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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 21:12

Les rythmes cubains du Buenavista Social Club qui occupent l'espace aérien du carré de Vo Lu Mondu s'accordent à merveille au balancement de la coque sur cet océan plus pacifique qu'atlantique qui nous porte vers les îles qui ne se rapprochent que très très lentement.

Le départ de Las Palmas s'est fait en fanfare avec une belle et bonne brise portante de 20 à 25 nœuds. Vo Lu Mondu, content de ne plus devoir tirer sur sa laisse terrienne s'en est donné à cœur joie dans des conditions de navigation qu'il n'avait jusqu'alors que trop rarement rencontrées, quelques heures à étirer un beau sillage jamais en dessous de 6,5 nœuds, parfois à plus de 8 nœuds sous grand voile à 2 ris et foc entièrement déroulé, glissades plaisir sous les étoiles. Nous avons bien fait de profiter de ce bel apéritif parce que la recette du plat suivant était accommodé à la douceur pour ce qui concerne le vent et avec quelques épices pour la mer. Donc pas toujours très digeste, du clapot désordonné alors que les voiles ne sont pas appuyées par le souffle qui leur donne leur raison d'exister. Rien de tel pour les centres de l'équilibre dans nos oreilles internes soient pour le moins perturbés, si vous voyez ce que je veux dire... Et comme après chaque retour en mer, s'en suivent 2 à 3 jours de manque d'appétit et d'une certaine apathie. Véronique n'est bien qu'à l'extérieur et moi à l'intérieur, allongé sur la banquette du carré.

Les Canaries sont derrière nous depuis 4 ou 5 jours, je ne sais plus, mais cependant pas très loin, nous avançons lentement, très lentement, souvent entre 2 et 3 nœuds, parfois accompagnés pour quelques heures par le ronron du moteur. Je suis très content de ma nouvelle voile, un grand génois léger, qui nous tire aussi bien qu'elle peut avec ce petit zéphyr dont elle se nourrit aussi goulûment que possible.

Plaisir à chaque fois renouvelé, se retrouver au centre d'un univers ceint par la grand cercle de l'horizon le jour et, la nuit, être le point de convergence de tous les rayons lumineux émis par les innombrables astres célestes. Nous apprécions tous les deux cette situation vraiment mise en valeur par les calmes environnants. C'est le désert océanique qui nous entoure, on est pas vraiment gênés par les voisins. Quoique. La nuit dernière, alors que depuis le départ nous n'avions aperçu qu'un voilier au loin, l'AIS nous a signalé un cargo qui venait droit sur nous, route de collision. Alors que nous trouvions encore à 4 milles nautiques (env. 7 kms), je l'ai appelé avec la radio du bord pour lui demander s'il nous avait bien repéré. Après sa réponse affirmative, nous avons constaté qu'il avait modifié sa course de quelques degrés pour passer suffisamment à l'écart de la notre. Le risque de collision dans ces contrées maritimes est absolument infime mais il existe donc quand même. C'est tout de même incroyable, alors que les routes ici ne sont pas tracées comme des longs rubans entre des lignes blanches et des rangées de platanes, alors que l'espace est quasiment infini, il est tout à fait possible que les 2 points minuscules que représentent 2 embarcations dans cet univers puissent se rencontrer de manière frontale.

Sans vraiment d'appréhension, je me demandais comment je vivrai une cohabitation dans le petit espace de mon île flottante avec une personne quasi inconnue. D'aucun dirait que c'était un pari très risqué de se mettre dans une telle situation, le très grand nombre d'histoires à problème vécues sur différents bateaux lui donnerait sûrement raison. J'y ai mes habitudes de navigation, de nourriture, de musique, d'ordre/désordre, j'y ai mon rythme de vie, je n'ose dire mes horaires. Le mutisme imposé par mon statut de solitaire ne me pose en principe pas de problème. Avec une autre personne à bord, tout peut être plus ou moins chamboulé ; y aura-t-il des grains de sable dans mes roulements bien huilés ? Ou alors, au contraire, cette huile n'en sera que plus fluide ? Décidément l'avenir aura toujours beaucoup de choses à raconter. Après ces quelques jours, alors qu'il n'est maintenant plus possible d'aller sentir, en cas de besoin, si l'air est plus respirable une fois passé le coin de la première rue, tout se passe bien entre les deux inconnus du bord. Pour ce qui est de la navigation et des manœuvres, Véronique, qui est une néo navigatrice, apprend très rapidement, aucune nécessité de répéter les choses plusieurs fois, tout est très vite intégré, c'est très rassurant pour moi.

Nos vies respectives sont relativement indépendantes, elle beaucoup dehors comme je l'ai déjà dit, et moi plutôt dedans bien que je commence à sortir un peu plus. Nous lisons chacun dans notre coin et nous ne parlons pas beaucoup, ni elle ni moi, sauf lors des repas qui se trouvent alors être nos principaux moments d'échange. Nous nous entendons bien et en fait nous ne nous gênons pas, ce qui est déjà très bien. Par ailleurs, nous avons tous deux retrouvé l'appétit et je n'ai jamais aussi bien mangé sur mon bateau, ce que, vous imaginez bien, j'apprécie au plus haut point.

 

Cinquième jour de mer (j'ai vérifié sur le journal de bord) et les conditions de navigations ont bien changées depuis le milieu de la nuit, elles sont parfaites maintenant. 15-20 noeuds de vent, voiles en ciseaux, vitesse du bateau 5,5-6 nœuds au vent arrière en ligne directe sur le point visé au large des îles du Cap Vert à partir duquel la trajectoire de Vo Lu Mondu deviendra franchement occidentale. Mais nous en sommes encore loin. L'océan est plutôt calme, peu de houle. La surface est parsemée de petites crêtes blanches, comme des blancs moutons en transhumance, nous les accompagnons, nous faisons partie du troupeau. Nul doute que ce soir l'étoile du berger veillera sur nous en compagnie du petit chien et du grand chien depuis leurs constellations célestes.

D'ici quelques heures nous allons couper la ligne du Tropique du Cancer, ça va commencer à sentir bon les cocotiers et le sable chaud. Pour l'instant nous nous contentons des parfums de goyave et d'ananas (pas en boite !) que nous avons à bord.

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Il me semble que la mer, au large, est un monde sans odeur sauf dans le bateau, senteurs de cuisine, des fruits qui se balancent dans leur filet au rythme des vagues et, moins agréable, relents de fond de cale, berk ! Heureusement, je ne vais pas souvent fourrer mon nez dans ces coins-là.

 

Sixième jour avec seulement l'horizon pour limite, décision est prise à l'unanimité des flottants présents de se dérouter vers l'archipel du Cap Vert pour une courte escale. La raison en est simple : l'eau que nous avons pris à Las Palmas a rapidement pris un goût désagréable, Véronique ne la supporte que bouillie et je sens depuis deux ou trois jours que mon appareil digestif ne la tolère que par bonne volonté. Donc arrêt au stand pour une histoire d'eau. Nous en profiterons pour refaire aussi un plein de légumes et fruits, sauf les oranges, je n'ai pas encore ingurgité les vingt cinq kilos. J'ai bien épluché la carte, jusqu'en Martinique, il n'y a aucune fontaine en bord de route à l'ombre d'un chêne, pas plus que de puits dans la cour d'une ferme au bout d'un chemin de traverse. Saint Exupéry disait: « le désert est beau. Ce qui embellit le désert, c'est qu'il cache un puits quelque part. » Il ne parlait sûrement pas d'un désert maritime comme celui qui nous entoure. Il est vrai que ce désert-là, s'il l'a traversé souvent dans son Latécoère de l'Aéropostale, ce n'était pas au ras des flots. Normal qu'il n'est donc pas vérifié si son affirmation valait également à l'ouest du Sahara. On ne lui en tiendra pas rigueur.

L'île que nous visons à partir de maintenant est São Vincente sur laquelle se trouve Mindelo la deuxième plus grande ville de ce petit état. Nous en sommes à environ 300 milles et le détour que cela nous impose ne sera pas très important. Comme le vent se la joue sur un tempo piano piano, il est probable que l'ancre de Vo Lu Mondu ne touchera pas le fond sablonneux du mouillage avant trois jours.


Neuvième jour Atelier couture ce matin : au programme, réalisation du pavillon de courtoisie des îles du Cap Vert. Pour ceux qui ne le sauraient pas, le pavillon de courtoisie fait partie des traditions de la Marine ; c'est un petit drapeau aux couleurs du pays visité que l'on envoie dans le gréement à tribord pour les voiliers et, comme son nom l'indique, est un signe de courtoisie à l'intention du pays hôte. Il est sensé rester en place pendant toute le séjour du bateau. Il y a à bord de Vo Lu Mondu un atlas géographique avec la représentation des drapeaux de tous les pays du monde, une machine à coudre et sa réserve d'aiguilles, du fil et un stock de tissus avec toutes les couleurs de base et la cordelette blanche. Pour notre très futur nouveau pays d'accueil, il faut du bleu, du blanc, du rouge (ça vous rappelle quelque chose ?) et du jaune. Fond bleu 20x30cm, une bande blanche 30x5cm, une bande rouge 30x2cm. Le tout en recto verso et disposé comme il faut. Pas vraiment compliqué à réaliser, bien que la précision soit un peu aléatoire avec les mouvements du bateau. Le plus embêtant étant de découper les dix petites étoiles jaunes représentant le nombre d'îles que compte cet archipel atlantique. Et après le repas de midi (tarte au poireau et lentilles corail accompagnée de tomates au basilic frais), atelier gommettes, ou plutôt comètes, il faut coller les étoiles sur le pavillon, trop petites pour être cousues. Le résultat est acceptable vu les conditions de réalisation; on dira qu'il est loin d'être beau mais qu'il sera beau de loin et c'est ce qui compte finalement vu sa destination finale à six ou sept mètres au dessus du niveau de la mer, que la marée soit haute ou basse.

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Moi j'aime bien réaliser ces petits drapeaux, d'autres se contentent de les acheter, je trouve ça moins poétique. Il me semble que cela participe à l'approche en douceur de ces terres qui se profilent devant l'étrave. En regardant tous ces petits drapeaux dans l'atlas, je me dis qu'il y a certains pays que je n'aborderai pas uniquement parce que le motif à reproduire pour la réalisation du pavillon est trop complexe, en particulier le Bouthan et le Swaziland. Les plus doués en géographie me feront remarquer que ces deux états n'ont pas de frontière maritime et ils auront tout à fait raison. Donc, pas grave, j'irai donc ailleurs, là où il n'y a pas besoin d'avoir de grands talents de dessinateur et de couturier.

Ce matin, Véronique avait piscine, et dans le grand bain s'il vous plaît, plus de 4000m de fond...

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Alors que nous en sommes encore à environ cinquante milles, les îles apparaissent en face de nous, moment toujours intense que cette apparition de la terre après des jours et des jours avec pour seul point fixe l'inaccessible horizon. Même si l'usage du GPS, par sa précision, a enlevé beaucoup de magie à la navigation, plus de sextant, de visée de soleil, d'étoiles ou de lune, plus de tables d'éphémérides accompagnées de savants calculs. Reconnaissons tout de même qu'il a amené une plus grande sécurité, même si une grande prudence est de mise dans son utilisation, ne cédons pas à la facilité qui peut être une fausse et dangereuse amie.

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Dixième jour Nous arrivons en vue de Mindelo en fin de matinée, lentement dans la continuité du rythme de cette traversée. Le comité d'accueil nous a envoyé quelques ambassadeurs dont la venue est toujours autant appréciée.

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Un p'tit jeune s'est bien éclaté en nous gratifiant, dans la mesure de ses précoces moyens, de quelques sauts spectaculaires dont les individus de son espèce (dauphins tachetés de l'Atlantique) sont friands.

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Bienvenus sur les terres de Cesaria, la Diva aux pieds nus, qui continue au dessus de ses îles rocheuses et pointues à chanter et enchanter son peuple. Saudade...

 

 

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commentaires

Sonia 28/11/2012 20:38

Je le redis pour la x ième fois : quel bonheur de te lire !
Tout y est : la belle écriture, l'humour, la poésie... Tu nous fais sourire, rêver et voyager. Merci Marc pour ces beaux partages !!!..............
La piscine : génial :)

sonia 27/11/2012 10:10

Chouette ! Encore un beau récit... Et un dauphin... Contente que chacun ait trouvé son rythme et ses marques. C'est génial. Bisous à vous deux alors.
Sonia

marie 27/11/2012 09:57

Saudade.....
L'ami bémol a été touché? ou juste un petit mal de mer?
besos à vous

Ke'a 26/11/2012 23:35

Bravo pour cette jolie nav....profitez bien de votre sejour avant de repartir voguer sur la grande bleue ...
Pierre

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"Passer sa vie à cheminer le long d'une route droite, profondément encaissée entre de hauts talus, est faire médiocre usage des jours que le destin nous a accordés, tandis qu'ils peuvent être ensoleillés si l'on grimpe le talus pour flâner en liberté sur le vaste plateau qui le surmonte."
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"7 heures du matin peut être. Je n'ai plus l'heure et je m'en moque."
Paul-Emile Victor
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"La seule chose dont on soit sûr à l'avance de l'échec, est celle que l'on ne tente pas."
Paul-Emile Victor
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"Je ne vois pas de délégation de nos Frères à quatre pattes.
Je ne vois pas de siège pour les Aigles.
Nous oublions et nous nous croyons supérieurs.
Mais nous ne sommes en fin de compte rien de plus qu'une partie de la Création. Et nous devons réfléchir pour comprendre où nous sommes situés.
Nous sommes quelque part entre la montagne et la fourmi.
Quelque part et seulement là comme une partie et parcelle de la Création."
Oren Lyons Iroquois Onondaga.
Extrait d'un appel aux organisations non gouvernementales des Nations Unies - Genève - Suisse - 1977.

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"La nature est lente mais sûre.
Elle ne travaille pas plus vite qu'elle n'a besoin de le faire.
Elle est la tortue qui remporte la course de la  persévérance."                                                                                                 

Henry David Thoreau
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"C'est une triste chose de penser que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas."
Victor Hugo
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"Qu'est-ce qu'en général qu'un voyageur ? C'est un homme qui s'en va chercher un bout de conversation au bout du monde."
Barbay d'Aurevilly
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" Faites ce que vous êtes capables d'effectuer ou croyez pouvoir faire. L'audace est porteuse de génie, de pouvoir et de magie."
Goethe

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"Si la cruauté humaine s'est tant exercée contre l'homme, c'est trop souvent qu'elle s'était fait la main sur les animaux. Tout homme qui chasse s'endurcit pour la guerre."
Marguerite Yourcenar
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"Il faut sauver les condors. Pas tellement parce que nous avons besoin des condors, mais parce que nous avons besoin de développer les qualités humaines pour les sauver. Car ce seront celles-là mêmes dont nous aurons besoin pour nous sauver nous-mêmes."
Mac Millan, ornithologue du XIXe siècle
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