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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 11:28

28 avril J-1

Bateau prêt, bonhomme aussi.

C'est dimanche, j'aimerais bien partir mais les services de douane et d'immigration sont fermés donc formalités de départ pas possibles.

Il me tarde maintenant de partir, j'appréhende beaucoup moins ces quatre semaines seul en mer sans contact autre qu'avec les éléments naturels, eau, vent, soleil, nuages et les éventuelles et souhaitées rencontres avec la faune marine.

J'ai profité ces derniers jours d'une bonne connexion internet pour télécharger quelques émissions supplémentaires de France Inter (Vivre avec les bêtes, Sur les épaules de Darwin, Partir avec Marie-Pierre Planchon et quelques épisodes du Grand entretien), et j'ai maintenant une centaine d'émissions à écouter ou réécouter.

Comme il me reste quelques dollars, je décide de m'offrir une pizza, oui, j'aime bien les pizzas. Bon, je suis conscient du risque encouru : je suis en territoire britannique à très forte influence américaine, la clientèle est donc très majoritairement anglo-saxonne... Je vous laisse imaginer les longues négociations que j'ai dû avoir avec moi-même pour décider si oui ou non j'allais courir ce risque. Nous finissons par tomber d'accord et me voilà attablé devant une pizza végétarienne qui sent bon et a l'air plutôt appétissante.

Et finalement, comme on dit à Genève, j'ai été déçu en bien. Pas mal, de loin pas la meilleure que j'ai mangée mais de loin pas la pire.

29 avril J1

Formalités administratives remplies, départ à 10h locales, 16 h en France.

J'ai les prévisions météo pour la première semaine, et ça ne devrait pas être trop mal. Vent relativement faible et belle mer, autrement dit départ en douceur, je ne m'en plains évidemment pas.

Petit incident après trente minutes, ma cartographie électronique ne fonctionne plus. Je n'en aurai pas besoin une fois en haute mer mais là, alors que je suis en train de contourner le Horse Shoe Reef, grande zone de récifs à fleur d'eau, le plus grand pourvoyeur de naufrage des Antilles, ce n'est vraiment pas le bon moment pour naviguer à l'aveuglette.

J'éteins et rallume l'ordinateur trois ou quatre fois sans succès. Finalement je désinstalle et réinstalle le programme et, bingo, ça fonctionne. Pourvu que ça dure... encore une heure au moins.

Bon, étant d'un naturel plutôt prudent, pour ce qui est de cette navigation électronique, je suis équipé avec double ceinture et doubles bretelles, à savoir trois PC et un Mac.

Le Mac est mon ordi de tous les jours, en principe je ne l'utilise pas en mer, cependant il a aussi le logiciel de navigation au cas où tous les PC serait hors service.

Un des PC a un écran tout noir depuis trois jours, rien à faire... Une paire de bretelles en moins.

Il en reste donc deux qui doivent tenir encore quelques dizaines de minutes au minimum, je ne devrais donc pas terminer en slip sur les récifs.

30 avril J2

Croisé un voilier au loin.

Le film du jour : Forrest Gump. Déjà vu un nombre considérable de fois. Je ne m'en lasse pas.

1er mai J3

Fête du travail. Youpiiiiiie !!!! Je vais défiler cet après midi avec les camarades en écoutant quelques chansons de Jean Ferrat. Le patron est d'accord.

2 mai J4

Depuis ce matin je suis sorti de la zone alizéenne et donc plus de vent. Le moteur, à bas régime pour consommer le moins possible, a pris le relais pour propulser, un bien grand mot !, le bateau, les voiles restant à poste pour capter le moindre petit zéphyr qui se présenterait éventuellement à nous. J'en profite pour faire la route directe, pas la peine de rajouter des milles alors qu'il y en a tant à parcourir.

Je suis donc entre deux systèmes météo, les alizés au sud et une petite dépression au nord dont je devrait profiter des effets favorables à partir de demain. Inch Allah.

A priori, vingt quatre heures de moteur en perspective. Il faut bien avancer. C'était prévu, on sait que sur cette route il est classique d'avoir des zones de calmes et ce n'est pas pour rien que j'ai alourdi le bateau de six cent litres de gasoil. Donc l'allégement du bateau est en cours.

Le livre du jour:

J'ai terminé aujourd'hui un livre passionnant : " Les racines du ciel" de Romain Gary.

Il est considéré comme le premier roman écologiste, écrit en 1956, prix Goncourt cette même année. Plus de cinquante ans après sa parution, les problèmes soulevés sont d'une criante actualité. Bouleversant.

J'ai découvert cet ouvrage il y a juste quelques semaines en écoutant France Inter, Vivre avec les bêtes. Un invité de l'émission était engagé dans la défense des éléphants d'Afrique, tout comme Morel le principal personnage de cette histoire.

J'avais immédiatement rajouté ce titre à la liste des ouvrages à me procurer à mon retour. Et puis je l'ai encore entendu cité, toujours sur France Inter, puis encore une autre fois quelques temps plus tard. Et je l'ai trouvé, quelle chance !, dans la petite librairie de Gustavia sur l'île de Saint Barthélémy. Comment se fait-il que nos routes aient mis aussi longtemps à se croiser ? Il n'est jamais trop tard.

3 mai J5

Le vent est revenu un peu plus rapidement que prévu, ce qui est plutôt bien, mais hélas rien n'est parfait, il souffle de nouveau de secteur Nord Est ce qui est pile la direction que j'aimerais suivre.

Les prévisions m'annonçaient un vent revenant par le sud avant de tourner au secteur ouest puis nord ouest. Pas vraiment chanceux sur ce coup-là.

Tout le cadran Nord Est m'est donc interdit et, bien entendu, les Açores s'y trouvent juste au milieu.

Cela rallonge considérablement ma route, environ trente pour cent de plus depuis le départ, comme si en ligne droite elle n'était pas assez longue. Je me console en appréciant une navigation confortable, la mer étant calme car le vent est assez faible. J'en profite pour bien dormir, neuf heures par nuit entrecoupées de courts réveils de contrôle toutes les trois heures. Habituellement toutes les deux heures mais comme je suis vraiment dans un grand désert, je peux bien me permettre cette petite adaptation du règlement interne.

Le vent s'est évanoui en milieu de journée.

Appelé à la radio un cargo qui passait pas loin en route vers Anvers pour lui demander les prévisions météo. Vent force 4, parfait, et soufflant... du Nord Est, exactement ce que je ne voulais pas entendre. J'aurais mieux fait de ne rien demander...

4 mai J6

Heureusement que la consultation radiophonique était gratuite, le résultat a été très loin de celui annoncé : vent force 0, oui, zéro et donc de direction indéfinissable.

J'en tire la leçon qu'une fois en mer, pas la peine de chercher à connaitre la situation météorologique à venir, il faut juste prendre ce qui vient et faire avec. C'est tellement plus simple et ça évite de gamberger.

En tout cas, pour l'instant ce sont vingt quatre heures de moteur sans interruption et j'ai bien l'impression que le silence n'est pas près de revenir dans le bateau.

5 mai J7

Retour du vent, force 4 de secteur... Nord Est. Sans commentaire.

Le film du jour : Coup de foudre à Notting Hill avec Julia Roberts. J'ai aussi eu le coup de foudre. Sous le charme...

6 mai J8

Déjà une semaine en mer.

Je n'ai vraiment pas été gâté avec la distribution du vent. Le moins que je puisse dire c'est que je n'ai pour l'instant pas eu de bons tirages de cartes : soit il n'y avait pas de vent et donc avancer avec l'aide du moteur, pas drôle, soit il venait de là où je voulais aller, et donc naviguer au près avec un bateau dont les formes de carène ne le prédisposent pas vraiment à ce genre d'exercice, en plus c'est une vie penchée, pas trop quand même, et secouée et pour finir ça rallonge la route. Bref, c'est pas la croisière s'amuse.

J'ai toujours bon espoir que la chance tourne de mon côté et que les prochains tirages me seront plus favorables. Tiens, ne serait-ce qu'une paire de 8 ou un brelan de 7. Jack London disait : "dans la vie, il ne s'agit pas d'avoir les bonnes cartes en main, mais de bien jouer avec de mauvaises cartes." C'est ce que je m'applique à faire...

Ceci dit, la semaine a passé assez rapidement même si je trouve cela plutôt monotone. Un quart du trajet déjà parcouru sur la route directe, ce n'est pas si mal après tout avec les conditions de vent rencontrées depuis le départ. Ça me donne bon espoir pour la suite car je n'imagine pas que la direction du vent ne change pas pendant plusieurs semaines.

Le livre du jour : l'appel de la forêt, Jack London. Déjà lu il y a longtemps, retrouvé avec grand plaisir.

8 mai J10

Nord-Est, le vent est coincé au Nord-Est depuis le départ, sauf les périodes sans aucun souffle. En plus il est plutôt faible, généralement autour de dix nœuds, pas assez pour propulser efficacement les presque neuf tonnes de Vo lu mondu, donc la progression est lente. Seulement un tiers du trajet effectué à ce jour. A ce rythme je resterai donc un mois en mer.

Les journées passent relativement vite, je m'occupe. La boulangerie est ouverte cet après-midi, je m'essaye à la fougasse...

Jour spécial que ce dixième jour, j'ai eu une magnifique visite ce matin, une baleine, un petit rorqual, venue m'accompagner pendant une bonne heure, nageant et plongeant tout près du bateau, visiblement très curieuse de cette rencontre. Je me demande qui d'elle ou moi à pris le plus plaisir dans cet intermède océanique.

Un océan atlantique très... pacifique
Un océan atlantique très... pacifique
Un océan atlantique très... pacifique

Et concernant mes occupations, une telle rencontre, en plus de l'heure magique en sa présence, c'est tout le temps nécessaire pour trier les deux cent cinquante photos prises à cette occasion, à écrire un article pour le blog, sans compter le temps où mon esprit se replonge dans ce moment de magie naturelle.

Rencontré aujourd'hui : deux étoiles filantes, une baleine, un cargo, une bouteille en plastique et... un congélateur !!! Pas regardé ce qu'il y avait dedans, je pense que la chaine du froid était rompue depuis une durée indéterminée donc l'éventuel sorbet cassis aurait été fondu.

Un océan atlantique très... pacifique

10 mai J12

La bonne nouvelle du jour c'est que le vent s'est enfin décidé à changer un peu de direction pour s'orienter plus ou moins à l'Est. Résultat : pour la première fois depuis le départ, je peux faire route directe vers mon but. C'est toujours une navigation au près mais confortable car le vent est faible (environ dix nœuds, force 2) et la mer calme. Bon, c'est plutôt lent, ça prendra le temps que ça prendra, c'est exactement ce que chantait Georges Brassens : "il naviguait en père peinard sur la grand mare des canards..."

Le livre du jour : Croc Blanc, Jack London. Même commentaire que le précédent.

Le visiteur du jour

Le visiteur du jour

13 mai J15

Deux semaines en mer, je continue mon petit traintrain atlantique.

C'est une navigation facile, sans surprise depuis le départ, toujours sur le même bord, tribord amure (vent qui vient de la droite). Le vent a toujours plus ou moins la même orientation avec des petites oscillations, la même force, la mer est toujours relativement calme. A part parfois de petits ajustements du réglage des voiles, rien à faire en ce qui concerne la marche du bateau, vraiment pas besoin d'équipier pour se partager la tâche.

Donc c'est la routine, cuisiner, manger, lire, écouter, regarder, dormir, les jours et les nuits passent et se suivent, calmement. Je n'ai jamais aussi bien dormi en mer, l'esprit tranquille même si je me suis rendu compte que l'alarme de mon radar ne fonctionne plus, il n'a de toute façon pas grand chose à détecter dans ce grand désert. Il faudra que je le fasse réparer aux Açores car ce sera plus gênant de ne pas avoir cette sécurité lorsque j'aborderai plus tard les côtes espagnoles et françaises.

J'ai aperçu un voilier il y a deux jours, le premier depuis deux semaines. Nous avons discuté un moment à la radio. Ils suivent la même route que moi et nos constatations sont identiques, pas moyen de se rapprocher de la route directe avec ce vent qui oscille entre le Nord-Est et l'Est. Et d'après les fichiers météo qu'ils venaient de recevoir, pas de changement prévu pendant la semaine à venir. Nous n'avons donc rien d'autre à faire que de continuer sur la voie actuelle qui nous est imposée et qui nous rapproche de notre destination mais qui ne nous y mène pas. En espérant quand même une rotation du vent...

Le livre du jour : Quand les éléphants pleurent, la vie émotionnelle des animaux. Passionnant.

16 mai J18

De retour à ma plume informatique après un weekend à la fête foraine. Bon, c'était peut-être pas le weekend mais c'est généralement en fin de semaine qu'on profite de ce type de manifestation. De toute façon, ce genre de repère temporel ne me concerne pas vraiment. Quel jour est-on ? Lundi, vendredi ? Je ne sais pas et ça m'est bien égal. Quelle importance là où je me trouve actuellement ? Je ne vais pas au bureau ou à l'usine le lundi matin, ni les autres jours d'ailleurs, il n'y pas de marché dans le coin donc pas besoin de savoir si c'est samedi matin...

Mes seuls repères de temps sont mes réveils toutes les trois heures la nuit et toutes les six heures pour noter les faits et les conditions de navigation dans le livre de bord et regarder sur la carte ma progression sur cette longue route océanique.

Oui, je vous disais que je viens de passer quarante huit heures à la fête foraine et ce que je préfère au milieu de la foule en mal de divertissement, des néons multicolores et clignotants, des différentes musiques agressives qui rivalisent à grands coups de décibels et dans le mélange d'odeurs de chichis graisseux, de pommes au caramel rouge et de barba papa rose et collante, c'est le grand huit. C'est plus grisant que la chenille, moins brutal que les autos tamponneuses, même si je les aimais bien quand j'étais adolescent lors de la fête du premier avril dans mon village ardéchois, surtout qu'on avait toujours des tickets gratuits. Et puis j'aime pas le train fantôme, pas plus que d'essayer de gagner une horrible peluche jaune et vert fluo en crevant avec une carabine des ballons colorés virevoltant en tous sens dans une cage. Pauvres ballons.

Et cette année il y avait une nouvelle attraction, faut bien se renouveler sinon les gens finissent par se lasser, c'est une espèce de grand huit mais au lieu d'être dans une sorte de petite voiturette sur rails, on est dans une nacelle en forme de bateau, c'est penché et ça secoue dans tous les sens. Par moment ça monte et l'étrave se dirige droit vers les nuages comme pour aller les transpercer puis arrivé au plus haut, avant les nuages quand même, il y a ensuite forcément une descente et là, soit ça redescend plutôt en douceur et on a l'impression qu'on va s'enfoncer dans les noires abysses, soit l'avant du bateau fait une grande chute libre dans un trou et quand on arrive au fond, le choc est vraiment brutal accompagné d'un fracas terrible et d'un incroyable splaaashhhhh. Et comme c'est vraiment bien fait, il y a plein d'eau qui gicle partout. Heureusement on est bien protégé alors on n'est pas mouillé. Sauf quand on nous fait sortir sous un prétexte quelconque et là, attention, elle est fraiche. Et salée. Et puis ça penche, à droite, à gauche, c'est complètement désordonné, on ne sait pas à quoi s'attendre dans la seconde à venir; Heureusement on peut s'asseoir et même s'allonger si on veut. Faut dire que rester debout sans se tenir est impossible. Et puis pendant un bon moment ils éteignent toutes les lumières, le noir complet. sensations encore plus fortes parce qu'on n'a plus de repère visuel et on ne sait pas du tout dans quelle direction ça va remuer. Vachement réaliste leur truc, je ne sais pas comment ils font. La technique quand même, c'est fou. Y a même le bruit des vagues qui viennent mettre des grandes claques sur les flancs de la coque, un vrai concert de tambours, ça fait des vibrations partout. Je ne sais pas pourquoi j'étais tout seul, probablement parce que les gens ont peur de la nouveauté, peur de ce qu'ils ne connaissent pas. Je pense que c'était mieux comme ça parce qu'il en aurait certainement qui auraient eu le mal de mer, surtout dans la grande descente quand on sent son estomac qui remonte jusqu'aux oreilles, très réaliste, je vous dis. Il parait qu'ils peuvent pousser le curseur de la machine un peu plus loin pour des sensations encore plus fortes. Je crois que, si ils veulent que les gens reviennent, ils feraient mieux de s'en tenir là.

Vous l'aurez compris, j'espère, les conditions de navigation ont bien changé depuis deux jours. Vent de vingt cinq à trente nœuds (force 5 à 6), houle de trois à quatre mètres, vagues du vent orientées différemment ce qui a donné une mer très cahotique et donc un inconfort certain. Pas vraiment la tempête, ça reste raisonnable et tout à fait contrôlable et si c'était à une autre allure que le près, ça ne serait même pas anecdotique. Dans ces conditions, l'accomplissement des activités de la vie courante devient singulièrement compliqué. Les repas s'en trouvent considérablement simplifiés (hier soir, "gratin" de patate douce mais sans crème fraiche ni fromage, juste avec sel et poivre. Pas terrible, je ne vous recommande pas la recette), il faut bien se nourrir. Un acte aussi simple que remplir une tasse avec de l'eau chaude devient ce qui est probablement, à mon avis, la chose la plus dangereuse sur un bateau. Si vous n'habitez pas dans une région soumise à de réguliers tremblements de terre, dans la stabilité bien terrienne de votre cuisine, vous ne pouvez pas imaginer le défi à surmonter pour que l'eau passe directement de la bouilloire à votre sachet de thé au fond de la tasse sans ébouillanter ce qu'il y a autour et en particulier la personne qui tient la bouilloire. Et surtout ne pas trop remplir, les vagues se forment aussi dans la tasse...

En conséquence, j'ai passé beaucoup de temps sur la couchette à l'arrière du bateau, là où ça bouge un peu moins, à écouter des émissions de radio et à regarder des films (ah, Julia...).

Le positif de la situation est que, le vent s'étant orienté au Sud-Est, j'ai pu faire route quasiment directe et, malgré la diminution considérable de la surface de voile, à très bonne vitesse. Ca aide grandement à supporter l'inconfort.

Ce matin, les flonflons de la fête s'éloignent, les enseignes colorées s'estompent dans le sillage, j'ai donc renvoyé de la toile, le cap est bon et la vitesse correcte, tout va bien, je vais aller me préparer un vrai repas, spaghettis sauce tomate sans parmesan.

19 mai J21

J'appréhendais un peu la durée de cette traversée, les dix neufs jours de la transat Est-Ouest m'ayant paru interminables. Alors qu'il me reste, si les conditions ne changent pas, trois à quatre jours de navigation, je n'avais jamais passé autant de temps en mer, déjà vingt et un jour loin de toute terre et de ses habitants. Et j'ai l'impression que ces journées-là sont passées très rapidement, il me semble que j'ai quitté les Iles Vierges il y a seulement quelques jours. Même si je serai très content d'arriver, les quelques jours qui restent ne me posent pas de problème particulier, trois ou quatre, peu importe, je continuerai à prendre ce qui se présente, lent ou rapide.

22 mai J24

Me voilà dans le petit port de Flores, l'île la plus occidentale de l'archipel des Açores. très content de marcher plus que quelques mètres instables, de rencontrer des gens sympas, une très bonne pizza. Même pas vraiment fatigué, probablement parce que les conditions ont été plutôt bonnes et assez calmes ce qui fait que j'ai bien dormi presque toutes les nuits.

Le principal fait marquant est que j'aurai navigué pendant tout le trajet tribord amure, un seul bord, pas un virement sur deux mille quatre cent milles ( quatre mille quatre cent cinquante km). Vraiment très étonnant et inhabituel.

Un océan atlantique très... pacifique

26 mai.

Me voici à Horta sur l'île de Faïal où j'ai le plaisir de revenir. J'aime bien cet endroit, on y fait plein de rencontres dans une très bonne ambiance. (J'avais écrit un article sur le blog sur Horta et son port le 12 août 2011).

J'y retrouve des gens rencontrés à Flores et d'autres rencontrés bien avant. Chacun raconte sa traversée, ce qui est quand même une sacrée aventure, avec ses plaisirs et ses déplaisirs. Je suis étonné de constater que tous les bateaux ou presque ont eu des avaries plus ou moins graves. En ce qui concerne Vo lu mondu, une petite déchirure dans la grans voile qui sera vite réparée avec la grosse machine à coudre de Jane et Adrian du bateau-copain Blue Bird.

Je pense rester un mois dans cet archipel au milieu de l'atlantique. Bien sûr la traversée n'est pas terminée mais la suite jusqu'au Nord de l'Espagne représente un trajet beaucoup plus court d'une durée d'environ huit jours.

Finalement, cet article aurait pu se résumer à ceci :

Récit d'une transatlantique sans histoire :

ben, justement pas d'histoire, rien de spécial à raconter, tout s'est passé simplement, tout doucement, sereinement.

Tous comptes faits, cet océan atlantique aura juste été un océan... pacifique.

Ah si quand même, j'ai croisé la route d'une baleine. Mais ça c'est une autre histoire...

Un océan atlantique très... pacifique
Un océan atlantique très... pacifique
Un océan atlantique très... pacifique
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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 15:13

Dans un des plus anciens articles de ce blog je racontais l’histoire de ce petit garçon blondinet qui rêvait assis sur le sable blanc et chaud de la plage corse de son enfance. Il rêvait qu’un jour il aurait son bateau dont l'étrave sillonnerait les surfaces océaniques, aller d’un continent à un autre, naviguer d’une île à une autre. Juste avec la mer et le vent.

Bien des années plus tard, le bateau a existé, le bateau a vogué sur ces flots tant désirés, il a tracé son éphémère sillage sur près de 20 000 milles nautiques (environ 37 000 km). Il n’a certes pas fait le tour de la planète bleue mais le but n’était pas là. Le but était la réalisation du rêve d’un petit garçon qui regardait les vagues. Ce but là est atteint.

Autre rêve

Qui n’a pas rêvé un jour de vacances au soleil, de plages de sable blanc baignées par des eaux turquoises et ombragées par des cocotiers dont les palmes se balancent comme des éventails agités par les bienfaisants alizés ? Tout ça bien loin de la grisaille hivernale quotidienne. Magique ! La carte postale des dépliants des agences de voyage.

Je suis actuellement dans cet environnement apparemment idyllique aux Iles Vierges Britanniques, petit archipel des Caraïbes. L’endroit est agréable, un nombre incalculable de mouillages où poser son ancre pour la nuit et dormir sereinement dans un bon abri bien protégé du vent et de la houle. Beaucoup de bateaux, principalement des unités de location de personnes séduites par les cartes postales évoquées ci-dessus mais il y a toujours un petit coin plus ou moins désert pour ceux qui recherchent la tranquillité.

Et cependant ma réalité est tout autre que cette belle ambiance de vacances. Je ne suis pas en vacances, je suis en voyage, ou plutôt je suis dans une vie de voyage.

Mis à part les vacanciers à la semaine ou à la quinzaine, Il y a d’autres espèces de navigateurs, probablement tous issus du même rêve.

Beaucoup d’américains ou canadiens, retraités aisés pour la plupart, qui ont fui les rigueurs hivernales de leurs pays, ils viennent passer six mois dans la chaleur tropicale avant de mettre leurs bateaux à terre aux bons soins d’un chantier naval et retournent retrouver maisons, familles et amis pendant « la belle saison ». Nouvelle espèces d'oiseaux migrateurs en quelque sorte.

L’autre espèce navigante que l’on peut observer, ce sont les navigateurs voyageurs comme moi. Et là il y a plusieurs sous espèces :

  • Ceux qui passent quelques temps dans ces contrées insulaires avant de faire le grand saut vers l’océan Pacifique. En général leur projet est un tour du monde, au minimum trois ans à voguer vers l’ouest avec la promesse d’îles et de pays enchanteurs. Je pensais faire plus ou moins partie de ceux-là. J’ai réalisé que les distances séparant les destinations dans cette immensité océanique impliquaient des semaines en mer sans toucher terre. Et cela ne m’enchante pas du tout. Ce que j’apprécie le plus, c’est le cabotage le long des côtes, pas les grandes tirées océaniques sans voir personne pendant plusieurs semaines. Solitaire mais sociable. Donc je n’irai pas comme prévu vers le Mexique et la Colombie britannique sur la côte ouest du Canada. Il n’est virtuellement pas possible de remonter vers le nord le long des côtes américaines, les vents et les courants s’y opposent. Il faudrait aller jusqu'à Hawaï avant de mettre le cap vers Vancouver. Au moins 7000 milles nautiques (13000 kms), au moins deux mois et demi au large. Non merci.
  • Ceux qui sont arrivés aux Antilles il y a plus ou moins longtemps et qui ont succombé à la tropicalisation, à la vie tranquille et facile que l’ont peut avoir dans ces contrées au climat agréable. Ils peuvent y rester des années, sans autre but que de se la couler douce. Ils sont, à mon avis, tombés dans un piège terrible, celui de regarder le temps qui passe et de ne rien faire pour que ça change. Évidemment pas question pour moi de passer au travers de cette trappe. Le temps est trop précieux et irremplaçable pour le laisser filer sans rien en faire. Pas question non plus de « passer le temps » en attendant de faire quelque chose. Un vagabondage oisif ? Non merci, pas pour moi. C’est ce que j’ai un peu l’impression de vivre depuis que je suis de ce côté de l’Atlantique et cela ne me convient pas, je n’y vois ni intérêt, ni sens. Et si je n’étais pas tenu à suivre les « bonnes » périodes météorologiques, j’aurais déjà pris le chemin du retour.
  • Ceux qui ont pris une année sabbatique, souvent en famille, pour faire « un tour de l’Atlantique », traversée automnale de l’Atlantique d’est en ouest vers le Brésil ou les Antilles puis traversée retour d’ouest en est vers l’Europe en fin de printemps. C’est finalement ce groupe là que j’ai décidé de rejoindre pour un retour vers le vieux continent en passant par l’escale quasi inévitable de l’archipel des Açores avec arrivée « de l’autre côté » au début de l’été.

Certes j’aurais observé moins de baleines que souhaité, j’aurais abordé moins de pays que j’imaginais, fait moins de rencontres qu’espéré, mais l’essentiel n’est pas là. J’aurais réalisé ce que je voulais depuis très longtemps et la durée n’était pas du tout déterminée. J’ai toujours dit que je mènerai cette vie tant que je ne trouverai pas quelque chose de plus intéressant à faire. Il me semble qu’il est maintenant temps pour moi de prendre une autre direction, de faire quelque chose qui a du sens, quelque chose d’utile pas seulement pour moi. Et il y a des personnes que j’aimerais voir plus souvent et ma chatte me manque également.

Donc le retour sera serein et sans regret.

Départ lundi prochain en principe pour au moins quatre semaines en mer jusqu'aux Açores.

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage…

© Marc Perrussel

© Marc Perrussel

Post scriptum : désolé pour la mise en page inhabituelle de cette article mais Overblog qui héberge ce blog a fait des changements et il n'est plus possible de faire plein de choses, même pas de modifier la taille des caractères, pas plus qu'intégrer des photos dans le texte...

Qui a dit que le progrès devait toujours être profitable ?

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 22:47

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Quand la grosse houle de Nord vient frapper la côte au vent de la pointe des châteaux à l'extrémité Est de la Guadeloupe, on resterait des heures assis sur les rochers pour apprécier la puissance de cet élément liquide. C'est fascinant, comme le feu dans la cheminée. On ne peut que difficilement en détourner le regard.

Ajoutez à la vue le bruit assourdissant et sans fin, l'odeur salée des embruns dont les alizés vous baptisent, tous les sens sont sur la brèche.

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Je ne peux vous transmettre que le visible, pour le reste il faudra encore attendre les progrès de la technologie.

Et la photo a ceci de magique qu'elle permet d'arrêter les mouvements et, en ce qui concerne les vagues, de figer l'eau, comme si elle gelait instantanément. Et en voyant certaines images, elle paraît vraiment transformée en glace.

Je vous laisse une fois de plus apprécier la splendeur de la nature. Moi, je ne m'en lasse pas.


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       © Marc Perrussel

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 22:12

Eau : liquide incolore, inodore et sans saveur. Définition sèche du dictionnaire. On pourrait rajouter que c'est un élément indispensable à la raison d'être d'un bateau.

Incolore, oui, si elle est suffisamment pure et qu'on la regarde dans un bocal transparent. Mais quand Dame Nature élabore une recette dont elle a le secret, tout change.

Prenez donc une étendue d'eau, rajoutez-y une bonne dose de lumière, faites varier la profondeur et la qualité du fond, faites souffler de l'air avec plus ou moins de puissance et là, qui peut encore dire que l'eau n'est pas colorée ? Les couleurs obtenues en faisant varier les ingrédients de la recette sont innombrables. Et les effets obtenus souvent extraordinaires.

Quelques exemples...

 7 0019 - Version 2
 7 0024-copie-1
 7 0026 - Version 2
 7 0041
 7 0046-copie-1
 7 0015-copie-2
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Et parfois, qu'est ce que c'est bien qu'elle soit réellement... invisible !

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        © Marc Perrussel

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 22:44

Alors Bruno, pour que tu deviennes vraiment polyglotte en créole, voilà une petite leçon.

Panneau placé sur le portail du cimetière de Sainte Anne. La partie en français ne traduit pas le texte en créole dans son intégralité. Il manque le pourquoi remplacer l’eau par du sable mouillé. (Pour ceux qui l’ignorent, la dengue est une maladie transmise par les moustiques dont les larves se développent dans l’eau).

Lis le texte en créole à voix haute et tu te rendras compte que le créole n’est pas forcément compliqué. Par contre, quand on l’entend parlé, c’est une autre histoire… Et là c’est pas facile du tout.

7 0001-copie-5

 

© Marc Perrussel

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 14:15

Les travaux envisagés sur le bateau ne seront finalement pas réalisés, il n’y a pas de loto ici pour en assurer le financement. Etant « descendu » jusqu’à Grenade, l’île la plus au sud de l’arc antillais, je « remonte » maintenant par petits sauts d’île en île jusqu’en Guadeloupe. Pas grand chose à vous raconter, je vous envoie donc quelques cartes postales qui, je l’espère, sortiront un peu de la froide grisaille hivernale ceux qui la subissent.

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Je dois avouer que je ne suis pas emballé par les paysages, exception faite des Tobago Cays dans les Grenadines, les ambiances et les mouillages bondés comme vous pouvez le constater sur les images.

Malgré cette foule de bateaux, les rencontres et les contacts sont rares. Même si j’essaie de l’éviter, je ressens une forte nostalgie pour ce que j’ai vécu auparavant en Scandinavie et Finlande, les mouillages innombrables et sauvages, les lumières magiques, toutes ces rencontres. Et ce ne sont pas les 30° de l’air et les 25° de l’eau qui arrivent à compenser… L’impression d’avoir commencé par le meilleur…

Pour terminer, quelques images d’animaux rencontrés dont des iguanes terrestres (sur les îlots des Tobago Cays). et ces rencontres-là sont très belles.

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© Marc Perrussel

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 18:39

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Deux mois pour aller de Bordeaux jusqu’en Martinique, cinquante jours en mer avec une escale aux Canaries et un court arrêt technique dans l’archipel du Cap Vert, ça méritait bien de se reposer un peu. Et déjà un mois écoulé aux abords de cette île. Le temps passe tellement vite, même quand on n'a pas un emploi du temps bien rempli, même si on fait ce qu’on veut quand on veut ou à peu près.

Les fêtes de Noël et du jour de l’an (BONNE ANNEE À TOUS !!!) sont passées très très vite, de même que le séjour de Camille, ma fille, venue me rejoindre pour dix jours.  Trop vite passé et un grand vide après son départ.

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Déjà quinze jours au mouillage dans la belle Grande Anse d’Arlet, entre le Marin et Fort de France,  balades à terre ou en kayak, observation des tortues vertes qui maraudent entre les bateaux, entretien du matériel, visites aux nouveaux bateaux-copains, toujours pas rencontré l’ennui.

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        © Marc Perrussel

Et pas mal de temps utilisé pour imaginer la suite du sillage de Vo Lu Mondu… 

Dans un premier temps, je vais partir au sud, jusqu’aux Grenadines où j’envisage une modification à l’arrière du bateau, installation d’une jupe et de deux dérives pour améliorer la stabilité de route qui n’est pas le point fort du bateau comme j’ai pu m’en rendre compte pendant la traversée de l’Atlantique. Pour cela il me faut un chantier naval pour sortir le bateau de l’eau et faire le travail au sec. Il y a bien sûr la possibilité de faire ça en Martinique mais rien que le coût de la mise à terre est rédhibitoire.  Donc cap au sud pour environ trente six heures de navigation.

La partie en couleur sera rajoutée à l'arrière du bateau K- Mercator 105 - allongement CP

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        © Camille Perrussel

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 21:17

Apparemment  vous avez été nombreux à apprécier de pouvoir suivre la progression de Vo Lu Mondu grâce à la balise de suivi par satellite.

Vous avez pu voir le bateau au milieu de l’océan et son avancée plus ou moins rapide, ou lente, sur la route du levant au couchant.

Pour que vous ayez une vue d’ensemble de la belle trajectoire tracée depuis l’estuaire de la Gironde (18 octobre)  jusqu’en Martinique (16 décembre) avec les deux escales, les îles Canaries et l’archipel du Cap Vert, voici ce qu’a donné la juxtaposition de tous les points relevés par le satellite. Il me semble qu’il m’aurait été difficile de faire une route plus directe.

Distance totale parcourue : 4508 milles nautiques, 8357 kilomètres. 43 jours en mer.

Pfffff ! ça fait quand même un bon bout de chemin…

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 18:46

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Ces deux jours d'escale imprévue à Mindelo, archipel du Cap Vert, nous ont permis de refaire les pleins d'eau et de gasoil, tout le monde aura ainsi sa part de liquide pour la traversée, en espérant que le moteur n'aura pas trop besoin d'être abreuvé. Je me méfie cependant vu le contentieux tenace et durable que j'entretiens avec Eole...

La durée de cet arrêt a été très courte, cependant elle nous a permis d'avoir un tout petit aperçu de ce monde à part que constituent ces quelques îles pelées au large de l'Afrique. Monde à part pour moi parce que je ne saurais où le placer, ce n'est pas l'Afrique même si certains côtés pourraient le faire penser, ça n'a rien à voir avec l'Europe alors qu'on pourrait à priori penser y trouver des traits communs avec le Portugal dont l'archipel était une possession. Même la langue est différente, mélange de portugais et de créole.

On ne peut pas dire que Mindelo, deuxième ville du pays, donne une impression de richesse, même le marché ne croule pas sous la variété des produits, fruits et légumes. Absolument rien à voir avec l'opulence de celui de Las Palmas.

Peu de touristes ici, il faut aller sur d'autres îles, Teneriffe, Lanzarote ou Fuerteventura pour les rencontrer. Pas de belle plage sur São Vicente...

A Mindelo, les touristes, c'est nous, les gens de bateau, de passage sur la route du Brésil ou des Caraïbes. Résultat, depuis quelques années il y a une marina à Mindelo, fort contraste avec le niveau de vie apparent de l'île. La marina est gérée par des européens pour principalement des clients européens avec des tarifs (en euros) au niveau européen. Et business is business ! Exemple, 4 € par 24h pour pouvoir attacher son annexe à un ponton si on est au mouillage dans la baie. Il y a effectivement un excellent mouillage juste devant la marina en question. Et gratuit ! Alors pourquoi se mettre à une place chère au ponton pour en plus se faire bien secouer car à cet endroit il y a un fort ressac ? Non, on est bien mieux un peu au large, le bateau accroché à son ancre.

Les fichiers météo indiquent que les alizés sont bien établis ce qui est une bonne nouvelle pour tous ces oiseaux migrateurs en route vers l'ouest.

Départ en milieu de journée en même temps que deux autres bateaux beaucoup plus rapides que Vo Lu Mondu, ils disparaîtront très rapidement avalés par la ligne d'horizon.

Au crépuscule, petit cérémonial d'adieu de la bande de dauphins qui nous avaient accueillis à notre arrivée. Apparemment, c'est le même groupe, nous reconnaissons l'un d'eux qui a une cicatrice bien visible. Après une très jolie figure de l'un d'entre eux en signe de « bon voyage », ils s'éclipseront tous en même temps. La voie vers le couchant nous est désormais ouverte.

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Peu après la tombée de la nuit, le vent s'évanouit presque complètement, nous avançons à moins de deux nœuds et surtout, comme il y a un clapot assez conséquent, le bateau roule d'un bord sur l'autre ce qui provoque des claquements très violents de la grand voile, le bateau en tremble du haut du mât jusqu'aux saumons des quilles. A chaque fois, c'est comme si on me donnait un très fort coup de poing dans le ventre, je le ressens vraiment physiquement. Insupportable !

Deux solutions possibles : affaler la voile, ce qui nous condamne à nous arrêter et être encore plus secoués, ou avancer au moteur.

La première solution serait quasiment inacceptable pour moi, j'ai déjà vécu trop de moments sans vent, j'aurais l'impression de vivre un début de cauchemar avec une traversée de plus de deux mille milles qui pourrait durer une éternité.

La deuxième solution paraît tout aussi insupportable pour Véronique qui a une sainte horreur du bruit du moteur.

Je suis vraiment face à un dilemme pendant un moment, je me dis à ce moment-là que la navigation en solitaire facilite parfois la prise de décision...

Et puis un coup de poing de plus dans le ventre me fait tourner la clé libératrice. Quelques heures plus tard, nous avons un peu avancé, j'ai bien dormi, Véronique beaucoup moins, le vent est revenu,

je tourne la clé dans l'autre sens, le silence se fait; les voiles nous déhalent sur le bon cap.

J'écris ces lignes une semaine après le départ et depuis le moteur n'a tourné que deux fois pour recharger les batteries, au grand dam de Véro qui aimerait bien que le panneau solaire et l'éolienne soient plus productifs. Mais bon, c'est comme ça, on fait avec ce qu'on a.

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7ème jour.

Les alizés sont bien présents et même assez puissants, jusqu'à 30 nœuds par moment, et la grand voile est le plus souvent sous un à deux ris. Nous avançons bien, toujours au vent arrière, dans la bonne direction. Cent quarante cinq milles ces dernières vingt quatre heures, un peu plus de six nœuds de moyenne. Magnifique ! La mer est par moment agitée avec une houle de trois à quatre mètres mais cela ne pose aucun problème. L'inconfort vient principalement du fait qu'il y a parfois, assez souvent, des vagues croisées  qui nous secouent un peu dans tous les sens. Heureusement les formes et le poids du bateau font que celui-ci a des mouvements assez doux.

Nous passons l'un et l'autre nos journées à lire ou à naviguer dans nos pensées, Véronique presque toujours dehors et moi la plupart du temps à l'intérieur. Nous parlons peu, surtout au moment des repas. C'est quasiment une navigation de deux solitaires sur un même bateau. L'avantage que je trouve à cette navigation en duo c'est que je peux dormir plus longtemps, mon sommeil est moins fractionné, même si il n'est jamais profond, toujours à l'affût et à l'interprétation des bruits environnants, prêt à passer en un instant de la couchette au cockpit ou sur le pont pour une manœuvre urgente si nécessaire, comme la nuit dernière où j'ai entendu un poisson volant s'échouer sur le pont et je me suis levé pour le remettre dans ses éléments naturels, eau et air. Ils n'ont pas tous cette chance et chaque matin il y en a trois ou quatre desséchés sur le pont. Trop petits pour être incorporés à nos repas. Ah si, il y en un autre qui s'en est bien tiré : il est passé par un hublot et a « atterri » sur mes jambes pendant que je dormais. Ça m'a réveillé bien sûr et je lui ai prestement montré le chemin inverse après lui avoir expliqué qu'on ne rentrait pas chez les gens comme ça sans y être invité, en pleine nuit, par la fenêtre en plus, et sans même avoir le correction de taper à la porte.

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8ème jour

La nuit a été bonne, bien dormi.

Bon, aujourd'hui, j'ouvre la boulangerie, il va y avoir de l'eau à la bouche des occupants du bateau d'ici un bon moment. A chaque fois que je plonge les mains dans la farine, j'envoie mentalement tous mes remerciements à Gilbert, boulanger du côté de Dax , qui m' a fait profiter d'une partie de  son expérience en me dévoilant quelques petits trucs. Le tour de main qu'il ma appris, et que j'avais scrupuleusement noté, nous permet d'avoir régulièrement une belle miche de pain frais et savoureux. C'est nettement plus de travail qu'avec une machine à pain (que je n'ai pas dans le bateau) mais le résultat est incomparable. Merci Gilbert, ton mirliton ne se débrouille pas trop mal. J'en profite pour te saluer.

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9éme jour

Jour important car nous venons de passer du stade du « déjà » au « plus que », c'est à dire que nous avons déjà parcouru mille cinquante milles et qu'il ne nous reste plus que mille cinquante milles à parcourir. Alors que jusqu'à maintenant on s'éloignait de l'archipel du Cap Vert, maintenant nous nous rapprochons des Antilles. Le hic c'est que nous venons de passer ce seuil... au moteur. Les alizés ont disparus, se sont évanouis. Plus rien, plus le moindre reste de petit zéphyr. Vo Lu Mondu se dandine très mollement sur des petites collines de liquides à l'aspect visqueux, une mer d'huile qu'ils appellent ça.

Combien de temps cela va-t-il durer ?

De plus il commence à faire chaud, plus de 30° à l'extérieur et un peu moins à l'intérieur de la coque.

Petit arrêt baignade. Température de l'eau : 25°

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Nous avons aussi atteint le stade du « plus de ». A part des oranges, des citrons, des pommes de terre et des oignons, plus de légumes et de fruits frais. Les dernières bananes vraiment trop mûres sont allées régaler les poissons volants qui s'enfuient à tire d'ailes à notre approche. Est-ce que les poissons volants aiment les bananes ? Telle est la question...

Ah si, il reste la courge achetée à Bordeaux avant de partir. Je comptais la consommer sur la route des Canaries, ce que je n'ai pas fait finalement. Elle est entière et toujours intacte. Il va bien falloir se résoudre à manger cet aliment actuellement de saison en France mais plus vraiment sous ces latitudes tropicales.

On va essayer de faire preuve d'imagination pour reporter Halloween en période estivale.

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11ème  jour

Au menu du jour, blues (pas la musique), spleen, mélancolie et déprime. Eh oui, ras le bol généralisé en ce qui me concerne.

La cause de tout ça ? Ce n'est pas nouveau pour moi, c'est le moins que je puisse dire, le manque de vent.

Après environ quarante heures de moteur, un petit alizé asthmatique s'est réveillé et nous propulse, si je peux dire, à la vitesse ébouriffante de trois nœuds à trois nœuds et demi. Le grand génois léger que j'ai rajouté cette année à la garde robe du bateau fait ce qu'il peut mais il ne peut fabriquer du vent. Le prochain achat sera un énorme ventilateur !!! De plus, il y a une houle qui nous arrive par le travers et le bateau roule d'un bord sur l'autre ce qui est pour le moins désagréable et inconfortable au possible. Et comme le vent n'appuie pas suffisamment sur la grand voile, à chaque coup de roulis celle-ci claque violemment  en secouant le gréement dans son entier, je souffre physiquement pour lui à chaque fois. Plaisir niveau en dessous de zéro.

Il nous reste encore un peu moins de neuf cent milles à parcourir et, si la situation reste stable, il nous faudra encore onze à douze jours de mer avant d'apercevoir notre but la Martinique. Une telle perspective, bien évidemment, ne fait rien pour améliorer mon état moral du jour.

Et, comme lors de mes navigations passées, je me dis : « Pourquoi cette persistance de manque de vent, élément indispensable pour nourrir les ailes de Vo Lu Mondu, élément indispensable pour la satisfaction des navigateurs ? Pourquoi ? »

Bien sûr, tout le monde rencontre des périodes de calmes plus ou moins plat, mais quand j'évoque à quel point je suis soumis à ce phénomène, personne, absolument personne n'imagine que ça soit possible. Et immanquablement, on me demande quand je pars pour ne surtout pas y aller au même moment.

Finalement, je pense que je commence à faire une vraie fixation là-dessus. Va falloir faire quelque chose pour changer ça, à défaut de gros ventilateur.

En fait, je me rendrai compte deux jour plus tard que l'autre cause importante de ce coup au moral est que, une fois passée la mi-course, je me suis mis à penser à l'arrivée. Et comme je trouve que ça ne passe pas  bien vite et que la route est encore bien longue, ce n'est pas top pour voir la vie en rose.

J'essaie de changer cet état d'esprit et de me dire que l'important c'est maintenant, c'est le chemin et pas le but. Celui-là, il sera au bout de ce chemin. Ça aide bien finalement de voir les choses de cette manière-là.

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La douche tropicale.

Un coup d'œil derrière le bateau comme souvent et cette fois je vois arriver un troupeau de blancs moutons (dommage, pas de bergère) détalant ventre à mer sur une surface liquide de plus en plus noire de seconde en seconde. La cause de cette débâcle ? Un énorme nuage libérant un très sombre et très épais rideau de pluie. Dans peu de temps nous serons drapés, enturbannés, emmitouflés dedans. Vite, réduire la toile, un ris puis deux dans la grand voile, enrouler un peu le foc, et, barre en main pour contrôler la trajectoire du bateau  propulsé par cette rafale aussi soudaine que puissante, je me retrouve trempé, dégoulinant de cette eau céleste, fraîche aux premières gouttes, et les premières furent très nombreuses, puis rafraîchissante ensuite puis tellement douce et agréable alors que nous baignons dans une touffeur par moment un peu pesante (près de trente degrés et plus de quatre vingt pour cent de taux d'humidité).

Une fois le bateau stabilisé, c'est LE moment, shampoing et savon de Marseille et à poil sur le pont pour la meilleure douche qu'il m'ait été donné de prendre. Se savonner sous des douces hallebardes puis évacuer toute la mousse sous la véritable cataracte de l'eau collectée par la grand voile. Hmmm! C'est bon. L'impression d'avoir nettoyé un tas de choses en plus du corps...

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Atelier voilerie au matin du douzième jour.

Lors de mon coup d'œil matinal au bateau, j'ai vu un problème sur le génois qui nous a vaillamment tiré cette nuit. Une sangle de renfort au point d'amure est coupée et le plus embêtant c'est qu'il n'est plus possible d'enrouler la voile.

Nous l'affalons donc, à la manière traditionnelle, c'est à dire comme on peut quand il y a un peu de vent, disons légèrement en chiffon puis elle est enfournée sur la couchette avant par le panneau de pont.

Inspection de la chose : à l'évidence un défaut de fabrication, un sertissage métallique au bord coupant a sectionné la sangle.

Donc un coup de lime pour adoucir l'agresseur puis déballage de la trousse de voilerie du bord : paumelle, poinçon, grosses aiguilles extraites de leur étui suiffé pour éviter la rouille et deux fils de diamètres différents. Et au boulot pour un bon petit moment... Résultat tout à fait satisfaisant à mon avis, il ne devrait plus y avoir de souci de ce côté-là.

Aujourd'hui voilier, hier bricoleur mécanique pour renforcer la poignée du moteur de l'annexe qui est à moitié cassée. On ne manque pas d'activité diverses et variées sur un bateau.

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Rencontres

Alarme des instruments pour signaler un intrus dans notre bulle de sécurité. Un voilier nous rattrape assez vite, probablement un catamaran. Je vois ses feux de navigation en haut du mât qui a l'air bien grand. Il est encore assez loin, deux milles, mais il nous vient droit dessus à dix nœuds. Je l'appelle plusieurs fois à la VHF, sans réponse. A surveiller sérieusement donc si il personne ne veille.

Quand il est environ à un mille, c'est lui qui m'appelle, il me confirme qu'il nous a bien vu, il change sa course de quelques degrés pour assurer un croisement de route en sécurité. C'est grand un océan et pourtant nos deux bateaux auraient pu se trouver exactement au même endroit au même moment. Boum ! Le choc, pas forcément glouglou mais de la casse certainement. Comme s'il n'y avait pas assez de place dans cette grande piscine. A-t-on plus de chances de gagner au Loto que de risques de collision au milieu d'un océan hors de toute route de trafic maritime ? Je n'en sais rien mais statistiquement parlant, il semblerait que l'un et l'autre soient possibles, sauf que dans un cas, bingo, on gagne et dans l'autre rien à gagner, tout à perdre.

C'était bien un catamaran français, en route pour les Antilles. Pas désagréable une petite discussion en pleine nuit. J'en profite pour demander les dernières prévisions météo.

 

Nouvel événement du même ordre la nuit dernière. L'AIS, cet appareil électronique de prévention des collisions a encore fait merveille. Quand j'avais eu connaissance de ce système lorsque j'étais en Suède, j'ai demandé à mon ami Jonas, qui en disposait d'un, ce qu'il en pensait, sa réponse a été : « c'est vraiment une assurance vie bon marché ». Tout était dit.

Donc cette nuit, le bi bi bip répétitif retentit pour avertir d'une intrusion dans notre espace de sécurité de six milles de diamètre autour du bateau. Effectivement, un cargo, dont la deuxième partie du nom est « bonheur », à destination de Singapour, (l'appareil nous donne ce genre de détails, y compris son cap, sa vitesse, à quelle distance il se trouve, et surtout à quelle distance ou proximité plutôt nous allons nous croiser et dans combien de temps. En l'occurrence, pour cette fois, ce n'est même plus de proximité dont on peut parler mais plutôt de collé-serré. Les deux bateaux semblent avoir une très forte affinité l'un pour l'autre.

Il est encore assez loin et j'ai l'intention de l'appeler à la radio pour vérifier que son AIS et son radar nous ont bien repérés. Je n'aurai pas besoin de le faire car je constate sur mon écran qu'il a modifié son cap de 10° pour nous éviter. Il passera 200m derrière nous puis reprendra sa course initiale.

Il était gros, très gros, surtout vu à si courte distance.

Une nouvelle fois, je n'en finis pas de m'étonner de ces rencontres potentiellement catastrophiques au milieu d'un océan. Nous ne sommes pas dans le rail d'Ouessant ou en Manche où se croisent chaque jour des centaines de cargos, porte-conteneurs, tankers et autres minéraliers, nous sommes dans une région de la planète qui est un véritable désert. Comment envisager qu'à un instant précis deux embarcations puissent se trouver exactement en même temps à un endroit tout aussi précis alors qu'il est fort probable que jusqu'alors personne n'est jamais passé très précisément sur ce point du globe ? Il faudra que je rencontre un jour un statisticien pour lui exposer le problème.

Mais quand même, que cela se présente deux fois en trois jours, je trouve ça totalement incroyable. Ça me donne finalement l'idée que je devrait peut-être jouer au Loto. On ne sait jamais avec les probabilités, fortes ou faibles...

Moralité, je continuerai donc à n'avoir qu'un sommeil delphinien, un seul hémisphère cérébral au repos et l'autre aux aguets, d'autant plus que Véronique dort très bien et n'entend pas les alarmes de nos consciencieux et insomniaques veilleurs de nuit.

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Visite surprenante :

Alors que la terre la plus proche est la Martinique à huit cent milles (env. 1500km), nous recevons une bien étrange visite : une aigrette s'est posée sur Vo Lu Mondu. Une belle aigrette d'un blanc immaculé montée sur de grêles échasses noires, le bec pointu comme un dard d'un jaune éclatant et deux boutons d'or en guise d'yeux. Je n'en ai pas la certitude mais on dirait bien une de ces aigrettes dites pique-bœuf  qu'on peut voir posées sur le dos des bovins. Absolument pas une espèce fréquentant le grand large ni même les eaux côtières d'ailleurs. Que fait-elle ici ? Je m'étonne qu'elle ait pu faire un aussi grand trajet, que ce soit depuis les Caraïbes ou depuis l'Afrique où elles sont légion. Elle avait l'air bien fatiguée, les plumes ébouriffées et cependant elle n'est restée que quelques minutes sur son nouveau perchoir flottant. Dommage, on lui offrait volontiers gîte et couvert. Mais peut-être que nous n'allions pas dans la direction qu'elle souhaitait.

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Enfin !

Quatorzième jour en mer et, enfin ! nous avons depuis cette nuit de vraies conditions alizéennes, environ vingt nœuds de vent de nord-est, une houle assez formée, un beau et chaud soleil et de gros nuages blancs bien rondouillards. Navigation rapide et confortable au vent arrière. Vo Lu Mondu paraît léger et fringant même s'il ouvre sa route avec puissance et détermination. La moyenne a considérablement augmenté, un peu plus de six nœuds ces dernières heures ; pas de pronostic annoncé sur la date possible d'arrivée, même si c'est tentant (moins de six cent milles à parcourir, je vous laisse faire la règle de trois si ça vous amuse), rien ne garantit que nous aurons ces belles conditions jusqu'au bout.

La journée d'hier ainsi que le début de la nuit n'avaient pas été bien drôles, pluies fréquentes qui nous obligeaient à fermer les hublots et la « porte d'entrée » ce qui n'était pas très efficace pour ventiler l'intérieur de la coque. Le vent nous a de nouveau lâchés, nous laissant seuls nous débattre avec une mer aux vagues totalement désordonnées, le summum de l'inconfort. La solution est venue, une fois de plus de la mécanique ronronnante ou vrombissante selon l'appréciation personnelle de chacun. Véronique en a profité pour tester l'imperméabilité de son ciré quasi neuf en restant des heures sous la pluie, et même en dormant un moment allongée dans le cockpit.

Finalement Eole a renvoyé son avant garde en début de nuit sous forme de grains sous de gros nuages noirs accompagnés de fortes averses. Après avoir bien bossé dehors à prendre des ris puis à les lâcher pour les reprendre juste après, je m'allonge satisfait avec la grand voile et le foc considérablement réduits, on ne va pas vite mais on s'en contentera pour passer une nuit tranquille.

Il est tôt, environ 18 h locale et cependant je m'endors sans dîner comme un bébé bien fatigué après sa journée à la crèche.

Réveillé deux heures plus tard par le bruit des voiles qui réclament un réglage. Vent à peu près stabilisé, mer un peu calmée, surface vélique augmentée, estomac satisfait par une boite de sardines, deux tranches de pain frais aux raisins et noisettes (merci Sonia pour les noisettes) couvertes de confiture des prunes de ma voisine Nadine et une orange canarienne, et retour à la couchette pour une longue et confortable nuit interrompue uniquement par les contrôles périodiques aux instruments et aux alentours (toutes les deux heures à tour de rôle donc quatre heures consécutives de sommeil, relatif et possiblement interrompu par d'éventuelles manœuvres en ce qui me concerne).

Et au réveil, merveille ! Ces belles conditions pour une belle journée pour faire du bon bateau.

Pourvu que ça dure comme disait la meuf à Napo...

 

Bon, on ne va pas se plaindre, ça a duré trois jours et en se renforçant en plus donc Vo Lu Mondu a bien allongé la foulée.

Une nuit quasiment blanche sous un ciel très sombre, de gros nuages pleins de très grosses pluies avec en même temps de fortes rafales, les aléas de la croisière...

Quelques jours ensuite avec un vent qui a pris du repos, ce qui a commencé à me faire trouver que la partie venait à durer un peu trop longtemps.

 

Dix neuvième jour.

TERRE ! TERRE ! Comme ont sûrement dit, soulagés d'être arrivés quelques part, les compagnons de fortune ou d'infortune de Christophe Colomb. C'était hier, il y à juste cinq cent vingt ans...

La montagne Pelée, point culminant de la Martinique, apparaît à l'ouest, droit devant nous. Cône volcanique typique, aperçu à près de quatre vingt kilomètres.

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L'ancre tombe dans la vase du Cul de sac du Marin à la nuit, à dix huit heures au milieu de centaines de bateaux, jamais vu un tel rassemblement.

Une assiette de spaghettis et tout le monde au dodo pour une nuit où je peux, enfin dormir complètement, ou presque. Il fait un calme absolu dans cette baie très fermée, le bateau est totalement immobile. Je me réveillerais bien deux ou trois fois mais pour mieux me rendormir ensuite.

Au matin du vingtième jour, vraiment content d'être arrivé, je vais pouvoir aller marcher, c'est probablement ce qui me manque le plus.

A peine plus de dix minutes à terre et voilà mon copain Eric avec qui j'ai rendez-vous pour Noël. Je ne savais pas où on allait se retrouver et voilà c'est fait par hasard. Bon, le Marin c'est pas franchement ce qu'on pourrait appeler une métropole, on en a vite fait le tour. Et puis pratiquement tout le monde fini par passer un bon moment au Mango Bay pour boire (enfin!) quelque chose de frais et surtout profiter d'une connexion internet.

En mer, il y a quelque chose qui n'existe pas (sauf dans les hautes latitudes avec les aurores boréales et australes), c'est la couleur verte. A part les protections de mes voiles, rien n'est vert. Pour moi, ça a été une vraie joie de découvrir depuis le large cette belle végétation tropicale avec une infinité de nuances dans les verts. Et pour ajouter à cette note bucolique, il y avait même des vaches à flan de colline.

L'accueil et l'ambiance sont vraiment sympas et décontractés, ce qui ne fait qu'ajouter au plaisir d'être arrivé « de l'autre côté ».

La deuxième nuit aurait pu être de la même veine que la précédente mais le vent en a décidé autrement et l'ancre a chassé, elle ne retenait plus le bateau, donc à trois heures du matin, branle bas de combat, tout le monde sur le pont, mille sabords, il fallu remonter l'ancre et arriver à la refaire s'accrocher dans la vase (trois tentatives) pour finir pas tranquille du tout cette nuit un peu rude. Le bateau reste le bateau, ce sont les éléments qui décident de votre vie. Toujours.

C'est la première fois que mon ancre chasse (c'est une Spade pour ceux que ça intéresse) alors que j'ai fait je ne sais combien de dizaines de mouillage et pas toujours dans des conditions faciles. Donc, méfiance au mouillage du Marin.

 

 

Navigateurs solitaires.

Lors de longues traversées comme celle-ci, beaucoup d'équipages, à un moment ou un autre finissent par vivre dans des conditions conflictuelles du fait de la proximité, du petit espace vital, du caractère de chacun qui se révèle (surtout les petits côtés irritants pour les autres). Les histoires de couples qui arrivent avec la décision ferme et définitive de divorcer ne manquent pas.

Le pari de partir avec une « inconnue » était plutôt risqué, je le reconnais. La semaine passée ensemble à bord pouvait donner une petite idée de ce pourrait être notre cohabitation pendant presque trois semaines mais ne pouvait donner de toutes façons toutes les garanties que tout se passerait dans la plus parfaite cordialité.

Eh bien, pas de mauvaises surprises. L'entente a été bonne et cela est probablement dû au fait que nous avons pratiquement navigué tous les deux en solitaires. Comme je l'ai déjà dit, Véronique a passé le plus clair de son temps à l'extérieur et moi une grande partie du mien à l'intérieur. J'aime aussi être dehors mais par moment et je n'arrive pas bien à me concentrer sur une lecture parce que je suis toujours à regarder tout autour alors que le paysage ne change pas aussi souvent que lors d'un Paris-Marseille en TGV.

Donc elle dehors et moi dedans. Et on se retrouvait au moment des repas qui étaient donc aussi l'instant des discussions, jamais très longues il faut le dire.

Sur le plan de la navigation, je reconnais que je n'ai pas beaucoup mis Véronique à contribution alors qu'elle n'a jamais rechigné à la manœuvre mais j'ai tellement l'habitude de le faire par moi-même...

La nuit, chacun avait son réveil programmé toutes les quatre heures pour faire un tour de ronde, même si je me réveillait bien plus souvent.

Donc ce n'était pas loin d'être une transat en SolitaireS.

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© Marc Perrussel

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 21:16

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Un article pour Max, mon ami bruxellois.

L'année dernière, de retour des Açores, alors que Vo Lu Mondu et moi avons été très chahutés par une violente tempête, le pavillon belge tricolore du bateau s'était trouvé amputé d'un tiers, le rouge, emporté par les violentes rafales.

Max a alors eu la très gentille attention de m'en offrir un tout beau tout neuf

 

 

 

 

Le voici "en action".

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"Seulement après que le dernier arbre a été coupé,
seulement après que la dernière rivière a été polluée,
seulement après que le dernier poisson a été pêché,
alors seulement vous vous rendrez compte que l'argent ne peut être mangé."

Paroles de la mer

"Si le large t'appelle, vas-y, ce n'est pas en regardant l'océan qu'on découvre la perle, mais en plongeant dedans.
Alors vas-y, plonge.
Plus tard tu découvriras que la perle et l'océan sont aussi en toi."
Philippe Pelen

Texte Libre

A consommer sans modération

"La vie c'est le truc qui passe pendant qu'on multiplie les projets."
John Lennon

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"Passer sa vie à cheminer le long d'une route droite, profondément encaissée entre de hauts talus, est faire médiocre usage des jours que le destin nous a accordés, tandis qu'ils peuvent être ensoleillés si l'on grimpe le talus pour flâner en liberté sur le vaste plateau qui le surmonte."
Alexandra David-Neel
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"7 heures du matin peut être. Je n'ai plus l'heure et je m'en moque."
Paul-Emile Victor
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"La seule chose dont on soit sûr à l'avance de l'échec, est celle que l'on ne tente pas."
Paul-Emile Victor
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"Je ne vois pas de délégation de nos Frères à quatre pattes.
Je ne vois pas de siège pour les Aigles.
Nous oublions et nous nous croyons supérieurs.
Mais nous ne sommes en fin de compte rien de plus qu'une partie de la Création. Et nous devons réfléchir pour comprendre où nous sommes situés.
Nous sommes quelque part entre la montagne et la fourmi.
Quelque part et seulement là comme une partie et parcelle de la Création."
Oren Lyons Iroquois Onondaga.
Extrait d'un appel aux organisations non gouvernementales des Nations Unies - Genève - Suisse - 1977.

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"La nature est lente mais sûre.
Elle ne travaille pas plus vite qu'elle n'a besoin de le faire.
Elle est la tortue qui remporte la course de la  persévérance."                                                                                                 

Henry David Thoreau
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"C'est une triste chose de penser que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas."
Victor Hugo
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"Qu'est-ce qu'en général qu'un voyageur ? C'est un homme qui s'en va chercher un bout de conversation au bout du monde."
Barbay d'Aurevilly
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" Faites ce que vous êtes capables d'effectuer ou croyez pouvoir faire. L'audace est porteuse de génie, de pouvoir et de magie."
Goethe

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"Si la cruauté humaine s'est tant exercée contre l'homme, c'est trop souvent qu'elle s'était fait la main sur les animaux. Tout homme qui chasse s'endurcit pour la guerre."
Marguerite Yourcenar
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"Il faut sauver les condors. Pas tellement parce que nous avons besoin des condors, mais parce que nous avons besoin de développer les qualités humaines pour les sauver. Car ce seront celles-là mêmes dont nous aurons besoin pour nous sauver nous-mêmes."
Mac Millan, ornithologue du XIXe siècle
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