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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 15:13

Dans un des plus anciens articles de ce blog je racontais l’histoire de ce petit garçon blondinet qui rêvait assis sur le sable blanc et chaud de la plage corse de son enfance. Il rêvait qu’un jour il aurait son bateau dont l'étrave sillonnerait les surfaces océaniques, aller d’un continent à un autre, naviguer d’une île à une autre. Juste avec la mer et le vent.

Bien des années plus tard, le bateau a existé, le bateau a vogué sur ces flots tant désirés, il a tracé son éphémère sillage sur près de 20 000 milles nautiques (environ 37 000 km). Il n’a certes pas fait le tour de la planète bleue mais le but n’était pas là. Le but était la réalisation du rêve d’un petit garçon qui regardait les vagues. Ce but là est atteint.

Autre rêve

Qui n’a pas rêvé un jour de vacances au soleil, de plages de sable blanc baignées par des eaux turquoises et ombragées par des cocotiers dont les palmes se balancent comme des éventails agités par les bienfaisants alizés ? Tout ça bien loin de la grisaille hivernale quotidienne. Magique ! La carte postale des dépliants des agences de voyage.

Je suis actuellement dans cet environnement apparemment idyllique aux Iles Vierges Britanniques, petit archipel des Caraïbes. L’endroit est agréable, un nombre incalculable de mouillages où poser son ancre pour la nuit et dormir sereinement dans un bon abri bien protégé du vent et de la houle. Beaucoup de bateaux, principalement des unités de location de personnes séduites par les cartes postales évoquées ci-dessus mais il y a toujours un petit coin plus ou moins désert pour ceux qui recherchent la tranquillité.

Et cependant ma réalité est tout autre que cette belle ambiance de vacances. Je ne suis pas en vacances, je suis en voyage, ou plutôt je suis dans une vie de voyage.

Mis à part les vacanciers à la semaine ou à la quinzaine, Il y a d’autres espèces de navigateurs, probablement tous issus du même rêve.

Beaucoup d’américains ou canadiens, retraités aisés pour la plupart, qui ont fui les rigueurs hivernales de leurs pays, ils viennent passer six mois dans la chaleur tropicale avant de mettre leurs bateaux à terre aux bons soins d’un chantier naval et retournent retrouver maisons, familles et amis pendant « la belle saison ». Nouvelle espèces d'oiseaux migrateurs en quelque sorte.

L’autre espèce navigante que l’on peut observer, ce sont les navigateurs voyageurs comme moi. Et là il y a plusieurs sous espèces :

  • Ceux qui passent quelques temps dans ces contrées insulaires avant de faire le grand saut vers l’océan Pacifique. En général leur projet est un tour du monde, au minimum trois ans à voguer vers l’ouest avec la promesse d’îles et de pays enchanteurs. Je pensais faire plus ou moins partie de ceux-là. J’ai réalisé que les distances séparant les destinations dans cette immensité océanique impliquaient des semaines en mer sans toucher terre. Et cela ne m’enchante pas du tout. Ce que j’apprécie le plus, c’est le cabotage le long des côtes, pas les grandes tirées océaniques sans voir personne pendant plusieurs semaines. Solitaire mais sociable. Donc je n’irai pas comme prévu vers le Mexique et la Colombie britannique sur la côte ouest du Canada. Il n’est virtuellement pas possible de remonter vers le nord le long des côtes américaines, les vents et les courants s’y opposent. Il faudrait aller jusqu'à Hawaï avant de mettre le cap vers Vancouver. Au moins 7000 milles nautiques (13000 kms), au moins deux mois et demi au large. Non merci.
  • Ceux qui sont arrivés aux Antilles il y a plus ou moins longtemps et qui ont succombé à la tropicalisation, à la vie tranquille et facile que l’ont peut avoir dans ces contrées au climat agréable. Ils peuvent y rester des années, sans autre but que de se la couler douce. Ils sont, à mon avis, tombés dans un piège terrible, celui de regarder le temps qui passe et de ne rien faire pour que ça change. Évidemment pas question pour moi de passer au travers de cette trappe. Le temps est trop précieux et irremplaçable pour le laisser filer sans rien en faire. Pas question non plus de « passer le temps » en attendant de faire quelque chose. Un vagabondage oisif ? Non merci, pas pour moi. C’est ce que j’ai un peu l’impression de vivre depuis que je suis de ce côté de l’Atlantique et cela ne me convient pas, je n’y vois ni intérêt, ni sens. Et si je n’étais pas tenu à suivre les « bonnes » périodes météorologiques, j’aurais déjà pris le chemin du retour.
  • Ceux qui ont pris une année sabbatique, souvent en famille, pour faire « un tour de l’Atlantique », traversée automnale de l’Atlantique d’est en ouest vers le Brésil ou les Antilles puis traversée retour d’ouest en est vers l’Europe en fin de printemps. C’est finalement ce groupe là que j’ai décidé de rejoindre pour un retour vers le vieux continent en passant par l’escale quasi inévitable de l’archipel des Açores avec arrivée « de l’autre côté » au début de l’été.

Certes j’aurais observé moins de baleines que souhaité, j’aurais abordé moins de pays que j’imaginais, fait moins de rencontres qu’espéré, mais l’essentiel n’est pas là. J’aurais réalisé ce que je voulais depuis très longtemps et la durée n’était pas du tout déterminée. J’ai toujours dit que je mènerai cette vie tant que je ne trouverai pas quelque chose de plus intéressant à faire. Il me semble qu’il est maintenant temps pour moi de prendre une autre direction, de faire quelque chose qui a du sens, quelque chose d’utile pas seulement pour moi. Et il y a des personnes que j’aimerais voir plus souvent et ma chatte me manque également.

Donc le retour sera serein et sans regret.

Départ lundi prochain en principe pour au moins quatre semaines en mer jusqu'aux Açores.

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage…

© Marc Perrussel

© Marc Perrussel

Post scriptum : désolé pour la mise en page inhabituelle de cette article mais Overblog qui héberge ce blog a fait des changements et il n'est plus possible de faire plein de choses, même pas de modifier la taille des caractères, pas plus qu'intégrer des photos dans le texte...

Qui a dit que le progrès devait toujours être profitable ?

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 22:47

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Quand la grosse houle de Nord vient frapper la côte au vent de la pointe des châteaux à l'extrémité Est de la Guadeloupe, on resterait des heures assis sur les rochers pour apprécier la puissance de cet élément liquide. C'est fascinant, comme le feu dans la cheminée. On ne peut que difficilement en détourner le regard.

Ajoutez à la vue le bruit assourdissant et sans fin, l'odeur salée des embruns dont les alizés vous baptisent, tous les sens sont sur la brèche.

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Je ne peux vous transmettre que le visible, pour le reste il faudra encore attendre les progrès de la technologie.

Et la photo a ceci de magique qu'elle permet d'arrêter les mouvements et, en ce qui concerne les vagues, de figer l'eau, comme si elle gelait instantanément. Et en voyant certaines images, elle paraît vraiment transformée en glace.

Je vous laisse une fois de plus apprécier la splendeur de la nature. Moi, je ne m'en lasse pas.


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       © Marc Perrussel

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 22:12

Eau : liquide incolore, inodore et sans saveur. Définition sèche du dictionnaire. On pourrait rajouter que c'est un élément indispensable à la raison d'être d'un bateau.

Incolore, oui, si elle est suffisamment pure et qu'on la regarde dans un bocal transparent. Mais quand Dame Nature élabore une recette dont elle a le secret, tout change.

Prenez donc une étendue d'eau, rajoutez-y une bonne dose de lumière, faites varier la profondeur et la qualité du fond, faites souffler de l'air avec plus ou moins de puissance et là, qui peut encore dire que l'eau n'est pas colorée ? Les couleurs obtenues en faisant varier les ingrédients de la recette sont innombrables. Et les effets obtenus souvent extraordinaires.

Quelques exemples...

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Et parfois, qu'est ce que c'est bien qu'elle soit réellement... invisible !

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        © Marc Perrussel

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 22:44

Alors Bruno, pour que tu deviennes vraiment polyglotte en créole, voilà une petite leçon.

Panneau placé sur le portail du cimetière de Sainte Anne. La partie en français ne traduit pas le texte en créole dans son intégralité. Il manque le pourquoi remplacer l’eau par du sable mouillé. (Pour ceux qui l’ignorent, la dengue est une maladie transmise par les moustiques dont les larves se développent dans l’eau).

Lis le texte en créole à voix haute et tu te rendras compte que le créole n’est pas forcément compliqué. Par contre, quand on l’entend parlé, c’est une autre histoire… Et là c’est pas facile du tout.

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© Marc Perrussel

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 14:15

Les travaux envisagés sur le bateau ne seront finalement pas réalisés, il n’y a pas de loto ici pour en assurer le financement. Etant « descendu » jusqu’à Grenade, l’île la plus au sud de l’arc antillais, je « remonte » maintenant par petits sauts d’île en île jusqu’en Guadeloupe. Pas grand chose à vous raconter, je vous envoie donc quelques cartes postales qui, je l’espère, sortiront un peu de la froide grisaille hivernale ceux qui la subissent.

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Je dois avouer que je ne suis pas emballé par les paysages, exception faite des Tobago Cays dans les Grenadines, les ambiances et les mouillages bondés comme vous pouvez le constater sur les images.

Malgré cette foule de bateaux, les rencontres et les contacts sont rares. Même si j’essaie de l’éviter, je ressens une forte nostalgie pour ce que j’ai vécu auparavant en Scandinavie et Finlande, les mouillages innombrables et sauvages, les lumières magiques, toutes ces rencontres. Et ce ne sont pas les 30° de l’air et les 25° de l’eau qui arrivent à compenser… L’impression d’avoir commencé par le meilleur…

Pour terminer, quelques images d’animaux rencontrés dont des iguanes terrestres (sur les îlots des Tobago Cays). et ces rencontres-là sont très belles.

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© Marc Perrussel

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 18:39

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Deux mois pour aller de Bordeaux jusqu’en Martinique, cinquante jours en mer avec une escale aux Canaries et un court arrêt technique dans l’archipel du Cap Vert, ça méritait bien de se reposer un peu. Et déjà un mois écoulé aux abords de cette île. Le temps passe tellement vite, même quand on n'a pas un emploi du temps bien rempli, même si on fait ce qu’on veut quand on veut ou à peu près.

Les fêtes de Noël et du jour de l’an (BONNE ANNEE À TOUS !!!) sont passées très très vite, de même que le séjour de Camille, ma fille, venue me rejoindre pour dix jours.  Trop vite passé et un grand vide après son départ.

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Déjà quinze jours au mouillage dans la belle Grande Anse d’Arlet, entre le Marin et Fort de France,  balades à terre ou en kayak, observation des tortues vertes qui maraudent entre les bateaux, entretien du matériel, visites aux nouveaux bateaux-copains, toujours pas rencontré l’ennui.

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        © Marc Perrussel

Et pas mal de temps utilisé pour imaginer la suite du sillage de Vo Lu Mondu… 

Dans un premier temps, je vais partir au sud, jusqu’aux Grenadines où j’envisage une modification à l’arrière du bateau, installation d’une jupe et de deux dérives pour améliorer la stabilité de route qui n’est pas le point fort du bateau comme j’ai pu m’en rendre compte pendant la traversée de l’Atlantique. Pour cela il me faut un chantier naval pour sortir le bateau de l’eau et faire le travail au sec. Il y a bien sûr la possibilité de faire ça en Martinique mais rien que le coût de la mise à terre est rédhibitoire.  Donc cap au sud pour environ trente six heures de navigation.

La partie en couleur sera rajoutée à l'arrière du bateau K- Mercator 105 - allongement CP

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        © Camille Perrussel

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 21:17

Apparemment  vous avez été nombreux à apprécier de pouvoir suivre la progression de Vo Lu Mondu grâce à la balise de suivi par satellite.

Vous avez pu voir le bateau au milieu de l’océan et son avancée plus ou moins rapide, ou lente, sur la route du levant au couchant.

Pour que vous ayez une vue d’ensemble de la belle trajectoire tracée depuis l’estuaire de la Gironde (18 octobre)  jusqu’en Martinique (16 décembre) avec les deux escales, les îles Canaries et l’archipel du Cap Vert, voici ce qu’a donné la juxtaposition de tous les points relevés par le satellite. Il me semble qu’il m’aurait été difficile de faire une route plus directe.

Distance totale parcourue : 4508 milles nautiques, 8357 kilomètres. 43 jours en mer.

Pfffff ! ça fait quand même un bon bout de chemin…

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 18:46

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Ces deux jours d'escale imprévue à Mindelo, archipel du Cap Vert, nous ont permis de refaire les pleins d'eau et de gasoil, tout le monde aura ainsi sa part de liquide pour la traversée, en espérant que le moteur n'aura pas trop besoin d'être abreuvé. Je me méfie cependant vu le contentieux tenace et durable que j'entretiens avec Eole...

La durée de cet arrêt a été très courte, cependant elle nous a permis d'avoir un tout petit aperçu de ce monde à part que constituent ces quelques îles pelées au large de l'Afrique. Monde à part pour moi parce que je ne saurais où le placer, ce n'est pas l'Afrique même si certains côtés pourraient le faire penser, ça n'a rien à voir avec l'Europe alors qu'on pourrait à priori penser y trouver des traits communs avec le Portugal dont l'archipel était une possession. Même la langue est différente, mélange de portugais et de créole.

On ne peut pas dire que Mindelo, deuxième ville du pays, donne une impression de richesse, même le marché ne croule pas sous la variété des produits, fruits et légumes. Absolument rien à voir avec l'opulence de celui de Las Palmas.

Peu de touristes ici, il faut aller sur d'autres îles, Teneriffe, Lanzarote ou Fuerteventura pour les rencontrer. Pas de belle plage sur São Vicente...

A Mindelo, les touristes, c'est nous, les gens de bateau, de passage sur la route du Brésil ou des Caraïbes. Résultat, depuis quelques années il y a une marina à Mindelo, fort contraste avec le niveau de vie apparent de l'île. La marina est gérée par des européens pour principalement des clients européens avec des tarifs (en euros) au niveau européen. Et business is business ! Exemple, 4 € par 24h pour pouvoir attacher son annexe à un ponton si on est au mouillage dans la baie. Il y a effectivement un excellent mouillage juste devant la marina en question. Et gratuit ! Alors pourquoi se mettre à une place chère au ponton pour en plus se faire bien secouer car à cet endroit il y a un fort ressac ? Non, on est bien mieux un peu au large, le bateau accroché à son ancre.

Les fichiers météo indiquent que les alizés sont bien établis ce qui est une bonne nouvelle pour tous ces oiseaux migrateurs en route vers l'ouest.

Départ en milieu de journée en même temps que deux autres bateaux beaucoup plus rapides que Vo Lu Mondu, ils disparaîtront très rapidement avalés par la ligne d'horizon.

Au crépuscule, petit cérémonial d'adieu de la bande de dauphins qui nous avaient accueillis à notre arrivée. Apparemment, c'est le même groupe, nous reconnaissons l'un d'eux qui a une cicatrice bien visible. Après une très jolie figure de l'un d'entre eux en signe de « bon voyage », ils s'éclipseront tous en même temps. La voie vers le couchant nous est désormais ouverte.

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Peu après la tombée de la nuit, le vent s'évanouit presque complètement, nous avançons à moins de deux nœuds et surtout, comme il y a un clapot assez conséquent, le bateau roule d'un bord sur l'autre ce qui provoque des claquements très violents de la grand voile, le bateau en tremble du haut du mât jusqu'aux saumons des quilles. A chaque fois, c'est comme si on me donnait un très fort coup de poing dans le ventre, je le ressens vraiment physiquement. Insupportable !

Deux solutions possibles : affaler la voile, ce qui nous condamne à nous arrêter et être encore plus secoués, ou avancer au moteur.

La première solution serait quasiment inacceptable pour moi, j'ai déjà vécu trop de moments sans vent, j'aurais l'impression de vivre un début de cauchemar avec une traversée de plus de deux mille milles qui pourrait durer une éternité.

La deuxième solution paraît tout aussi insupportable pour Véronique qui a une sainte horreur du bruit du moteur.

Je suis vraiment face à un dilemme pendant un moment, je me dis à ce moment-là que la navigation en solitaire facilite parfois la prise de décision...

Et puis un coup de poing de plus dans le ventre me fait tourner la clé libératrice. Quelques heures plus tard, nous avons un peu avancé, j'ai bien dormi, Véronique beaucoup moins, le vent est revenu,

je tourne la clé dans l'autre sens, le silence se fait; les voiles nous déhalent sur le bon cap.

J'écris ces lignes une semaine après le départ et depuis le moteur n'a tourné que deux fois pour recharger les batteries, au grand dam de Véro qui aimerait bien que le panneau solaire et l'éolienne soient plus productifs. Mais bon, c'est comme ça, on fait avec ce qu'on a.

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7ème jour.

Les alizés sont bien présents et même assez puissants, jusqu'à 30 nœuds par moment, et la grand voile est le plus souvent sous un à deux ris. Nous avançons bien, toujours au vent arrière, dans la bonne direction. Cent quarante cinq milles ces dernières vingt quatre heures, un peu plus de six nœuds de moyenne. Magnifique ! La mer est par moment agitée avec une houle de trois à quatre mètres mais cela ne pose aucun problème. L'inconfort vient principalement du fait qu'il y a parfois, assez souvent, des vagues croisées  qui nous secouent un peu dans tous les sens. Heureusement les formes et le poids du bateau font que celui-ci a des mouvements assez doux.

Nous passons l'un et l'autre nos journées à lire ou à naviguer dans nos pensées, Véronique presque toujours dehors et moi la plupart du temps à l'intérieur. Nous parlons peu, surtout au moment des repas. C'est quasiment une navigation de deux solitaires sur un même bateau. L'avantage que je trouve à cette navigation en duo c'est que je peux dormir plus longtemps, mon sommeil est moins fractionné, même si il n'est jamais profond, toujours à l'affût et à l'interprétation des bruits environnants, prêt à passer en un instant de la couchette au cockpit ou sur le pont pour une manœuvre urgente si nécessaire, comme la nuit dernière où j'ai entendu un poisson volant s'échouer sur le pont et je me suis levé pour le remettre dans ses éléments naturels, eau et air. Ils n'ont pas tous cette chance et chaque matin il y en a trois ou quatre desséchés sur le pont. Trop petits pour être incorporés à nos repas. Ah si, il y en un autre qui s'en est bien tiré : il est passé par un hublot et a « atterri » sur mes jambes pendant que je dormais. Ça m'a réveillé bien sûr et je lui ai prestement montré le chemin inverse après lui avoir expliqué qu'on ne rentrait pas chez les gens comme ça sans y être invité, en pleine nuit, par la fenêtre en plus, et sans même avoir le correction de taper à la porte.

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8ème jour

La nuit a été bonne, bien dormi.

Bon, aujourd'hui, j'ouvre la boulangerie, il va y avoir de l'eau à la bouche des occupants du bateau d'ici un bon moment. A chaque fois que je plonge les mains dans la farine, j'envoie mentalement tous mes remerciements à Gilbert, boulanger du côté de Dax , qui m' a fait profiter d'une partie de  son expérience en me dévoilant quelques petits trucs. Le tour de main qu'il ma appris, et que j'avais scrupuleusement noté, nous permet d'avoir régulièrement une belle miche de pain frais et savoureux. C'est nettement plus de travail qu'avec une machine à pain (que je n'ai pas dans le bateau) mais le résultat est incomparable. Merci Gilbert, ton mirliton ne se débrouille pas trop mal. J'en profite pour te saluer.

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9éme jour

Jour important car nous venons de passer du stade du « déjà » au « plus que », c'est à dire que nous avons déjà parcouru mille cinquante milles et qu'il ne nous reste plus que mille cinquante milles à parcourir. Alors que jusqu'à maintenant on s'éloignait de l'archipel du Cap Vert, maintenant nous nous rapprochons des Antilles. Le hic c'est que nous venons de passer ce seuil... au moteur. Les alizés ont disparus, se sont évanouis. Plus rien, plus le moindre reste de petit zéphyr. Vo Lu Mondu se dandine très mollement sur des petites collines de liquides à l'aspect visqueux, une mer d'huile qu'ils appellent ça.

Combien de temps cela va-t-il durer ?

De plus il commence à faire chaud, plus de 30° à l'extérieur et un peu moins à l'intérieur de la coque.

Petit arrêt baignade. Température de l'eau : 25°

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Nous avons aussi atteint le stade du « plus de ». A part des oranges, des citrons, des pommes de terre et des oignons, plus de légumes et de fruits frais. Les dernières bananes vraiment trop mûres sont allées régaler les poissons volants qui s'enfuient à tire d'ailes à notre approche. Est-ce que les poissons volants aiment les bananes ? Telle est la question...

Ah si, il reste la courge achetée à Bordeaux avant de partir. Je comptais la consommer sur la route des Canaries, ce que je n'ai pas fait finalement. Elle est entière et toujours intacte. Il va bien falloir se résoudre à manger cet aliment actuellement de saison en France mais plus vraiment sous ces latitudes tropicales.

On va essayer de faire preuve d'imagination pour reporter Halloween en période estivale.

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11ème  jour

Au menu du jour, blues (pas la musique), spleen, mélancolie et déprime. Eh oui, ras le bol généralisé en ce qui me concerne.

La cause de tout ça ? Ce n'est pas nouveau pour moi, c'est le moins que je puisse dire, le manque de vent.

Après environ quarante heures de moteur, un petit alizé asthmatique s'est réveillé et nous propulse, si je peux dire, à la vitesse ébouriffante de trois nœuds à trois nœuds et demi. Le grand génois léger que j'ai rajouté cette année à la garde robe du bateau fait ce qu'il peut mais il ne peut fabriquer du vent. Le prochain achat sera un énorme ventilateur !!! De plus, il y a une houle qui nous arrive par le travers et le bateau roule d'un bord sur l'autre ce qui est pour le moins désagréable et inconfortable au possible. Et comme le vent n'appuie pas suffisamment sur la grand voile, à chaque coup de roulis celle-ci claque violemment  en secouant le gréement dans son entier, je souffre physiquement pour lui à chaque fois. Plaisir niveau en dessous de zéro.

Il nous reste encore un peu moins de neuf cent milles à parcourir et, si la situation reste stable, il nous faudra encore onze à douze jours de mer avant d'apercevoir notre but la Martinique. Une telle perspective, bien évidemment, ne fait rien pour améliorer mon état moral du jour.

Et, comme lors de mes navigations passées, je me dis : « Pourquoi cette persistance de manque de vent, élément indispensable pour nourrir les ailes de Vo Lu Mondu, élément indispensable pour la satisfaction des navigateurs ? Pourquoi ? »

Bien sûr, tout le monde rencontre des périodes de calmes plus ou moins plat, mais quand j'évoque à quel point je suis soumis à ce phénomène, personne, absolument personne n'imagine que ça soit possible. Et immanquablement, on me demande quand je pars pour ne surtout pas y aller au même moment.

Finalement, je pense que je commence à faire une vraie fixation là-dessus. Va falloir faire quelque chose pour changer ça, à défaut de gros ventilateur.

En fait, je me rendrai compte deux jour plus tard que l'autre cause importante de ce coup au moral est que, une fois passée la mi-course, je me suis mis à penser à l'arrivée. Et comme je trouve que ça ne passe pas  bien vite et que la route est encore bien longue, ce n'est pas top pour voir la vie en rose.

J'essaie de changer cet état d'esprit et de me dire que l'important c'est maintenant, c'est le chemin et pas le but. Celui-là, il sera au bout de ce chemin. Ça aide bien finalement de voir les choses de cette manière-là.

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La douche tropicale.

Un coup d'œil derrière le bateau comme souvent et cette fois je vois arriver un troupeau de blancs moutons (dommage, pas de bergère) détalant ventre à mer sur une surface liquide de plus en plus noire de seconde en seconde. La cause de cette débâcle ? Un énorme nuage libérant un très sombre et très épais rideau de pluie. Dans peu de temps nous serons drapés, enturbannés, emmitouflés dedans. Vite, réduire la toile, un ris puis deux dans la grand voile, enrouler un peu le foc, et, barre en main pour contrôler la trajectoire du bateau  propulsé par cette rafale aussi soudaine que puissante, je me retrouve trempé, dégoulinant de cette eau céleste, fraîche aux premières gouttes, et les premières furent très nombreuses, puis rafraîchissante ensuite puis tellement douce et agréable alors que nous baignons dans une touffeur par moment un peu pesante (près de trente degrés et plus de quatre vingt pour cent de taux d'humidité).

Une fois le bateau stabilisé, c'est LE moment, shampoing et savon de Marseille et à poil sur le pont pour la meilleure douche qu'il m'ait été donné de prendre. Se savonner sous des douces hallebardes puis évacuer toute la mousse sous la véritable cataracte de l'eau collectée par la grand voile. Hmmm! C'est bon. L'impression d'avoir nettoyé un tas de choses en plus du corps...

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Atelier voilerie au matin du douzième jour.

Lors de mon coup d'œil matinal au bateau, j'ai vu un problème sur le génois qui nous a vaillamment tiré cette nuit. Une sangle de renfort au point d'amure est coupée et le plus embêtant c'est qu'il n'est plus possible d'enrouler la voile.

Nous l'affalons donc, à la manière traditionnelle, c'est à dire comme on peut quand il y a un peu de vent, disons légèrement en chiffon puis elle est enfournée sur la couchette avant par le panneau de pont.

Inspection de la chose : à l'évidence un défaut de fabrication, un sertissage métallique au bord coupant a sectionné la sangle.

Donc un coup de lime pour adoucir l'agresseur puis déballage de la trousse de voilerie du bord : paumelle, poinçon, grosses aiguilles extraites de leur étui suiffé pour éviter la rouille et deux fils de diamètres différents. Et au boulot pour un bon petit moment... Résultat tout à fait satisfaisant à mon avis, il ne devrait plus y avoir de souci de ce côté-là.

Aujourd'hui voilier, hier bricoleur mécanique pour renforcer la poignée du moteur de l'annexe qui est à moitié cassée. On ne manque pas d'activité diverses et variées sur un bateau.

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Rencontres

Alarme des instruments pour signaler un intrus dans notre bulle de sécurité. Un voilier nous rattrape assez vite, probablement un catamaran. Je vois ses feux de navigation en haut du mât qui a l'air bien grand. Il est encore assez loin, deux milles, mais il nous vient droit dessus à dix nœuds. Je l'appelle plusieurs fois à la VHF, sans réponse. A surveiller sérieusement donc si il personne ne veille.

Quand il est environ à un mille, c'est lui qui m'appelle, il me confirme qu'il nous a bien vu, il change sa course de quelques degrés pour assurer un croisement de route en sécurité. C'est grand un océan et pourtant nos deux bateaux auraient pu se trouver exactement au même endroit au même moment. Boum ! Le choc, pas forcément glouglou mais de la casse certainement. Comme s'il n'y avait pas assez de place dans cette grande piscine. A-t-on plus de chances de gagner au Loto que de risques de collision au milieu d'un océan hors de toute route de trafic maritime ? Je n'en sais rien mais statistiquement parlant, il semblerait que l'un et l'autre soient possibles, sauf que dans un cas, bingo, on gagne et dans l'autre rien à gagner, tout à perdre.

C'était bien un catamaran français, en route pour les Antilles. Pas désagréable une petite discussion en pleine nuit. J'en profite pour demander les dernières prévisions météo.

 

Nouvel événement du même ordre la nuit dernière. L'AIS, cet appareil électronique de prévention des collisions a encore fait merveille. Quand j'avais eu connaissance de ce système lorsque j'étais en Suède, j'ai demandé à mon ami Jonas, qui en disposait d'un, ce qu'il en pensait, sa réponse a été : « c'est vraiment une assurance vie bon marché ». Tout était dit.

Donc cette nuit, le bi bi bip répétitif retentit pour avertir d'une intrusion dans notre espace de sécurité de six milles de diamètre autour du bateau. Effectivement, un cargo, dont la deuxième partie du nom est « bonheur », à destination de Singapour, (l'appareil nous donne ce genre de détails, y compris son cap, sa vitesse, à quelle distance il se trouve, et surtout à quelle distance ou proximité plutôt nous allons nous croiser et dans combien de temps. En l'occurrence, pour cette fois, ce n'est même plus de proximité dont on peut parler mais plutôt de collé-serré. Les deux bateaux semblent avoir une très forte affinité l'un pour l'autre.

Il est encore assez loin et j'ai l'intention de l'appeler à la radio pour vérifier que son AIS et son radar nous ont bien repérés. Je n'aurai pas besoin de le faire car je constate sur mon écran qu'il a modifié son cap de 10° pour nous éviter. Il passera 200m derrière nous puis reprendra sa course initiale.

Il était gros, très gros, surtout vu à si courte distance.

Une nouvelle fois, je n'en finis pas de m'étonner de ces rencontres potentiellement catastrophiques au milieu d'un océan. Nous ne sommes pas dans le rail d'Ouessant ou en Manche où se croisent chaque jour des centaines de cargos, porte-conteneurs, tankers et autres minéraliers, nous sommes dans une région de la planète qui est un véritable désert. Comment envisager qu'à un instant précis deux embarcations puissent se trouver exactement en même temps à un endroit tout aussi précis alors qu'il est fort probable que jusqu'alors personne n'est jamais passé très précisément sur ce point du globe ? Il faudra que je rencontre un jour un statisticien pour lui exposer le problème.

Mais quand même, que cela se présente deux fois en trois jours, je trouve ça totalement incroyable. Ça me donne finalement l'idée que je devrait peut-être jouer au Loto. On ne sait jamais avec les probabilités, fortes ou faibles...

Moralité, je continuerai donc à n'avoir qu'un sommeil delphinien, un seul hémisphère cérébral au repos et l'autre aux aguets, d'autant plus que Véronique dort très bien et n'entend pas les alarmes de nos consciencieux et insomniaques veilleurs de nuit.

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Visite surprenante :

Alors que la terre la plus proche est la Martinique à huit cent milles (env. 1500km), nous recevons une bien étrange visite : une aigrette s'est posée sur Vo Lu Mondu. Une belle aigrette d'un blanc immaculé montée sur de grêles échasses noires, le bec pointu comme un dard d'un jaune éclatant et deux boutons d'or en guise d'yeux. Je n'en ai pas la certitude mais on dirait bien une de ces aigrettes dites pique-bœuf  qu'on peut voir posées sur le dos des bovins. Absolument pas une espèce fréquentant le grand large ni même les eaux côtières d'ailleurs. Que fait-elle ici ? Je m'étonne qu'elle ait pu faire un aussi grand trajet, que ce soit depuis les Caraïbes ou depuis l'Afrique où elles sont légion. Elle avait l'air bien fatiguée, les plumes ébouriffées et cependant elle n'est restée que quelques minutes sur son nouveau perchoir flottant. Dommage, on lui offrait volontiers gîte et couvert. Mais peut-être que nous n'allions pas dans la direction qu'elle souhaitait.

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Enfin !

Quatorzième jour en mer et, enfin ! nous avons depuis cette nuit de vraies conditions alizéennes, environ vingt nœuds de vent de nord-est, une houle assez formée, un beau et chaud soleil et de gros nuages blancs bien rondouillards. Navigation rapide et confortable au vent arrière. Vo Lu Mondu paraît léger et fringant même s'il ouvre sa route avec puissance et détermination. La moyenne a considérablement augmenté, un peu plus de six nœuds ces dernières heures ; pas de pronostic annoncé sur la date possible d'arrivée, même si c'est tentant (moins de six cent milles à parcourir, je vous laisse faire la règle de trois si ça vous amuse), rien ne garantit que nous aurons ces belles conditions jusqu'au bout.

La journée d'hier ainsi que le début de la nuit n'avaient pas été bien drôles, pluies fréquentes qui nous obligeaient à fermer les hublots et la « porte d'entrée » ce qui n'était pas très efficace pour ventiler l'intérieur de la coque. Le vent nous a de nouveau lâchés, nous laissant seuls nous débattre avec une mer aux vagues totalement désordonnées, le summum de l'inconfort. La solution est venue, une fois de plus de la mécanique ronronnante ou vrombissante selon l'appréciation personnelle de chacun. Véronique en a profité pour tester l'imperméabilité de son ciré quasi neuf en restant des heures sous la pluie, et même en dormant un moment allongée dans le cockpit.

Finalement Eole a renvoyé son avant garde en début de nuit sous forme de grains sous de gros nuages noirs accompagnés de fortes averses. Après avoir bien bossé dehors à prendre des ris puis à les lâcher pour les reprendre juste après, je m'allonge satisfait avec la grand voile et le foc considérablement réduits, on ne va pas vite mais on s'en contentera pour passer une nuit tranquille.

Il est tôt, environ 18 h locale et cependant je m'endors sans dîner comme un bébé bien fatigué après sa journée à la crèche.

Réveillé deux heures plus tard par le bruit des voiles qui réclament un réglage. Vent à peu près stabilisé, mer un peu calmée, surface vélique augmentée, estomac satisfait par une boite de sardines, deux tranches de pain frais aux raisins et noisettes (merci Sonia pour les noisettes) couvertes de confiture des prunes de ma voisine Nadine et une orange canarienne, et retour à la couchette pour une longue et confortable nuit interrompue uniquement par les contrôles périodiques aux instruments et aux alentours (toutes les deux heures à tour de rôle donc quatre heures consécutives de sommeil, relatif et possiblement interrompu par d'éventuelles manœuvres en ce qui me concerne).

Et au réveil, merveille ! Ces belles conditions pour une belle journée pour faire du bon bateau.

Pourvu que ça dure comme disait la meuf à Napo...

 

Bon, on ne va pas se plaindre, ça a duré trois jours et en se renforçant en plus donc Vo Lu Mondu a bien allongé la foulée.

Une nuit quasiment blanche sous un ciel très sombre, de gros nuages pleins de très grosses pluies avec en même temps de fortes rafales, les aléas de la croisière...

Quelques jours ensuite avec un vent qui a pris du repos, ce qui a commencé à me faire trouver que la partie venait à durer un peu trop longtemps.

 

Dix neuvième jour.

TERRE ! TERRE ! Comme ont sûrement dit, soulagés d'être arrivés quelques part, les compagnons de fortune ou d'infortune de Christophe Colomb. C'était hier, il y à juste cinq cent vingt ans...

La montagne Pelée, point culminant de la Martinique, apparaît à l'ouest, droit devant nous. Cône volcanique typique, aperçu à près de quatre vingt kilomètres.

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L'ancre tombe dans la vase du Cul de sac du Marin à la nuit, à dix huit heures au milieu de centaines de bateaux, jamais vu un tel rassemblement.

Une assiette de spaghettis et tout le monde au dodo pour une nuit où je peux, enfin dormir complètement, ou presque. Il fait un calme absolu dans cette baie très fermée, le bateau est totalement immobile. Je me réveillerais bien deux ou trois fois mais pour mieux me rendormir ensuite.

Au matin du vingtième jour, vraiment content d'être arrivé, je vais pouvoir aller marcher, c'est probablement ce qui me manque le plus.

A peine plus de dix minutes à terre et voilà mon copain Eric avec qui j'ai rendez-vous pour Noël. Je ne savais pas où on allait se retrouver et voilà c'est fait par hasard. Bon, le Marin c'est pas franchement ce qu'on pourrait appeler une métropole, on en a vite fait le tour. Et puis pratiquement tout le monde fini par passer un bon moment au Mango Bay pour boire (enfin!) quelque chose de frais et surtout profiter d'une connexion internet.

En mer, il y a quelque chose qui n'existe pas (sauf dans les hautes latitudes avec les aurores boréales et australes), c'est la couleur verte. A part les protections de mes voiles, rien n'est vert. Pour moi, ça a été une vraie joie de découvrir depuis le large cette belle végétation tropicale avec une infinité de nuances dans les verts. Et pour ajouter à cette note bucolique, il y avait même des vaches à flan de colline.

L'accueil et l'ambiance sont vraiment sympas et décontractés, ce qui ne fait qu'ajouter au plaisir d'être arrivé « de l'autre côté ».

La deuxième nuit aurait pu être de la même veine que la précédente mais le vent en a décidé autrement et l'ancre a chassé, elle ne retenait plus le bateau, donc à trois heures du matin, branle bas de combat, tout le monde sur le pont, mille sabords, il fallu remonter l'ancre et arriver à la refaire s'accrocher dans la vase (trois tentatives) pour finir pas tranquille du tout cette nuit un peu rude. Le bateau reste le bateau, ce sont les éléments qui décident de votre vie. Toujours.

C'est la première fois que mon ancre chasse (c'est une Spade pour ceux que ça intéresse) alors que j'ai fait je ne sais combien de dizaines de mouillage et pas toujours dans des conditions faciles. Donc, méfiance au mouillage du Marin.

 

 

Navigateurs solitaires.

Lors de longues traversées comme celle-ci, beaucoup d'équipages, à un moment ou un autre finissent par vivre dans des conditions conflictuelles du fait de la proximité, du petit espace vital, du caractère de chacun qui se révèle (surtout les petits côtés irritants pour les autres). Les histoires de couples qui arrivent avec la décision ferme et définitive de divorcer ne manquent pas.

Le pari de partir avec une « inconnue » était plutôt risqué, je le reconnais. La semaine passée ensemble à bord pouvait donner une petite idée de ce pourrait être notre cohabitation pendant presque trois semaines mais ne pouvait donner de toutes façons toutes les garanties que tout se passerait dans la plus parfaite cordialité.

Eh bien, pas de mauvaises surprises. L'entente a été bonne et cela est probablement dû au fait que nous avons pratiquement navigué tous les deux en solitaires. Comme je l'ai déjà dit, Véronique a passé le plus clair de son temps à l'extérieur et moi une grande partie du mien à l'intérieur. J'aime aussi être dehors mais par moment et je n'arrive pas bien à me concentrer sur une lecture parce que je suis toujours à regarder tout autour alors que le paysage ne change pas aussi souvent que lors d'un Paris-Marseille en TGV.

Donc elle dehors et moi dedans. Et on se retrouvait au moment des repas qui étaient donc aussi l'instant des discussions, jamais très longues il faut le dire.

Sur le plan de la navigation, je reconnais que je n'ai pas beaucoup mis Véronique à contribution alors qu'elle n'a jamais rechigné à la manœuvre mais j'ai tellement l'habitude de le faire par moi-même...

La nuit, chacun avait son réveil programmé toutes les quatre heures pour faire un tour de ronde, même si je me réveillait bien plus souvent.

Donc ce n'était pas loin d'être une transat en SolitaireS.

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© Marc Perrussel

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 21:16

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Un article pour Max, mon ami bruxellois.

L'année dernière, de retour des Açores, alors que Vo Lu Mondu et moi avons été très chahutés par une violente tempête, le pavillon belge tricolore du bateau s'était trouvé amputé d'un tiers, le rouge, emporté par les violentes rafales.

Max a alors eu la très gentille attention de m'en offrir un tout beau tout neuf

 

 

 

 

Le voici "en action".

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 22:59

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Comment gérer le sommeil quand on est tout seul en bateau.

Ou plutôt ma recette à moi.

 

Navigation en solitaire pendant plusieurs jours donc plusieurs nuits, on fait comment pour dormir ?

Ben oui, un petit dodo de temps en temps c'est non seulement utile et agréable mais surtout indispensable.

Alors, ils font comment les navigateurs solitaires ?

Eh bien pas tous pareil.

Il y a les pros de la course au large qui ont étudié leur rythme de sommeil, quand et comment s'endormir pour un sommeil bref et récupérateur. Pour ça, travail avec des médecins et services spécialisés. Ils sont des dormeurs de haut niveau. Ca me ramène en mémoire que j'avais participé, il y a longtemps à Genève, à des recherches sur le sommeil dans un service de psychiatrie, non non, rassurez-vous, je n'étais pas interné. J'arrivais vers 21h et une infirmière me préparait une jolie tresse d'une vingtaine ou d'une trentaine de fils multicolores  qui reliaient autant d'électrodes fixées sur ma tête à un tableau électrique fixé au mur. Petite précision, c'est moi qui envoyais le courant électrique vers le tableau et pas l'inverse... Et de l'autre côté du mur, la salle des machines pour l'enregistrement.

Une fois branché, un petit comprimé de je ne sais quoi (inoffensif, je connaissais le directeur de recherche) et au dodo. Payé pour dormir, et petit déjeuner inclus !

Mais bon, je reviens à mes moutons qu'il faudra bien que je compte.

Ici, pas de préparation pour la nuit avec des petits fils rouge, bleu, vert, jaune, etc... mais en général avec un cordage noir, un jaune et parfois un gris. Plus rarement heureusement avec un autre noir, à bâbord celui-là. Oui, histoire d'avoir une attitude conservatrice, avant d'aller dormir, je réduis la voilure pour être un peu tranquille des fois que le vent fraîchisse pendant la nuit. Bien sûr, la vitesse du bateau s'en ressent mais je ne suis pas pressé. A l'arrivée, il y aura peut-être un blaireau pour me dire : « Quoi, tu as mis tout ce temps pour cette traversée ? Mais qu'est-ce t'as foutu, il avance pas ton bateau ? MOI, ça fait longtemps que je suis arrivé... »

Ce que j'ai foutu ? J'ai dormi...

Ensuite, briefing d'avant nuit avec les équipiers du bord : le radar, l'AIS (système de prévention des collisions) et pilote automatique. Chacun reçoit ses consignes précises et doit faire ce qu'il à faire.

Il me reste à aller me coucher après avoir déterminé où je vais dormir. Mon bateau n'est pas si grand mais j'ai plusieurs lieux possibles, cela dépend de la météo, de l'allure du bateau (de quel côté il reçoit le vent), si la mer est agitée ou non. En fonction de ces critères le choix est important pour la qualité de mon sommeil. Ça peut-être la couchette avant, la cabine arrière, une des banquettes du carré ou, comme la nuit dernière, par terre, si je peux employer cette expression, dans le carré. Après tout, ça vous est certainement déjà arrivé de dormir sur le canapé du salon (je ne vous demande pas de détails sur la raison...), dans la baignoire (là, vous n'avez pas besoin de les donner...) alors que vous avez un lit bien confortable. Dans le bateau c'est donc pareil, il n'y a que les raisons qui sont différentes.

Et pour combien de temps je me glisse sous la couette ? Très variable. Là aussi, pas mal de choses font que ce n'est pas toujours aussi longtemps que je le souhaiterais.

Tout d'abord, ça dépend de la zone dans laquelle je navigue. Près des côtes, zones de fort trafic, zones fréquentées par des bateaux de pêche, là c'est pas vraiment top... 20 à 30 minutes de position horizontale avec interruption plus ou moins longue en fonction des circonstances. Et ça implique de dormir aussi un peu dans la journée pour essayer d'avoir le minimum d'heures de sommeil nécessaires.

En dehors de ces zones, c'est très différent, en principe je mets le réveil pour des tranches de 2 heures. Petit coup d'œil aux instruments et à l'extérieur et si tout va bien, retour dans les plumes pour 2h et ainsi de suite jusqu'à plus sommeil.

Ça, c'est dans l'idéal et ça n'est pas toujours comme cela que ça se passe. Un certain nombre d'évènements peuvent contrarier ce relativement agréable déroulement et ça arrive souvent. Bien sûr il y a les alarmes des instruments qui font leur boulot, même si c'est parfois avec un peu trop de zèle à mon goût. Ça donne vraiment envie d'arrêter le « bibibip, bibibip, bibibip, ... » horripilant du radar qui s'excite par ce qu'il a repéré une vague à peine plus grosse que les centaines d'autres ou un nuage possiblement porteur de pluie, ou bien le « biiiiiiiiiip, biiiiiiip, biiiiiiip, biiiiiiiiip » continu de l'AIS qui m'annonce la présence dans les environs d'un bâtiment généralement beaucoup beaucoup plus gros que Vo Lu Mondu.

Autres aléas, les variations en force et direction du vent qui peuvent obliger à sortir pour régler les voiles ou bien carrément remettre rapidement de l'ordre dans le vrac engendré par un empannage involontaire suite à un violent changement de direction du vent qui en a bien sûr profité pour reprendre du souffle... Pas top, au milieu de la nuit sous la pluie... Plaisance ?

Heureusement, il y a des nuits où il ne se passe rien de particulier, la routine, quoi...

C'est dans ces moments-là que j'aimerais devenir dauphin ou baleine. Non, je ne rêve pas que je nage comme eux, avec aisance, souplesse, perfection, en fait je ne dors qu'à moitié comme eux. Enfin, ce n'est pas tout à fait pareil : ils ont la particularité de ne mettre en sommeil qu'un demi cerveau, un seul hémisphère cérébral, l'autre étant parfaitement en éveil pour une raison majeure: leur respiration n'étant pas automatique comme la notre, ce deuxième hémisphère permet d'assurer cette fonction pour le moins indispensable.

Dans mon sommeil, je sais qu'une partie de mon cerveau reste éveillée pour analyser les sensations perçues, bruits du bateau, grincements, claquements, bruits de l'eau léchant gentiment la coque ou la claquant violemment d'une bonne vague sur le flanc, tempo de la musique marine, le bateau étant la baguette du chef d’orchestre océanique. Toutes ces perceptions me permettent d'évaluer la situation, le comportement du bateau, le réglage des voiles, les modifications de l'environnement. Ça ne donne pas un sommeil parfait, loin de là, mais c'est tout de même récupérateur et c'est ce qui compte.

Et c'est dans ces périodes que j'apprécie parfois qu'il n'y ait pas du tout de vent, mer parfaitement plate et lisse. Le bruit du moteur au ralenti n'est pas trop troublant et là, je dors sur mes deux hémisphères. Comme l'année dernière en revenant des Açores, un sommeil de 12 heures non stop. Même pas entendu le réveil...

Tiens, il y a deux nuits, ça aurait pu être pareil. Mêmes conditions, j'avais bien besoin de repos car la nuit précédente avait été redoutable en matière de récupération avec des vents de force 7 et les vagues en conséquence. Je démarre le moteur et je fonce me mettre en position horizontale, endormissement immédiat. Un sifflement strident me tire de mes profondeurs nocturnes : est-ce un rêve ? Ce n'est pas une des alarmes habituelles que je connais bien, c'est autre chose. J'ouvre un oeil et je vois un voyant rouge flamboyant sur le tableau électrique du moteur : c'est le témoin de température du moteur. Je le stoppe immédiatement. Après un moment de refroidissement, je le redémarre  et constate que l'échappement ne recrache pas d'eau comme il le devrait. Problème de pompe à eau diagnostiqué rapidement. Il est 3h30 et je sors la trousse à outils... Je retournerais me coucher pour terminer mes rêves à 5h...

Ainsi va le sommeil dans la vie du navigateur solitaire, à moins que ce ne soit l'inverse.

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        © Marc Perrussel

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"Je ne vois pas de délégation de nos Frères à quatre pattes.
Je ne vois pas de siège pour les Aigles.
Nous oublions et nous nous croyons supérieurs.
Mais nous ne sommes en fin de compte rien de plus qu'une partie de la Création. Et nous devons réfléchir pour comprendre où nous sommes situés.
Nous sommes quelque part entre la montagne et la fourmi.
Quelque part et seulement là comme une partie et parcelle de la Création."
Oren Lyons Iroquois Onondaga.
Extrait d'un appel aux organisations non gouvernementales des Nations Unies - Genève - Suisse - 1977.

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"La nature est lente mais sûre.
Elle ne travaille pas plus vite qu'elle n'a besoin de le faire.
Elle est la tortue qui remporte la course de la  persévérance."                                                                                                 

Henry David Thoreau
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"C'est une triste chose de penser que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas."
Victor Hugo
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"Qu'est-ce qu'en général qu'un voyageur ? C'est un homme qui s'en va chercher un bout de conversation au bout du monde."
Barbay d'Aurevilly
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" Faites ce que vous êtes capables d'effectuer ou croyez pouvoir faire. L'audace est porteuse de génie, de pouvoir et de magie."
Goethe

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"Si la cruauté humaine s'est tant exercée contre l'homme, c'est trop souvent qu'elle s'était fait la main sur les animaux. Tout homme qui chasse s'endurcit pour la guerre."
Marguerite Yourcenar
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"Il faut sauver les condors. Pas tellement parce que nous avons besoin des condors, mais parce que nous avons besoin de développer les qualités humaines pour les sauver. Car ce seront celles-là mêmes dont nous aurons besoin pour nous sauver nous-mêmes."
Mac Millan, ornithologue du XIXe siècle
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