je n’ai pas le vertige mais je ne trouve pas ça très agréable, même si la vue depuis là-haut est toujours belle.
C’est vraiment un drôle de sentiment d’être amarré à 2 km des remontées mécaniques et des pistes de ski.  Les pistes  sont encore bien vertes bien sûr, même s’il y a encore des plaques de neiges sur les versants exposés au nord et même un glacier pas bien loin.
Le deuxième matin verra même les sommets environnants saupoudrés de quelques flocons nocturnes.
La météo est très changeante: on passe de 20° à 13° en très peu de temps, du soleil à la pluie tout aussi rapidement, du calme plat aux bonnes rafales de vent provenant de directions imprévisibles.
Il fait combien en France en ce moment ? 35-38° ? Je crois bien que je vous envie un peu.
Mon voisin Jerk est une de mes belles rencontres.
C’est un plaisir de discuter avec lui. Nous nous invitons mutuellement pour boire un coup, pour partager un simple repas. Il me raconte un peu de son histoire.
A 65 ans, il part pour réaliser un rêve: aller depuis la Suède jusqu’en Angleterre seul sur son voilier de 9 m.
Parvenu à son but, Falmouth, au sud ouest de l’Angleterre, il rencontre des navigateurs suédois qui l’invitent (ou l’incitent) à les accompagner jusqu’aux îles Canaries. Pourquoi pas ? Il a du temps.
Donc, direction l’archipel espagnol où il restera une année.
Les Canaries sont le passage quasi obligé pour les voiliers qui veulent traverser l’océan Atlantique, direction les Caraïbes.
A force de voir tous ces bateaux qui partent vers l’ouest, forcément ça fait envie.
Donc, cap au 270.
Et les Caraïbes c’est la porte ouverte vers l’océan Pacifique via le canal de Panama. Mais faire ce pas là, c’est prendre la décision de faire le grand tour, sans retour en arrière.
La décision est prise, les alizés pacifiques gonfleront les voiles de Vindela, son petit voilier.
Il rentrera en Suède au bout de .... 10 ans de voyage non prévus !
Aujourd’hui, à 77 ans, il vient de terminer, toujours en solitaire, une petite promenade autour du sud de la Suède puis le long des côtes norvégiennes jusqu’à Narvik, 68° Nord.
Cet après-midi nous avons installé Vindela sur le même camion qui a transporté Vò Lu Mondu pour un trajet inverse.
Et Jerk m’a avoué que s’il avait 10 ans de moins, il repartirait bien refaire un petit tour autour de la planète bleue.
Ce soir je me retrouve seul dans le port et mon voisin me manque.


The boat is ready. Ready to be loaded on a truck then transported from the north end of the gulf of Botnia to Narvik, Norway.
Loading and start planned on thirsday 13th of august, then every following days till, at last, monday 17th.
To install the boat on that trailer made for scrapers and big machines needs a special  adaptation, 2 steel bars across to support the keels.
Excellent work made at the boatyard. The boat seems to me very well installed and in fact, it will not move one millimeter during the trip.
We leave at 10.45 a.m. for a 500 km trip across the swedish lappland.
Excellent roads and we go 80 km/h behind the leading car.
I’m very glad to go in the truck. I’ve always liked to be in a truck. We see the environment in another way, from higher. In another life, I will be a truck driver, just for the pleasure to see the landscape with a higher point of view.
The road goes up slowly crossing first pine trees forests then birch forests. Very often on lake sides, more or less large ones. Everything is very green.
After Kiruna, large mining town in the north west, 150 km from the border, the vegetation is much lower and clouds must go down to 3 or 4 meters to scratch their belly on the top of conifers.

We can now feel the mountain. Till now, the landscape was rather soft, it gets quickly more bumpy, more mineral than vegetal, rocky peaks, up to 1300 or 1500 m high, appear in front of us, just like to prevent us to go. We can see some snow, left from last winter.
We go around them, beetween them and downpour of rain.
More lakes, one being very large. On the shores, small wooden huts (about 1,5 x 1,5 m) are waiting the waters freeze to be installed on the ice: they will be use for fishing through holes in the thick ice.
Beetween 2 showers, going through the clouds, the light rays give us wonderful lightnings with some rainbows.

We get to the border by 9 p.m..
I wonder why  frontier posts are so often in desert places, with grey rocks around, where everything become so bleak as soon as a thick cloud stays on top of it.
As the boat is 4 m wide, we must have a police escort for the norwegian part of the trip (46 km).
It’s late and we think we’ll have to sleep here.
Baltic will be happy to see me as she has spent the whole day alone in the boat, shaked in an unusual way.
And, surprise, we get a phone call from the police: thinking it’s wiser to have such a large convoy when it’s a low traffic hour, they say they come now to get us.
Baltic will have to wait for a while.
Going down to Narvik is beautiful: rocks, lakes with small colored wooden houses.
Nothing in common with the swedish side.
Then what I tought to be a lake is in fact a fjord. My first norwegian fjord.
I was so looking forward to seeing them, here I am now.
My first impression on this scandinavian country is absolutely delightful.
A police car in front, another one behind, we arrive 1 and 1/2 hour later to Narvik commercial harbour. 11.30 p.m., I go in the boat, which will stay on the trailer till tomorrow,
to eat something and sleep in an absolutely still bed.
Hello Baltic, did you have a good day ?
It seems not. A little bit disturbed. Anyway, happy to see me after some loneliness. Time to play.

8 a.m., the crane man is there. The crane is huge. The 9 tons will be lifted like one kilo of feathers. Smoothly.
It's another story when it's time to put the mast on the boat, the wind is there and the sea is a little bit choppy.
The boat is a bit shaked and  the operation is somehow rock and roll: the navigation lights , the wind indicator and the VHF antenna are damaged.
Once the rig secured, I go to the small guest harbour, half an hour sailing.
Mooring side by side with a swedish boat with a friendly welcome from the owner.

I will be busy for some hours to put every thing back in order after the transport.
Fortunately, I get help from my two neighbours to put the wind generator back in place, quite difficult to do by myself.

And I have to climb at the top of the mast to have a look at the damaged equipments and fix them.
I’m not deezy but it’s not a good fun even if the view is nice from upthere.



It’s a strange feeling to be moored about 2 km from the ski  slopes. The slopes are still green, even if there is some snow on the northern side of the mountains, there is even a glacier not far from here.
The weather is very changing: from 20° to 13° in a very short time, from sun to rain very quickly, from flat calm to strong gusts from inpredictible directions.
My neighbour Jerk is a beautiful meeting.
It’s a real pleasure to talk with him. We invite each other to have a drink or to share a simple meal. And he tells me  a bit about his own story.
When he was 65, he had a dream: sailing from Sweden to England by himself with his 31 feet sailing boat Vindela.
Once the goal reached, Falmouth in the south west of England, he meets swedish sailors who invite him to go with them to the Canarias islands. Why not ? He has enough time.
So, let’s go to the spanish archipelago. He will stay there one year.
The Canarias islands are the on the way for Atlantic crossing sailing boats, to the Carabbeans.

Seeing all these boats going westward give him some ideas.
So, heading to 270°.
And the Carabbeans are the open door towards the Pacific ocean via the Panama canal.
But doing this step, it’s to take the decision to keep going westward with no come back.
And the trade winds will fill Vindela’s sails, his small sailing boat.
He will be back in Sweden after a 10 years non planned voyage.
Today, being 77, he has sailed, always single handed, around the south coast of Sweden and along the norwegian coasts up to Narvik, 68° N.
This afternoon we have loaded Vindela on a truck back to Sweden.
And Jerk admits if he was 10 years younger, he would go for another circum navigation.
Tonight, the harbour is empty and I miss my neighbour.


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commentaires

bruno 02/09/2009 20:55

moi aussi j'ai branché du monde sur ton trip.. Belles rencontres..Pensées+

Framboise 27/08/2009 21:25

Continue à rêver comme tu le fais, à voix haute pour que nous puissions rêver aussi.
Ici aux Pays-Bas, j'ai deux ou trois potes qui suivent maintenant tes aventures.
Vivre fort ! Toujours plus fort...
On t'accompagne.

j-p 24/08/2009 20:12

Merci marc pour cette nouvelle balade en bateau sur route! à travers des paysages qui confirment que tu es dans une région fabuleuse. Bon courage à toi pour tes "petits" travaux de remise en forme; Mon fils de 11 ans ce balade de tmps en temps sur ton blog et cela l'a d'autant plus motivé pour son stage de voile qui s'est déroulé en Manche navec du beau temps mais du bon vent d'ouest bien de chez nous car aprés ces études il partira faire un grand voyage (je lai déjà prévenu qu'il devra emmener son vieux père!)
Je te souhaite de faire encore de nombreuses rencontres magiques comme celle que tu vens de vivre et finalement c'est rassurant de voir que tout est envisageable dans nos vies, que tout n'est pas asseptisé et que c'est vraiment une question de choix et d'une force permettant d'éviter de se mettre des contraintes!

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"Seulement après que le dernier arbre a été coupé,
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alors seulement vous vous rendrez compte que l'argent ne peut être mangé."

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Plus tard tu découvriras que la perle et l'océan sont aussi en toi."
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"La vie c'est le truc qui passe pendant qu'on multiplie les projets."
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"Passer sa vie à cheminer le long d'une route droite, profondément encaissée entre de hauts talus, est faire médiocre usage des jours que le destin nous a accordés, tandis qu'ils peuvent être ensoleillés si l'on grimpe le talus pour flâner en liberté sur le vaste plateau qui le surmonte."
Alexandra David-Neel
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"7 heures du matin peut être. Je n'ai plus l'heure et je m'en moque."
Paul-Emile Victor
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"La seule chose dont on soit sûr à l'avance de l'échec, est celle que l'on ne tente pas."
Paul-Emile Victor
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"Je ne vois pas de délégation de nos Frères à quatre pattes.
Je ne vois pas de siège pour les Aigles.
Nous oublions et nous nous croyons supérieurs.
Mais nous ne sommes en fin de compte rien de plus qu'une partie de la Création. Et nous devons réfléchir pour comprendre où nous sommes situés.
Nous sommes quelque part entre la montagne et la fourmi.
Quelque part et seulement là comme une partie et parcelle de la Création."
Oren Lyons Iroquois Onondaga.
Extrait d'un appel aux organisations non gouvernementales des Nations Unies - Genève - Suisse - 1977.

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"La nature est lente mais sûre.
Elle ne travaille pas plus vite qu'elle n'a besoin de le faire.
Elle est la tortue qui remporte la course de la  persévérance."                                                                                                 

Henry David Thoreau
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"C'est une triste chose de penser que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas."
Victor Hugo
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"Qu'est-ce qu'en général qu'un voyageur ? C'est un homme qui s'en va chercher un bout de conversation au bout du monde."
Barbay d'Aurevilly
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" Faites ce que vous êtes capables d'effectuer ou croyez pouvoir faire. L'audace est porteuse de génie, de pouvoir et de magie."
Goethe

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"Si la cruauté humaine s'est tant exercée contre l'homme, c'est trop souvent qu'elle s'était fait la main sur les animaux. Tout homme qui chasse s'endurcit pour la guerre."
Marguerite Yourcenar
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"Il faut sauver les condors. Pas tellement parce que nous avons besoin des condors, mais parce que nous avons besoin de développer les qualités humaines pour les sauver. Car ce seront celles-là mêmes dont nous aurons besoin pour nous sauver nous-mêmes."
Mac Millan, ornithologue du XIXe siècle
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