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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 22:59

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Comment gérer le sommeil quand on est tout seul en bateau.

Ou plutôt ma recette à moi.

 

Navigation en solitaire pendant plusieurs jours donc plusieurs nuits, on fait comment pour dormir ?

Ben oui, un petit dodo de temps en temps c'est non seulement utile et agréable mais surtout indispensable.

Alors, ils font comment les navigateurs solitaires ?

Eh bien pas tous pareil.

Il y a les pros de la course au large qui ont étudié leur rythme de sommeil, quand et comment s'endormir pour un sommeil bref et récupérateur. Pour ça, travail avec des médecins et services spécialisés. Ils sont des dormeurs de haut niveau. Ca me ramène en mémoire que j'avais participé, il y a longtemps à Genève, à des recherches sur le sommeil dans un service de psychiatrie, non non, rassurez-vous, je n'étais pas interné. J'arrivais vers 21h et une infirmière me préparait une jolie tresse d'une vingtaine ou d'une trentaine de fils multicolores  qui reliaient autant d'électrodes fixées sur ma tête à un tableau électrique fixé au mur. Petite précision, c'est moi qui envoyais le courant électrique vers le tableau et pas l'inverse... Et de l'autre côté du mur, la salle des machines pour l'enregistrement.

Une fois branché, un petit comprimé de je ne sais quoi (inoffensif, je connaissais le directeur de recherche) et au dodo. Payé pour dormir, et petit déjeuner inclus !

Mais bon, je reviens à mes moutons qu'il faudra bien que je compte.

Ici, pas de préparation pour la nuit avec des petits fils rouge, bleu, vert, jaune, etc... mais en général avec un cordage noir, un jaune et parfois un gris. Plus rarement heureusement avec un autre noir, à bâbord celui-là. Oui, histoire d'avoir une attitude conservatrice, avant d'aller dormir, je réduis la voilure pour être un peu tranquille des fois que le vent fraîchisse pendant la nuit. Bien sûr, la vitesse du bateau s'en ressent mais je ne suis pas pressé. A l'arrivée, il y aura peut-être un blaireau pour me dire : « Quoi, tu as mis tout ce temps pour cette traversée ? Mais qu'est-ce t'as foutu, il avance pas ton bateau ? MOI, ça fait longtemps que je suis arrivé... »

Ce que j'ai foutu ? J'ai dormi...

Ensuite, briefing d'avant nuit avec les équipiers du bord : le radar, l'AIS (système de prévention des collisions) et pilote automatique. Chacun reçoit ses consignes précises et doit faire ce qu'il à faire.

Il me reste à aller me coucher après avoir déterminé où je vais dormir. Mon bateau n'est pas si grand mais j'ai plusieurs lieux possibles, cela dépend de la météo, de l'allure du bateau (de quel côté il reçoit le vent), si la mer est agitée ou non. En fonction de ces critères le choix est important pour la qualité de mon sommeil. Ça peut-être la couchette avant, la cabine arrière, une des banquettes du carré ou, comme la nuit dernière, par terre, si je peux employer cette expression, dans le carré. Après tout, ça vous est certainement déjà arrivé de dormir sur le canapé du salon (je ne vous demande pas de détails sur la raison...), dans la baignoire (là, vous n'avez pas besoin de les donner...) alors que vous avez un lit bien confortable. Dans le bateau c'est donc pareil, il n'y a que les raisons qui sont différentes.

Et pour combien de temps je me glisse sous la couette ? Très variable. Là aussi, pas mal de choses font que ce n'est pas toujours aussi longtemps que je le souhaiterais.

Tout d'abord, ça dépend de la zone dans laquelle je navigue. Près des côtes, zones de fort trafic, zones fréquentées par des bateaux de pêche, là c'est pas vraiment top... 20 à 30 minutes de position horizontale avec interruption plus ou moins longue en fonction des circonstances. Et ça implique de dormir aussi un peu dans la journée pour essayer d'avoir le minimum d'heures de sommeil nécessaires.

En dehors de ces zones, c'est très différent, en principe je mets le réveil pour des tranches de 2 heures. Petit coup d'œil aux instruments et à l'extérieur et si tout va bien, retour dans les plumes pour 2h et ainsi de suite jusqu'à plus sommeil.

Ça, c'est dans l'idéal et ça n'est pas toujours comme cela que ça se passe. Un certain nombre d'évènements peuvent contrarier ce relativement agréable déroulement et ça arrive souvent. Bien sûr il y a les alarmes des instruments qui font leur boulot, même si c'est parfois avec un peu trop de zèle à mon goût. Ça donne vraiment envie d'arrêter le « bibibip, bibibip, bibibip, ... » horripilant du radar qui s'excite par ce qu'il a repéré une vague à peine plus grosse que les centaines d'autres ou un nuage possiblement porteur de pluie, ou bien le « biiiiiiiiiip, biiiiiiip, biiiiiiip, biiiiiiiiip » continu de l'AIS qui m'annonce la présence dans les environs d'un bâtiment généralement beaucoup beaucoup plus gros que Vo Lu Mondu.

Autres aléas, les variations en force et direction du vent qui peuvent obliger à sortir pour régler les voiles ou bien carrément remettre rapidement de l'ordre dans le vrac engendré par un empannage involontaire suite à un violent changement de direction du vent qui en a bien sûr profité pour reprendre du souffle... Pas top, au milieu de la nuit sous la pluie... Plaisance ?

Heureusement, il y a des nuits où il ne se passe rien de particulier, la routine, quoi...

C'est dans ces moments-là que j'aimerais devenir dauphin ou baleine. Non, je ne rêve pas que je nage comme eux, avec aisance, souplesse, perfection, en fait je ne dors qu'à moitié comme eux. Enfin, ce n'est pas tout à fait pareil : ils ont la particularité de ne mettre en sommeil qu'un demi cerveau, un seul hémisphère cérébral, l'autre étant parfaitement en éveil pour une raison majeure: leur respiration n'étant pas automatique comme la notre, ce deuxième hémisphère permet d'assurer cette fonction pour le moins indispensable.

Dans mon sommeil, je sais qu'une partie de mon cerveau reste éveillée pour analyser les sensations perçues, bruits du bateau, grincements, claquements, bruits de l'eau léchant gentiment la coque ou la claquant violemment d'une bonne vague sur le flanc, tempo de la musique marine, le bateau étant la baguette du chef d’orchestre océanique. Toutes ces perceptions me permettent d'évaluer la situation, le comportement du bateau, le réglage des voiles, les modifications de l'environnement. Ça ne donne pas un sommeil parfait, loin de là, mais c'est tout de même récupérateur et c'est ce qui compte.

Et c'est dans ces périodes que j'apprécie parfois qu'il n'y ait pas du tout de vent, mer parfaitement plate et lisse. Le bruit du moteur au ralenti n'est pas trop troublant et là, je dors sur mes deux hémisphères. Comme l'année dernière en revenant des Açores, un sommeil de 12 heures non stop. Même pas entendu le réveil...

Tiens, il y a deux nuits, ça aurait pu être pareil. Mêmes conditions, j'avais bien besoin de repos car la nuit précédente avait été redoutable en matière de récupération avec des vents de force 7 et les vagues en conséquence. Je démarre le moteur et je fonce me mettre en position horizontale, endormissement immédiat. Un sifflement strident me tire de mes profondeurs nocturnes : est-ce un rêve ? Ce n'est pas une des alarmes habituelles que je connais bien, c'est autre chose. J'ouvre un oeil et je vois un voyant rouge flamboyant sur le tableau électrique du moteur : c'est le témoin de température du moteur. Je le stoppe immédiatement. Après un moment de refroidissement, je le redémarre  et constate que l'échappement ne recrache pas d'eau comme il le devrait. Problème de pompe à eau diagnostiqué rapidement. Il est 3h30 et je sors la trousse à outils... Je retournerais me coucher pour terminer mes rêves à 5h...

Ainsi va le sommeil dans la vie du navigateur solitaire, à moins que ce ne soit l'inverse.

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        © Marc Perrussel

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commentaires

Lolo 12/12/2012 19:29

Salut marc
Comme je peut le voir tu n est pas copain avec les pompes a eau
Comme tu doit regretter ta bonne deuche avec
Son petit bicylindre a air
À plus capitaine
Laurent

marie 04/12/2012 19:08

Link: c'est beau sur la carte : Volumondu et du bleu tout autour...
merci de partager bises aux baleines

bruno 02/12/2012 18:52

les "micros" sommeils en mer engendrent des rêves improbables, les hémisphères perdent le nord...Ma banette jouxtait les puits de dérives sur Antarctica, et le souffle de géant s'y engouffrant
stimulèrent certainement cette mystique expérience.
Bravo pour le voyant rouge, je n'ai pas eu le même réflexe en Voxan,le moteur est désormais décoratif...
Bon vent, belles rencontres et pensées+

Sereine 01/12/2012 22:57

Je suis trop marmotte pour être marin.

Sonia 01/12/2012 17:36

Pom pom pom pom.....
Pascale a raison !
Tu nous apprends plein de choses et tu nous fais rire ! Vraiment.

En plus, c'est sympa d'avoir tes articles qui arrivent alors que tu es au milieu de nulle part ! Tu prends soin de tes lecteurs,en nous distillant une programmation régulière de ta belle plume et
ça.... C'est super adorable )

Merciiiiiiiiiiiiiii Marc
Bises .

pascale 30/11/2012 22:56

quel humour pour quelqu'un qui dort peu !!!!!! et tu nous tiens éveillés par ton périple !!

Laure 30/11/2012 19:15

Salut Marc,
Décidément, elle t'en fait des misères cette pompe à eau du moteur.....il me semble bien que tu nous en a déjà parlé!!!!!
Est-ce que l'AIS peut te prévenir en cas de container flottant ? ( question de néophyte mais quand on entend tout ce qui peut arriver en cours de navigation,la rencontre avec ce type d'objet peut
avoir de graves conséquences, apparemment...)
Et le fait d'être à deux sur le bateau , pour surveiller , ça n'aide pas ?
Je dois avoir à peu près 36000 questions en stock, alors , j'arrête !
Bonne route et bons vents à tous
Laure

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"Passer sa vie à cheminer le long d'une route droite, profondément encaissée entre de hauts talus, est faire médiocre usage des jours que le destin nous a accordés, tandis qu'ils peuvent être ensoleillés si l'on grimpe le talus pour flâner en liberté sur le vaste plateau qui le surmonte."
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"7 heures du matin peut être. Je n'ai plus l'heure et je m'en moque."
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"La seule chose dont on soit sûr à l'avance de l'échec, est celle que l'on ne tente pas."
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"Je ne vois pas de délégation de nos Frères à quatre pattes.
Je ne vois pas de siège pour les Aigles.
Nous oublions et nous nous croyons supérieurs.
Mais nous ne sommes en fin de compte rien de plus qu'une partie de la Création. Et nous devons réfléchir pour comprendre où nous sommes situés.
Nous sommes quelque part entre la montagne et la fourmi.
Quelque part et seulement là comme une partie et parcelle de la Création."
Oren Lyons Iroquois Onondaga.
Extrait d'un appel aux organisations non gouvernementales des Nations Unies - Genève - Suisse - 1977.

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"La nature est lente mais sûre.
Elle ne travaille pas plus vite qu'elle n'a besoin de le faire.
Elle est la tortue qui remporte la course de la  persévérance."                                                                                                 

Henry David Thoreau
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"C'est une triste chose de penser que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas."
Victor Hugo
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Mac Millan, ornithologue du XIXe siècle
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