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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 21:54


Une fois n’est pas coutume, réveil à 5 heures ce matin, les horaires de marée commandent.
En effet, mon escale d’aujourd’hui m’impose cet heure très matinale car il faut que j’y arrive entre une et deux heures avant la marée haute. L’entrée de cet estuaire qui mène à la lagune d’Aveiro peut être délicate avec la houle et l’accès peut même y être interdit si cette houle déferle sur le haut fonds de l’entrée, et ce même s’il n’y a pas de vent.
Et pour ce qui est du vent, il s’est de nouveau éloigné de ma zone après m’avoir accompagné pendant deux jours consécutifs, ce qui ne m’était, il me semble, jamais arrivé.
 Ici, le long des côtes portugaises, c’est l’océan. Le grand océan atlantique. Les côtes américaines se trouvent à près de 2500 milles nautiques (pas loin de 5000 km) sur le cap 270°, plein ouest. Entre les deux continents, rien si ce n’est cette immensité aquatique. Et rien pour arrêter ou même seulement freiner la houle du grand large. Elle y a toutes ses aises. Donc là où Vo Lu Mondu trace son sillage de bon matin, le calme plat n’existe en principe pas. Les grandes ondes transocéaniques sont là, toujours présentes, même par grand beau temps.6 0026-copie-3
Et pourtant, ce matin, il est bien là. Le grand calme, la surface de l’eau n’est froissée par aucune ride. Il y a simplement de petites ondulations, une immensité de petits monticules liquides qui se gonflent et se dégonflent, lentes palpitations de la mer. L’étrave ouvre un sillon dans la lisse surface liquide, la carène suit et, une fois toute la coque passée, le sillage, un peu agité par le bouillonnement du flux de l’hélice, se referme rapidement pour s’évanouir totalement quelques dizaines de mètres plus loin. Ne pas laisser de trace.
L'océan dort encore. Je me demande bien à quoi peut bien rêver un océan endormi ?

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J’ai vraiment cette impression de grand repos autour de moi. Et si, pour une fois, le monde entier s’accordait aussi un moment de grande tranquillité.  Pas forcément bien longtemps, encore que, mais suffisamment pour que plein de gens puissent aussi sentir comme c’est bon, le calme, un environnement paisible. On peut toujours rêver. Mais, après tout,  cela s’est peut-être produit, en vrai et pas seulement en rêve. Pas moyen de le vérifier pour l’instant.6 0010-copie-1
Tiens, il ne manquait que lui . Le soleil. Le voilà qui émerge de sa couette brumeuse.
- Salut, tu as bien dormi ?
Oui, je sais, l’astre solaire ne dort jamais, il n’a pas de nuit. Quand il n’est pas là, il est ailleurs, il illumine et réchauffe d’autres contrées. Mais comme il semble avoir de la peine à sortir du brouillard côtier, il a vraiment l’air de se réveiller. Et de bonne humeur. C’est vrai que ça n’a pas de pied gauche le soleil. Pas de droit non plus, il me semble.

                                                                                                               © Marc Perrussel
Pour une fois, la première cette année, j’ai sorti la tenue complète de saison : t-shirt, short, casquette et lunettes de soleil. Pieds nus évidemment.
Mon thé est encore trop chaud, je déguste ma deuxième tartine de confiture. Du cassis, c’est celle que je préfère, et de loin. Avec sa couleur rouge violacé sombre avec sa pointe acidulée et son odeur incomparable. J’en ai encore l’eau à la bouche.
Je m’assieds dehors, le moment est parfaitement propice à la rêverie. Dans ces moments-là, on regarde autour de soi. Pas grand chose à voir d'autre que de la surface de l'eau si ce n’est un oiseau de temps en temps. Tiens, qu’est-ce que c’est qui griffe la surface de l’eau juste à côté du bateau ? Un petit crabe ! Incroyable ! Un crabe qui nage en surface alors qu’il y a trente mètres de profondeur. Vraiment surprenant.
Et je repars dans mes rêveries. Si rien n’est observable à l’extérieur, peut-être à l’intérieur ?
Mais la mer, c’est comme le désert. Finalement il s’y passe toujours quelque chose. Il me semble avoir aperçu une tache noire environ 200 mètres derrière le bateau.
Vite, les jumelles, toujours à portée de main. La revoilà, c’est un aileron. Un dauphin !
Dauphins, où êtes vous ? C’est ce que je demandais dans un de mes derniers articles. Et voilà la réponse. Cette mer que je trouvais bien déserte il y a quelques jours ne l’est finalement pas tant que ça.
Même si je ne l’ai aperçu que de loin, c’est tout de même une belle émotion. Quand on aime la mer et les animaux, le dauphin est probablement le symbole suprême de cet amour.
Et je repars dans mes rêveries qui s’en sont trouvées évidemment complètement chamboulées.
Etait-ce un solitaire, un dauphin ambassadeur comme ils sont parfois appelés ? Ou alors peut-être qu’il y en d’autres par là.
Et là, fini de rêvasser, place à l’observation.
Là-bas, sur tribord, un attroupement  d’oiseaux, goélands et fous de Bassan, attire mon attention. Apparemment c’est l’heure du repas pour ces volatiles et celle de passer à la casserole pour la petite faune sous marine.
Un bruit de souffle derrière moi, je me retourne. Deux dauphins, là, à un mètre de Vo Lu Mondu.

6 0202         © Marc Perrussel
Extraordinaire ! Jamais je n’en ai vus d’aussi près. Il me semble qu’ils font partie de l’espèce des dauphins communs à bec court (delphinus delphis). Après avoir soufflé de nouveau, ils plongent sous le bateau. Où vont-ils refaire surface ? Juste devant l’étrave. ils y restent un moment puis s’écartent, s’éloignent un peu, reviennent, nagent juste à côté du bateau, à quelques dizaines de centimètres sous la surface transparente.

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        © Marc Perrussel

Leur déplacement se fait sans le moindre effort apparent. Ils avancent à la même vitesse que moi, faisant surface pour respirer. Je trouve ça drôle qu’ils expulsent de l’air alors qu’ils sont encore sous l’eau, ça leur fait un beau panache de bulles blanches, puis finissent d’expirer quand ils émergent (le souffle qu’on peut entendre) et inspirent par leur évent grand ouvert. Tout cela se passe très rapidement.

6 0122         © Marc Perrussel
Ils sont restés quelques minutes et sont repartis comme ils étaient venus, discrètement. Ils ont disparu.
J’ai vite repris les jumelles et ai de nouveau dirigé mon regard vers les oiseaux pour apercevoir trois ailerons noirs fendre la surface dans ma direction.

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          © Marc Perrussel

Et le manège de mes premiers visiteurs a repris. Apparemment leur place favorite est juste devant l’étrave, ils nagent juste sous la surface en jetant des coups  d’oeil à droite et à gauche, surtout celui qui est juste dans l’axe du bateau, comme s’il ne voulait pas qu’un autre ne profite de cet emplacement privilégié.

7 0101          © Marc Perrussel
Et les voilà qui s’écartent et repartent vers leurs agapes. Aussitôt remplacés par un autre groupe plus nombreux, six ou sept. C’est comme si c’était : "Eh, regardez, un bateau, venez les copains, on va jouer". Et la ronde reprend ainsi que le "pousse toi de là que je m’y mette" devant l’étrave. Je n’en perds bien sûr pas une miette. Je pourrais presque les toucher. C’est incroyable comme ils fusent dans l’élément liquide. Quand ils sortent de l’eau pour respirer puis replongent, le seul son audible est le souffle de fin d’expiration. Pas le moindre bruit de liquide déplacé, pas de "plouf" ou de "glouglou", un hydrodynamisme absolument parfait.

Selon une affirmation commune et définitive, la perfection n'existe pas. Eh bien je peux maintenant vous certifier que oui, elle existe. Il n'y a qu'à observer le déplacement de ces mammifères marins pour se rendre à cette évidence. Rien n'est plus fluide, plus facile que leur nage. La perfection, je vous dis. Et on ne peux que s'extasier devant une telle merveille.
Ils sont maintenant une dizaine autour du bateau, dans tous les sens, filant d’un côté à l’autre, de l’avant vers l’arrière pour mieux revenir dans l’autre direction.
Je suis transporté d’excitation, au point que la plupart des photos seront ratées ou médiocres. mais ce n’est pas là le plus important.
D’autres viendront encore pendant la bonne demi-heure que la séquence a duré. Pour finir, ce sera une mère et son petit.
Merveille de synchronisme entre ces deux êtres dans les mouvements, dans le déplacement, dans la respiration. J’ai assisté à une séance d’enseignement delphinien.
Visiblement la maman a expliqué au jeune comment se comporter devant l’étrave d’un bateau. Elle se plaçait comme ses congénères précédemment, le petit à ses côtés, puis s’écartait légèrement alors qu’il se mettait à sa place, juste en avant d’elle, comme un grand qu’il est en train de devenir.

7 0136          © Marc Perrussel
La leçon terminée, ils sont repartis vers le groupe et c’était probablement l’heure de la récré et du goûter pour le jeune dauphin.
C’était donc un petit matin calme, tranquille, reposé. Comme dans un rêve.

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          © Marc Perrussel

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          © Marc Perrussel

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commentaires

S. 07/08/2012 15:58

Marc

Je découvre ce blog. Je ne sais si tu navigues encore et vais prendre le temps de parcourir ces textes qui ont l'air très chouettes et le photos qui elles, sont superbes.... Donc, peu importe où tu
es et merci pour le partage :) Cordialement.

marie dufay 28/02/2012 11:07

Bonjour,
Je me permets d'entrer en contact avec vous sur les conseils de votre ami Jean-Jacques Salager. Je travaille pour Voiles & Voiliers et cherche des bateaux réalisant un tour du monde ou une
croisière au long cours, en famille ou en solo, et qui ont un blog ou un site, ou encore une marina proposant de nouveaux services aux croisièristes... Je pense à vous bien sûr pour apparaître dans
cette rubrique. Si vous êtes d'accord, pouvez-vous me répondre sur marie_dufay@yahoo.fr, me dire où vous en êtes de votre voyage et quelle est la prochaine escale, et m'envoyer en haute définition
quelques photos de votre bateau qui illustrerait votre actualité ? Et si vous avez dans votre entourage des gens qui collent à cette description, pourriez-vous me mettre en contact avec eux ?
Merci de votre attention, et à très vite j'espère.
Marie

marie 20/07/2011 13:47


Bonheur à l'état pur...


Françoise 10/07/2011 21:28


Bonsoir Marc, Le calme de la mer se sent jusqu'ici.mais parfois à Veules les Roses (76000) , quand la plage est déserte , on peut ressentir de ce calme là et c'est le bonheur pour de petits
instants . Les photos des dauphins sont simplement splendides ..on rêve . merci à toi . Bon vent . Françoise .


j-p 04/07/2011 18:20


Merci, merci et merci. Le rêve du commencement d'une telle journée; le calme, la beauté des paysages et le bouquet final avec ses fabuleux animaux qui nous font tous rêver et qui à leur manière
sont venus te souhaiter une bonne journée.S'arreter, se poser, penser, tout un programme peu à la mode" dans notre monde de tout en avant et fuite en avant.
allez "bon vent"


Ke'a 03/07/2011 01:14


incroyablement reussies tes photos de tes amis les dauphins...je n'ai jamais reussi à les prendre aussi bien...et puis les regarder en vrai m'envoute....alors j'en oublie souvent l'appareil !
Amicalement
Pierre


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"La vie c'est le truc qui passe pendant qu'on multiplie les projets."
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"Passer sa vie à cheminer le long d'une route droite, profondément encaissée entre de hauts talus, est faire médiocre usage des jours que le destin nous a accordés, tandis qu'ils peuvent être ensoleillés si l'on grimpe le talus pour flâner en liberté sur le vaste plateau qui le surmonte."
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Paul-Emile Victor
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"La seule chose dont on soit sûr à l'avance de l'échec, est celle que l'on ne tente pas."
Paul-Emile Victor
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"Je ne vois pas de délégation de nos Frères à quatre pattes.
Je ne vois pas de siège pour les Aigles.
Nous oublions et nous nous croyons supérieurs.
Mais nous ne sommes en fin de compte rien de plus qu'une partie de la Création. Et nous devons réfléchir pour comprendre où nous sommes situés.
Nous sommes quelque part entre la montagne et la fourmi.
Quelque part et seulement là comme une partie et parcelle de la Création."
Oren Lyons Iroquois Onondaga.
Extrait d'un appel aux organisations non gouvernementales des Nations Unies - Genève - Suisse - 1977.

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"La nature est lente mais sûre.
Elle ne travaille pas plus vite qu'elle n'a besoin de le faire.
Elle est la tortue qui remporte la course de la  persévérance."                                                                                                 

Henry David Thoreau
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"C'est une triste chose de penser que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas."
Victor Hugo
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"Qu'est-ce qu'en général qu'un voyageur ? C'est un homme qui s'en va chercher un bout de conversation au bout du monde."
Barbay d'Aurevilly
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" Faites ce que vous êtes capables d'effectuer ou croyez pouvoir faire. L'audace est porteuse de génie, de pouvoir et de magie."
Goethe

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"Si la cruauté humaine s'est tant exercée contre l'homme, c'est trop souvent qu'elle s'était fait la main sur les animaux. Tout homme qui chasse s'endurcit pour la guerre."
Marguerite Yourcenar
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"Il faut sauver les condors. Pas tellement parce que nous avons besoin des condors, mais parce que nous avons besoin de développer les qualités humaines pour les sauver. Car ce seront celles-là mêmes dont nous aurons besoin pour nous sauver nous-mêmes."
Mac Millan, ornithologue du XIXe siècle
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