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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 14:56


Tiens, un nouvel exercice pour moi : je vais partager cette traversée avec vous lecteurs, en direct (même si vous pourrez lire seulement quand je serai arrivé), en rédigeant mes impressions au jour le jour, à chaud, et je ne retoucherai pas ce qui en sortira. Exercice sans filet, aucune idée de ce que ça donnera.
En espérant que ça aura un intérêt pour vous. Commentaires bien venus.

« Allo, Maman, alors je pars demain à destination de Mortagne sur Gironde. Il me faudra environ une quinzaine de jours de traversée. » En fait, j'ai dans l'idée entre 10 à 15 jours, en espérant 10, 15 signifierait une lenteur de bigorneau. Et, en général avec les mères, il vaut mieux rester très évasif en matière de date ou d'heure d'arrivée, portées qu'elles peuvent être dans ce domaine à l'interprétation de ce qui est annoncé.
« Très bien. Alors j'attends de tes nouvelles dans 10 à 15 jours. » (Qu'est-ce que je vous avais dit !)
« Non, je t'ai dit une quinzaine de jours. »

Prémonition ?

15 août
Terceira diminue progressivement dans le sillage de Vo lu mondu. Départ matinal.
Peu de vent, le moteur est là pour déhaler les quelques 8 tonnes du bateau. Strobinell, en partance pour Douarnenez est sur tribord à quelques centaines de mètres. Notre route est assez similaire pendant au moins une semaine. Combien de temps allons-nous rester à vue l’un de l’autre ? Puis nous ne nous devinerons que sur l’écran radar et ensuite nous serons seuls, chacun sur notre coin d’océan. Chacun sa route, chacun sa vitesse ou sa lenteur.

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          © Marc Perrussel

 

Pratiquement comme à chaque fois que je reprends la mer, j’ai envie de voir des dauphins  autour du bateau. En pensée, systématiquement, je les appelle. Et généralement ils viennent. Encore une fois, ils sont là. Une douzaine de grands dauphins (Tursiops truncatus) croisent et recroisent devant l’étrave. Ils restent une dizaine de minutes et repartent comme ils étaient venus, discrètement, ils s’effacent, ils s'évanouissent, ils se fondent dans leur élément liquide, comme des morceaux de sucre. Et tout est plus doux après leur passage...

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           © Marc Perrussel

 

Je sais qu’à chaque fois ils viennent me souhaiter bon voyage. Je les en remercie, je suis serein pour cette grande traversée, ils m’accompagneront et, je l’espère, leurs cousins, leurs frères seront là pour m’accueillir dans le golfe de Gascogne.
La grande houle qui rejoint habituellement les deux continents est absente. L’océan est endormi aujourd’hui. Il ondule légèrement, Volumondu est comme posé sur la paume de de la main droite de Neptune, il en épouse les petits reliefs, il en suit la ligne de vie. La route que j’ai tracée sur ma carte électronique en fonction des prévisions météo est l’orthodromie. Du fait de la rotondité de la planète, cette ligne tracée sur l’écran de l’ordinateur ressemble étrangement à cette ligne qui nous traverse la paume en tournant autour de la base du pouce. J’aime bien cette idée de savoir mon bateau roulant en douceur dans le creux de cette immense main océanique.
Si nous avons tous deux lignes vie gravées dans nos mains, les voiliers prudents en ont aussi deux : ce sont des sangles qui courent sur le pont du bateau, très solidement fixées, et sur les quelles les navigateurs s’attachent pour éviter de passer par dessus bord lorsqu’ils doivent manoeuvrer.
Pour un solitaire, elles sont plus importantes que le gilet de sauvetage. Qui viendrait le secourir alors qu’il flotte avec son beau gilet rouge ou jaune alors que le bateau continue à tracer son sillage en suivant scrupuleusement les indications du pilote automatique ? La place du marin est sur son bateau, pas à côté. Donc, je m’attache systématiquement quand je dois aller sur le pont.

Au milieu de l’océan, l’horizon est un cercle parfait et moi je suis sous la pointe du compas qui l’a tracé.
Au dessus, la voute céleste. C’est comme les «boules à neige» pour touristes, (Tour Eiffel ou autre...); si une main géante la mettait à l’envers puis la retournait, on pourrait voir Vo lu mondu couvert d’une belle couche de blancs flocons.
- Eh, la grande main, pas de blague, t’es pas obligée de le faire !


16 août
Gris le ciel
Gris l’océan
Gris l’estomac
Gris le moral
Et Dame Nature, la magicienne, m’offre ce dont j’avais besoin : un magnifique bouquet de couleurs cueillies au grand jardin atlantique.

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          © Marc Perrussel

 

Qu’est ce que j’aurais aimé passer sous cette grande arche lumineuse !

2 ris dans la grand voile et trinquette à l’avant (voilure très considérablement réduite), moteur  en appui pour assurer un cap décent et une vitesse suffisante pour ne pas être désespérante, 2 jours que ça dure ce vent de face assez fort.
Vo lu mondu est secoué dans tous les sens.
36 heures que je n’ai rien mangé si ce n’est une banane qui n’a pas l’air, pour l’instant d’avoir l’intention de ressortir...
Dire que je n’avais jamais le mal de mer avant. Avant quoi ? Pas de réponse...
Je passe mon temps sur la couchette de la cabine arrière. Dès que j’essaie de lire, la banane se rappelle à mon bon souvenir...
Je dors. Autant que je peux. L’océan est vide autour de moi à des centaines de milles du continent. Je dors, les instruments veillent...
Quand je me lève pour noter les points de ma route, une seule envie, retourner me coucher. La banane...
Comment quelqu’un a-t-il pu appeler cela de la navigation de « plaisance « ? Plaisance-plaisir ?
Je soupçonne cet individu (et là je suis courtois !) de n’avoir pour expérience de  navigation que celle des jolis petits voiliers en bois sur les eaux calmes des bassins du jardin du Luxembourg à Paris.
A mon tour de créer un néologisme : la déplaisance.
Oui, c’est ça, je fais en ce moment de la navigation de déplaisance...
Un jour j’irai au jardin du Luxembourg...

De toutes façons, la mémoire du navigateur en général est extrêmement sélective, seuls les bons souvenirs restent inscrits. Il n’y a qu’à lire les multiples récits, combien parlent sincèrement des moments de galère ? Par contre les plaisirs des belles navigations avec juste le vent qu’il faut, le soleil, les cocotiers qui apparaissent au soleil couchant....

17 août
J’ai dormi 8 heures d’affilée, même le bruit du moteur qui est à un mètre de moi ne m’en a pas empêché.
Une tasse de thé, une banane et une pomme ce matin. J’ose un tel festin car le vent est tombé, la mer est calmée et le soleil est là.
Je renvoie toute la toile mais le moteur doit quand même continuer son boulot.
Où est le vent promis par les fichiers météo que je consulte sur mon ordinateur ? J’ai toujours du nord-est alors qu’on m’annonce du sud-ouest qui me serait beaucoup plus favorable. Faudrait quand même que la situation évolue car je n’aurai pas assez de gasoil pour aller jusqu’au bout.
950 milles (1750 km) à parcourir encore jusqu’à Royan. En ligne droite. Et la ligne droite en navigation à la voile, est juste un trait tracé sur une carte.
950 milles, près de 10 jours au rythme actuel. Plaisance-Déplaisance.
11h10, ça fait 4 heures que je suis levé, je retourne me coucher. La banane, la pomme...

18 août
14h15, plus de vent du tout... Comme souvent hélas. A part une légère houle, la mer est très calme. Du coup j’ai osé une assiette de spaghettis avec une des délicieuses sauces de Claire et Bruno, la bruschetta, celle que je préfère. Je retourne me coucher...

19 août
Le vent est revenu, pas bien fort, de l’ouest.
Après avoir contourné par l’ouest la zone sans vent qui me barrait la route depuis les Açores, ce qui a rallongé le trajet de pas mal de milles, je fais maintenant route plus ou moins directe, vent arrière. Et je me traîne entre 3,5 et 4 noeuds...
Même pas drôle !
Combien de jours encore me faudra-t-il pour arriver à ce rythme de bigorneau ? Encore 880 milles. 9 jours ? 10 jours ?
J’ai même envisagé de me dérouter vers La Corogne en Espagne qui est 200 milles moins loin. 2 jours de moins peut-être.
Et après ? Il faudra bien ramener le bateau et au total la distance sera plus importante. Et quand le vent sera-t-il favorable pour cela ?
Non, pas de changement de destination. Après tout je savais au départ que ce serait 10 à 15 jours alors va pour 10 à 15 jours. Même si j’aurais préféré que ce soit 10.
La voile a ceci de paradoxal c’est qu’on en fait par plaisir, à priori, et qu’on veut toujours que ça dure le moins longtemps possible. Je m’étais déjà fait la réflexion à l’époque où je naviguais en régate, tout le monde voulait être le premier sur la ligne d’arrivée, le premier rentré au port. Je n’ai jamais trop compris pourquoi. Le plaisir n’est-il pas d’être sur l’eau plutôt que d’attendre que les autres s’amarrent après vous au ponton ou alors qu’ils vous rejoignent au bistrot ?
Remarquez que nous faisions toujours partie de ceux qui restaient le plus longtemps à naviguer. Nous laissions généreusement, à défaut de le faire volontairement, les honneurs du haut du classement aux plus pressés ou aux meilleurs qui devaient probablement être les mêmes.

Manger, lire, dormir.
Dormir, manger, lire.
Dans l’humidité grise.
Heureusement ma bibliothèque est bien garnie.
« L’âme des animaux » Jean Prieur, éditions Robert Laffont : passionnant !

Pourquoi est-ce que je me suis encombré d’un fichier météo me donnant les prévisions de force et de direction des vents qui me permet de tracer au mieux (?) ma route ?
A l’en croire, je devrais avoir 20 noeuds de sud ouest, ce qui me conviendrait très bien alors que j’ai 0 noeud (oui, ZERO !) venu de nulle part. Et le brouillard en prime...
C’est encore plus frustrant que si je n’avais pas de prévision, au moins je prendrais ce qu’il y a sans m’attendre à avoir autre chose.
Du coup, pour la suite, c’est le grand mystère, navigation à l’ancienne, je prends la route la plus directe, ce que j’aurais peut-être dû faire dès le départ...

20 août
Belle nuit que celle qui vient de s’achever.
Dormi 9h, sommeil juste entrecoupé par 2 ajustages du réglage des voiles.
Il faut dire que c’est plutôt désert par ici, c’est pas le périph’ aux heures de pointe. Les alarmes de mes instruments ne se sont pas déclenchées une seule fois depuis le premier jour. Rien vu de flottant depuis 3 jours. Hier j’ai croisé 2 porte-conteneurs, uniquement aperçus sur mes instruments, le plus proche étant à 15 km.
Le ciel a fini de déverser sa tristesse autour de moi (comme s’il n’y avait pas déjà assez d’eau dans les environs !) et les lourds rideaux gris qui nous entouraient se sont évanouis en silence. Et le vent est revenu. Pas bien fort mais bien orienté ce qui a assuré une progression nocturne régulière aux alentours de 4-4,5 noeuds. C’est pas vraiment rapide mais on ne va pas se plaindre, c’est quand même plus réjouissant qu’hier.
17h45
ben les amis, c’est pas gagné mon histoire... Depuis ce matin la moyenne doit être de 3,5 noeuds. J’espère encore une arrivée avant Noël. Oui, cette année quand même.
Tiens j’aurais du me mettre plus tôt à écrire, ça a provoqué une accélération foudroyante à 4, 23 noeuds, record de la journée pour l’instant, je pense. Yeeesss, 4,30 !!! ça décoiffe !!
A part ça, comme pas mal de monde sur terre, la routine. Je dors, je mange, je lis, j’écoute de la musique et des émissions enregistrées sur France Inter il y a quelques mois.
Une nouveauté quand même, et qui me fait très plaisir, j’ai de la compagnie : une passagère clandestine qui vient de sortir de sa cache : une petite araignée. Elle a tissé cette nuit une jolie toile entre l’ordinateur de navigation et la radio VHF. Je vois juste quelques unes de ses pattes. J’espère qu’elle ne restera pas trop farouche. Je lui ai assuré qu’elle ne risquait rien avec moi, que je la dénoncerai pas aux autorités à notre arrivée, qu’elle pouvait aller et venir en toute liberté et toute quiétude.
Sa présence ramène à mes souvenirs la présence de Julie, une mouche, qui m’avait tenu compagnie pendant 2 mois au début de mon voyage. Je lui avais consacré un petit article dans ce blog ( Julie  ).
Tiens, l’araignée, je vais aussi l’appeler Julie. Je vous en ferai une description dès qu’elle se montrera entièrement. J’espère qu’elle ne sortira pas que la nuit.
J’ai bien peur qu’elle n’attrape rien dans sa toile. Pour une fois je souhaiterais presque la présence de quelques moustiques...
Je ne sais pas trop ce qu’aime manger une araignée, elle peut choisir ce qu’elle veut dans mes provisions, il y en assez pour nous deux. Self service.

21 août
ARRETE !!! j’ai fait exactement la moitié de la distance à parcourir et je sui arrêté, stoppé, scotché, encalminé comme on dit dans le jargon nautique.
Pour combien de temps ? Désespérant...
Moteur, 1400 tours/min, 3,5 noeuds. Pour combien de temps ? A priori, à moins d’un miracle, pas de station service avant Royan, 674 milles...

17h30
Toujours la pétole...
J’ai appelé par radio un porte conteneur qui passait à 7 milles à l’ouest pour avoir des prévisions météo :  « force 4 à 5 de secteur nord-nord-ouest »
Si ça pouvait se réaliser... c’est juste ce qu’il me faudrait. Je ne sais pas si ça sera le cas mais en tout cas ça donne de l’espoir et c’est déjà vachement bien.
Bon, je vous laisse, je vais aller allumer un cierge, ou même deux, sur la cheminée, peut-être que ça aidera...

22 août
7h
Eh ben c’est pas la joie...
les 2 cierges n’ont manifestement pas été suffisants.
Après une nuit absolument sans vent,  le « force 4 à 5 de secteur nord-nord-ouest » prédit se trouve être du « force 1 de est-nord-est », c’est à dire juste le contraire de ce qu’il me faut...
Concrètement ça signifie que :
- je ne peux pas faire route vers ma destination prévue
- je dois arrêter le moteur et garder le gasoil pour recharger les batteries si nécessaire (pas de vent donc éolienne inefficace, pas de soleil donc on oublie le panneau solaire) et j’avance à 2 noeuds.
je dois rester zen parce que je ne sais pas combien de temps va durer cette situation pas très drôle.

Si la situation météo ne change pas, je vais essayer (!) de me diriger vers La Corogne en Espagne et encore il me faudra tirer des bords car mon cap actuel m’entrainera au plus au sud, vers Lisbonne.
Pour l’instant, je me contente d’avancer...
Mais j’ai quand même des questions qui me turlupinent de plus en plus : comment se fait-il que, depuis presque 3 ans que je suis parti sur ce bateau, je n’ai presque jamais de vent ? Même dans les régions où il y en a en principe toujours. Comment se fait-il que les conditions de vent que je rencontre ne correspondent presque jamais aux prévisions ?
Quand je raconte ça à des navigateurs de rencontre ils ont du mal à me croire. Je suis curieux de savoir combien de temps auront mis BLAIREAU, parti 2 jours avant moi, pour rallier Bordeaux et STROBINELL, parti en même temps que moi, pour rejoindre Douarnenez ?
Alors, la faute à pas de chance, la faute au hasard ? Ou bien, et ça me vient de plus en plus souvent à l’esprit, est-ce qu’il y a là quelque chose qu’il faut que j’écoute et que j’entende ?
Est-ce qu’en faisant ce que je fait (naviguer à la voile), je suis sur la bonne voie ?
8h15
Mais non, je veux pas aller en Espagne !
J’ai appelé un cargo pour lui demander les prévisions météo, elles concordent avec celles que j’ai dans mon fichier de vent et avec le bulletin espagnol que je viens de recevoir : vent 3 à 5 de secteur nord-ouest à nord. Tous d’accord.
Et pourquoi alors est-ce que j’ai force 0,5 de nord-est ?
Je vire de bord et repars au nord, je fais le pari que tôt ou tard le vent reviendra du secteur ouest.
François, copain bordelais rencontré aux Açores, avec qui j’ai passé pas mal de temps, a souvent parlé d’un bateau qu’il a construit lui-même et qu’il appelé « Tout ça pour ça ». C’est un nom bizarre pour un bateau mais depuis ce matin il revient souvent dans mes pensées.
Et si moi aussi j’avais fait tout ça pour ça ?
Toute cette énergie utilisée, cet argent dépensé, ce temps passé, toutes les  conséquences directes et indirectes sur ma vie et celles de certaines personnes, tout ça pour me retrouver dans une situation d’une totale inutilité et sur laquelle je ne peux exercer aucune influence...
Bien sûr j’ai reçu tellement de belles choses depuis le début de ce voyage, je ne les oublie évidemment pas, mais la question est : Où est le sens ? A quoi cela sert-il ?
Est-ce qu’une réponse apparaîtra pendant les 600 milles nautiques qu’il me reste à parcourir ? A moins qu’elle ne soit déjà là, en face de moi...
N’allez surtout pas vous dire que je suis complètement déprimé par cette navigation désespérante de lenteur.
Non, ça ne me déprime pas, je n’y trouve aucun plaisir mais ça ne me déprime pas. La situation est telle qu’elle est et n’ayant aucune influence possible sur le bon vouloir d’Eole (une fois de plus !), je l’accepte.
Patience, c’est tout. Ce n’est même pas prendre mon mal en patience parce qu’il n’y a pas de douleur.
Je sais que le vent va revenir, sans savoir ni quand ni de quelle direction. Je mettrai très probablement encore au moins une semaine pour arriver, c’est comme ça. Ce qui m'embêterait beaucoup si je mettais plus de temps c’est que je n’ai pas de moyen pour communiquer à mes proches que je serai en retard pour le dîner. Mon souci est là, leur éviter une éventuelle inquiétude inutile.
Bon, pas très rigolo tout ça mais rien de grave, j’ai à manger, à boire, à lire, à... réfléchir.
A propos de manger, j’ai mangé à midi ma dernière pomme (enfin la moitié...) et la bonne nouvelle c’est que je vais pouvoir manger maintenant des ananas en boite. J’adore ça. Normal, je suis tombé dedans quand j’étais petit, c’est ma potion magique à moi. Je viens de faire l’inventaire, j’en ai 8 boites dont 2 grandes. Je peux donc affirmer que j’arriverai au plus tard dans une semaine. Le compte est bon puisque le dernier jour j’en mangerai deux.

23 août
Bilan comptable des dernières 24h :
53 milles parcourus dont 30 avec l’aide du moteur, ce qui signifie 23 milles à la voile en 16h ! et seulement 15 qui me rapprochaient du but...
Ne nous plaignons pas, c’est déjà ça... Je crois qu’on prend réellement conscience de l’immensité de l’océan quand on est complètement arrêté au milieu pendant des heures et qu’on ne peut rien faire pour que ça change. Si dans ces moments-là vous regardez la carte en mettant le doigt sur la position du bateau, il vaut mieux avoir un brin d’humour et essayer d’être un tout petit peu philosophe...
Finalement un tout petit zéphyr a fait une apparition nocturne vers 2h et j’ai essayé tant bien que mal d’en profiter avec de multiples réglages de voiles pour essayer de gagner quelques dizièmes de noeud.
Certains diront : « 0,5 noeud, qu’est ce ça change à l’échelle d’un océan, tu aurais mieux fait de dormir et d’attendre que le vent se lève. »
Et bien non, pour moi ce gain en vitesse, aussi minime soit-il, est capital. Il représente ma capacité à agir directement sur l’évolution de ma situation. J’ai choisi d’être là où je suis, je choisis de faire mon possible pour en sortir.
« Dans la vie, il ne s’agit pas d’avoir les bonnes cartes en main, mais de bien jouer avec de mauvaises cartes. » Jack London
Et ce matin c’est réellement un nouveau jour, le soleil est là, le vent aussi. Pas bien fort mais il me permet d’avancer à 4 noeuds dans la bonne direction.
 
La journée a été calme mais le bateau a toujours progressé à la voile, pas comme hier...

Julie l’araignée a fait une petite sortie pendant la journée. J’en ai profité pour lui tirer le portrait. Elle est jolie, non ?

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                         © Marc Perrussel

 

C’était assez drôle, je l’ai vue marcher au plafond, je lui ai dit quelques mots doux comme on dirait à un chat ou un chien familier et elle s’est laissée descendre le long d’un fil et s’est arrêtée au niveau de mon nez. Elle est restée 1 à 2 minutes à faire le pendule puis est remontée se promener au plafond.

24 août
le vent est revenu cette nuit ou plutôt arrivé, vu que jusqu’à maintenant...
Nuit pas terrible du point de vue sommeil, j’ai dû manoeuvrer plusieurs fois, mais pas mal en matière de progression.
Il est 16h30 et je viens de réduire un peu la grand voile, ça souffle à environ 25 noeuds, vent arrière avec les vagues de 3/4 arrière ce qui fait que le bateau fait de beaux écarts de trajectoire et comme en ce moment il flirte avec en moyenne avec les 6,5 noeuds, ça chahute un peu.
Pffff ! qu’est-ce que ça fait du bien d’avancer ! Déjà ce matin, en arrivant enfin à une vitesse de 5 noeuds, ce qui n’était pas arrivé quasiment depuis le départ, je me suis dit : « enfin ! »
Bon, il y a quand même une mauvaise nouvelle aujourd’hui : les 3 paquets de madeleines aux raisins de Corinthe ont moisi. Dommage, ça allait plutôt bien avec l’ananas...
Rien n’est parfait...
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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 17:41


- Tu sais toi comment c’est là où il se couche le soleil ?
- Ben non.
- On va voir ?
- Ben oui.

Lisbonne, 6 juillet 2011, cap au 270, plein ouest. On a étudié attentivement la situation, c’est dans cette direction que le soleil passe sous la couette. Enfin, couette peut-être pas, il doit faire assez chaud chez lui.
C’est la première fois que je vais véritablement m’éloigner des côtes, escale prévue dans l’archipel des Açores à environ 800 milles nautiques (env.1500 km). Autrement dit, au moins une semaine au large sans voir de terre.
Cette fois j’ai une équipière avec moi. Non, ce n’est pas Baltic, elle aime bien faire du bateau, elle.
Les prévisions de vent sont excellentes, on nous promet un vent de travers d'environ 20 noeuds (hmmmm, ça c’est bon !) pour au moins 5 jours, après c’est plus flou, au bon vouloir du fameux anticyclone des Açores, mais pas de vent fort.
Bonne augure, une heures après le départ deux dauphins sont venus nous souhaiter bon voyage.

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                          © Marc Perrussel
Premières 24 heures conformes aux prévisions, 140 milles parcourus (260 km), super !
La suite sera moins drôle avec Eole qui commence à n'en faire qu'à sa tête ce qui nous fait descendre trop vers le sud et la remontée vers le nord se traduira par 4 jours au près (remontée contre le vent) avec par moment du vent assez fort (jusqu’à 30 noeuds) et de belles (!) vagues. Pas top ! VoLuMondu n’avait jamais été mouillé comme ça. Le bon côté de la chose (le seul ?) c’est que j’ai pu repérer deux infiltrations d’eau non   prévues dans le bateau, une par un système soit disant étanche et l’autre par      

un dispositif destiné à évacuer l’eau et ne rien laisser entrer.  Pas grand chose mais bien entendu ça a coulé sur matelas et coussins ! C’est beau la technologie !
Et pour aroser ce menu, un certain nombre d’averses de pluie que la couverture nuageuse a bien voulu laisser filtrer juste pour nous. Et parfois le soleil qui se montre sous les nuages en fin de journée pour nous dire que c’est bien par là qu’il faut aller.

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Equipière malade et assommée par les comprimés contre le mal de mer, ce qui me donne l’occasion de naviguer la nuit comme en solitaire, c’est à dire sommeil par petites tranches de 30 minutes (au début, après j’ai espacé jusqu’à 45) avec le radar et l’AIS (prévention des collisions) qui surveillent les alentours.
 Un peu fatigant tout de même. Récupération obligatoire pendant la journée.

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Peu de vie apparente autour de nous, si ce n’est l’apparition après 6 jours de quelques puffins cendrés. Ce sont de magnifiques oiseaux de mer, ils me font penser à des albatros en miniature.
C’est un régal de les voir planer sans le moindre effort apparent, le vol épousant parfaitement les déformations de la surface océanique et s'insinuant parfaitement dans le labirynte du relief aquatique, l’extrémité des rémiges flirtant collé-serré avec la crêtes ou le creux des vagues sans que jamais elle ne touche la surface. Pas besoin de tremper la plume dans l'encre océanique si on a rien à écrire.

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Et le huitième jour, apparition sur l’horizon de l’île de Sao Miguel, principale terre de l’archipel portugais  avec accueil en fanfare de plusieurs troupes de dauphins.

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          © Marc Perrussel

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          © Marc Perrussel
La suite ce sera 2 jours de repos à Punta Delgada, la "capitale", puis nous irons dans l’île de Pico à 130 milles nautiques (250 km) au nord ouest avec l’espoir d’observer des cachalots dans les eaux qui la baignent.
Nous en verrons quatre le lendemain de notre arrivée ainsi que de nombreux dauphins.

C'est toujours un magnifique spectacle et une belle émotion d'observer ces géants (15 à 18 m et 40 tonnes) se déplacer lentement et, lors de l'expiration, de voir et entendre ce souffle puissant qui projette vers le ciel un panache nuageux, la caractéristique du cachalot étant qu'il le projette en oblique sur l'avant orienté vers la gauche ce qui rend son identification plutôt aisée.

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          © Marc Perrussel

Et que dire de ce moment magique où l'immense nageaoire caudale s'élève lentement et majestueusement au dessus de la surface pour disparaître verticalement lors de la pongée profonde à plus de 1000m de profondeur pour aller se régaler de quelques calamars géants, leur proie favorite !

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           © Marc Perrussel

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          © Marc Perrussel

Le village où nous nous trouvons était jusqu’en 1987 la base principale des chasseurs de cachalots. Dès que la vigie à terre  avait repéré le puissant souffle d'un cétacé, elle transmettait l’information par radio aux chasseurs qui aussitôt se mettaient en route à la rame et à la voile pour aller tuer l’animal avec harpons et lances qu’ils projetaient à la main. Rien à voir avec la chasse industrielle qui a exterminé certaines espèces de baleines et amené  d’autres au bord de l’extinction.
Ces gars-là prenaient des risques énormes : ils chassaient dans de baleinières en bois de 12 m de long, ils étaient 7 à bord. Et leur gibier pesaient en général dans les 40 tonnes. Et ce n’était pas toujours eux qui gagnaient la partie (yesssss !!!), les accidents dramatiques n’étaient pas rares.
Le dernier cachalot a été tué à Lajes do Pico en 1987.
Aujourd’hui la vigie est toujours en activité mais pour une activité infiniment plus paisible, l’observation des cétacés. Plusieurs compagnies emmènent des touristes en mer dans ce but. Activité florissante. Il faut dire qu’en été on est à peu près assuré de voir quotidiennement des cachalots, sans parler des dauphins qui pullulent dans les environs. 20 espèces de cétacés sont observables dans les eaux açoriennes.

Et les baleinières sont utilisées à l'heure actuelle à des fins beaucoup plus pacifiques, elles se retrouvent régulièrement lors des régates acharnées mais amicales. Mais la nostalgie d'une époque révolue est toujours bien présente...

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Après avoir ramené mon équipière à Punta Delgada, retour à Pico.
Une des particularités de l’île de Pico est qu’on y trouve le mont Pico (nooon, pas possible !), point culminant de l’archipel mais aussi du Portugal avec ses 2351 m d’altitude.
Tout l’archipel est d’origine volcanique et cette montagne est une vraie carte postale à elle toute seule avec sa forme de cône presque parfait. Encore faut-il qu’elle n’ait pas mis son bonnet de nuages !

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J’aurais l’occasion de la voir apparaître au coucher du soleil alors que j'en étais encore éloigné de plus de 100 km.
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La roche volcanique noire est bien sûr omniprésente, elle est utilisée pour les construction, pour les pavés (les portugais sont les rois du pavé, il y en a partout), pour les trottoirs, etc...
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Et quand le soleil est bien présent cela ne fait qu’accentuer l’effet de chaleur. Apparemment certaines plantes aiment cette accumulation de calories.

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© Marc Perrussel                                                                                  © Marc Perrussel

A Lajes do Pico, le cachalot est bien présent. D’une part par le business du whale watching (en portugais dans le texte !) mais aussi par le musée consacré aux baleiniers (très intéressant), par les anciennes installations de traitement des produits tirés des cachalots qui sont toujours en place, par les enseignes des boutiques, les pavés sur les trottoirs et même boîte à lettres.

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                         © Marc Perrussel

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                         © Marc Perrussel

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A part les cachalots, j’ai pu voir 4 espèces de dauphins (dauphin commun, grand dauphin, dauphin tacheté et dauphin bleu et blanc), des globicéphales et une baleine de taille moyenne que je n’ai pu identifier.

Quel plaisir de voir autant de vie dans la mer ! Ce n’est, hélas, pas si fréquent.

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          © Marc Perrussel

7 0093          © Marc Perrussel

Renseignement pris, le soleil se couche encore plus loin que ce magnifique archipel. On a pas pu me dire où exactement mais il paraît qu’il faut continuer longtemps pour y arriver.
Bon, ça ne sera pas pour cette fois.

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6 août 2011 6 06 /08 /août /2011 17:26

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         © Marc Perrussel

Pour les amoureux, les amateurs, les passionnés de dauphins et aussi pour les autres, j'ai ajouté un album photos intitulé "Dauphins", vous le trouverez dans la colonne de droite de ce blog. Vous pouvez regarder les photos une par une ou en diaporama.

Ce n'est pas comme "en vrai" mais j'espère que vous ressentirez comme moi la sensation de fluidité et de pureté qui se dégage de ces merveilleuses créatures.

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                                 © Marc Perrussel

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         © Marc Perrussel

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          © Marc Perrussel

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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 21:54


Une fois n’est pas coutume, réveil à 5 heures ce matin, les horaires de marée commandent.
En effet, mon escale d’aujourd’hui m’impose cet heure très matinale car il faut que j’y arrive entre une et deux heures avant la marée haute. L’entrée de cet estuaire qui mène à la lagune d’Aveiro peut être délicate avec la houle et l’accès peut même y être interdit si cette houle déferle sur le haut fonds de l’entrée, et ce même s’il n’y a pas de vent.
Et pour ce qui est du vent, il s’est de nouveau éloigné de ma zone après m’avoir accompagné pendant deux jours consécutifs, ce qui ne m’était, il me semble, jamais arrivé.
 Ici, le long des côtes portugaises, c’est l’océan. Le grand océan atlantique. Les côtes américaines se trouvent à près de 2500 milles nautiques (pas loin de 5000 km) sur le cap 270°, plein ouest. Entre les deux continents, rien si ce n’est cette immensité aquatique. Et rien pour arrêter ou même seulement freiner la houle du grand large. Elle y a toutes ses aises. Donc là où Vo Lu Mondu trace son sillage de bon matin, le calme plat n’existe en principe pas. Les grandes ondes transocéaniques sont là, toujours présentes, même par grand beau temps.6 0026-copie-3
Et pourtant, ce matin, il est bien là. Le grand calme, la surface de l’eau n’est froissée par aucune ride. Il y a simplement de petites ondulations, une immensité de petits monticules liquides qui se gonflent et se dégonflent, lentes palpitations de la mer. L’étrave ouvre un sillon dans la lisse surface liquide, la carène suit et, une fois toute la coque passée, le sillage, un peu agité par le bouillonnement du flux de l’hélice, se referme rapidement pour s’évanouir totalement quelques dizaines de mètres plus loin. Ne pas laisser de trace.
L'océan dort encore. Je me demande bien à quoi peut bien rêver un océan endormi ?

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J’ai vraiment cette impression de grand repos autour de moi. Et si, pour une fois, le monde entier s’accordait aussi un moment de grande tranquillité.  Pas forcément bien longtemps, encore que, mais suffisamment pour que plein de gens puissent aussi sentir comme c’est bon, le calme, un environnement paisible. On peut toujours rêver. Mais, après tout,  cela s’est peut-être produit, en vrai et pas seulement en rêve. Pas moyen de le vérifier pour l’instant.6 0010-copie-1
Tiens, il ne manquait que lui . Le soleil. Le voilà qui émerge de sa couette brumeuse.
- Salut, tu as bien dormi ?
Oui, je sais, l’astre solaire ne dort jamais, il n’a pas de nuit. Quand il n’est pas là, il est ailleurs, il illumine et réchauffe d’autres contrées. Mais comme il semble avoir de la peine à sortir du brouillard côtier, il a vraiment l’air de se réveiller. Et de bonne humeur. C’est vrai que ça n’a pas de pied gauche le soleil. Pas de droit non plus, il me semble.

                                                                                                               © Marc Perrussel
Pour une fois, la première cette année, j’ai sorti la tenue complète de saison : t-shirt, short, casquette et lunettes de soleil. Pieds nus évidemment.
Mon thé est encore trop chaud, je déguste ma deuxième tartine de confiture. Du cassis, c’est celle que je préfère, et de loin. Avec sa couleur rouge violacé sombre avec sa pointe acidulée et son odeur incomparable. J’en ai encore l’eau à la bouche.
Je m’assieds dehors, le moment est parfaitement propice à la rêverie. Dans ces moments-là, on regarde autour de soi. Pas grand chose à voir d'autre que de la surface de l'eau si ce n’est un oiseau de temps en temps. Tiens, qu’est-ce que c’est qui griffe la surface de l’eau juste à côté du bateau ? Un petit crabe ! Incroyable ! Un crabe qui nage en surface alors qu’il y a trente mètres de profondeur. Vraiment surprenant.
Et je repars dans mes rêveries. Si rien n’est observable à l’extérieur, peut-être à l’intérieur ?
Mais la mer, c’est comme le désert. Finalement il s’y passe toujours quelque chose. Il me semble avoir aperçu une tache noire environ 200 mètres derrière le bateau.
Vite, les jumelles, toujours à portée de main. La revoilà, c’est un aileron. Un dauphin !
Dauphins, où êtes vous ? C’est ce que je demandais dans un de mes derniers articles. Et voilà la réponse. Cette mer que je trouvais bien déserte il y a quelques jours ne l’est finalement pas tant que ça.
Même si je ne l’ai aperçu que de loin, c’est tout de même une belle émotion. Quand on aime la mer et les animaux, le dauphin est probablement le symbole suprême de cet amour.
Et je repars dans mes rêveries qui s’en sont trouvées évidemment complètement chamboulées.
Etait-ce un solitaire, un dauphin ambassadeur comme ils sont parfois appelés ? Ou alors peut-être qu’il y en d’autres par là.
Et là, fini de rêvasser, place à l’observation.
Là-bas, sur tribord, un attroupement  d’oiseaux, goélands et fous de Bassan, attire mon attention. Apparemment c’est l’heure du repas pour ces volatiles et celle de passer à la casserole pour la petite faune sous marine.
Un bruit de souffle derrière moi, je me retourne. Deux dauphins, là, à un mètre de Vo Lu Mondu.

6 0202         © Marc Perrussel
Extraordinaire ! Jamais je n’en ai vus d’aussi près. Il me semble qu’ils font partie de l’espèce des dauphins communs à bec court (delphinus delphis). Après avoir soufflé de nouveau, ils plongent sous le bateau. Où vont-ils refaire surface ? Juste devant l’étrave. ils y restent un moment puis s’écartent, s’éloignent un peu, reviennent, nagent juste à côté du bateau, à quelques dizaines de centimètres sous la surface transparente.

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        © Marc Perrussel

Leur déplacement se fait sans le moindre effort apparent. Ils avancent à la même vitesse que moi, faisant surface pour respirer. Je trouve ça drôle qu’ils expulsent de l’air alors qu’ils sont encore sous l’eau, ça leur fait un beau panache de bulles blanches, puis finissent d’expirer quand ils émergent (le souffle qu’on peut entendre) et inspirent par leur évent grand ouvert. Tout cela se passe très rapidement.

6 0122         © Marc Perrussel
Ils sont restés quelques minutes et sont repartis comme ils étaient venus, discrètement. Ils ont disparu.
J’ai vite repris les jumelles et ai de nouveau dirigé mon regard vers les oiseaux pour apercevoir trois ailerons noirs fendre la surface dans ma direction.

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          © Marc Perrussel

Et le manège de mes premiers visiteurs a repris. Apparemment leur place favorite est juste devant l’étrave, ils nagent juste sous la surface en jetant des coups  d’oeil à droite et à gauche, surtout celui qui est juste dans l’axe du bateau, comme s’il ne voulait pas qu’un autre ne profite de cet emplacement privilégié.

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Et les voilà qui s’écartent et repartent vers leurs agapes. Aussitôt remplacés par un autre groupe plus nombreux, six ou sept. C’est comme si c’était : "Eh, regardez, un bateau, venez les copains, on va jouer". Et la ronde reprend ainsi que le "pousse toi de là que je m’y mette" devant l’étrave. Je n’en perds bien sûr pas une miette. Je pourrais presque les toucher. C’est incroyable comme ils fusent dans l’élément liquide. Quand ils sortent de l’eau pour respirer puis replongent, le seul son audible est le souffle de fin d’expiration. Pas le moindre bruit de liquide déplacé, pas de "plouf" ou de "glouglou", un hydrodynamisme absolument parfait.

Selon une affirmation commune et définitive, la perfection n'existe pas. Eh bien je peux maintenant vous certifier que oui, elle existe. Il n'y a qu'à observer le déplacement de ces mammifères marins pour se rendre à cette évidence. Rien n'est plus fluide, plus facile que leur nage. La perfection, je vous dis. Et on ne peux que s'extasier devant une telle merveille.
Ils sont maintenant une dizaine autour du bateau, dans tous les sens, filant d’un côté à l’autre, de l’avant vers l’arrière pour mieux revenir dans l’autre direction.
Je suis transporté d’excitation, au point que la plupart des photos seront ratées ou médiocres. mais ce n’est pas là le plus important.
D’autres viendront encore pendant la bonne demi-heure que la séquence a duré. Pour finir, ce sera une mère et son petit.
Merveille de synchronisme entre ces deux êtres dans les mouvements, dans le déplacement, dans la respiration. J’ai assisté à une séance d’enseignement delphinien.
Visiblement la maman a expliqué au jeune comment se comporter devant l’étrave d’un bateau. Elle se plaçait comme ses congénères précédemment, le petit à ses côtés, puis s’écartait légèrement alors qu’il se mettait à sa place, juste en avant d’elle, comme un grand qu’il est en train de devenir.

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La leçon terminée, ils sont repartis vers le groupe et c’était probablement l’heure de la récré et du goûter pour le jeune dauphin.
C’était donc un petit matin calme, tranquille, reposé. Comme dans un rêve.

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          © Marc Perrussel

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          © Marc Perrussel

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26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 12:07

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- J’ai enfin (!) mis un revêtement de sol sur le plancher en contreplaqué du bateau. J’ai fini par trouver quelque chose qui me plaît : du bambou.
Ce n’est pas prévu à l’origine pour être installé dans un bateau mais pourquoi pas après tout. Je trouve ça joli, c’est chaleureux, une belle couleur de miel.
Et comme il m’en restait pas mal, j’en ai recouvert la table. Je ne supportais plus cette couleur de chêne sombre sur cette surface assez grande. C’est infiniment mieux maintenant, le carré du bateau n’en paraît que plus lumineux.

Hum, peut-être qu'un jour le bateau sera terminé...

 

 

- 20 juin, première journée complète à la voile depuis le 5 mai... 2010 !!!

- 21 juin, première journée en t-shirt.

- 22 juin, première journée en short.

- 23 juin, première journée avec lunettes de soleil mais avec une petite laine sur le  t-shirt et pantalon de retour, faut quand même pas être trop gourmand !

- La mer est la plupart du temps noire ou alors ce que je n’appellerais plus bleu marine tellement c’est sombre. J’veux du bleu !

- Pas étonnant que l’océan deviennent progressivement un désert vu le nombre de bateaux de pêche dans tous les ports espagnols. Heureusement qu’il y a les oiseaux, goélands et fous de Bassan, sinon ce serait réellement le désert, sur et sous la surface. Dauphins, où êtes-vous ?

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photo Marc Perrussel                                                                    photo Marc Perrussel

- 23 juin, arrivée au Portugal. Pas mécontent d’avoir quitté l’Espagne, pays pour lequel j’ai un certain ressentiment qui m’empêche sûrement de l’apprécier plus. Ce ressentiment vient de la façon dont peuvent y être traités les animaux, maltraitance et cruauté sont hélas le sort d’un grand nombre d’animaux sous prétexte de traditions, éventuellement religieuses, ou bien juste pour la satisfaction de quelques bas instincts humains, à commencer par la corrida. Quand je pense que celle-ci vient d’être inscrite au patrimoine immatériel de... la France ! Comme si la corrida était d’origine française. Comment peut-on reconnaître et glorifier une activité qui est basée sur la cruauté et la torture ? Oui, il s’agit bien de torture, il faut le crier haut et fort ! Tout ça pour la satisfaction  de certains qui prennent plaisir à regarder souffrir un noble animal (ils le sont tous en fait) face à "une danseuse ridicule" comme dit Francis Cabrel dans sa chanson "la corrida". Mais qu’est ce que c’est que ce ministre de la culture qui ose prendre une telle décision ? C’est absolument honteux et scandaleux. On revient à l’époque de Descartes où les animaux n’étaient pas considérés comme des êtres vivants. Je ne me reconnaîs pas dans cette France-là, ni dans certaines autres d’ailleurs mais ça c’est une autre histoire.


- Depuis quelques jours j’ai enfin du vent, et dans le bon sens en plus ! Quel plaisir ! Je peux naviguer en6 0177 silence, ou en musique, sans devoir supporter des heures durant le bruit lancinant et abrutissant du moteur. Hier, 23 juin, très belle navigation au plein vent arrière sous grand voile seule. plusieurs heures avec une vitesse entre 6 et 7 noeuds, maximum 7,5 !
Le vent a forci progressivement dans l’après midi et quand je suis arrivé à ma destination, il y avait bien 30 noeuds établis. Affalage de la voile bien chahuté par la houle puis, alors que j’embouquais le chenal qui mène au port (oui, embouquer, c’est le terme qu’on emploie quand on veut faire croire qu’on est un vrai marin, de ceux qui on fait 40 ans dans la Royale, qui ont passé 10 fois le cap Horn dont 15 fois dans le "mauvais sens" et qui ont côtoyé les Frères de la côte), le ventilateur s’est un peu plus emballé, au moins 35 noeuds et ce petit trajet s’est fait très lentement face au vent d’abord puis de travers. Pas mécontent de trouver deux personnes sur le ponton pour prendre mes amarres !

On me demande parfois si j’ai un anémomètre et je réponds en général que je n’ai pas besoin de cet instrument pour savoir s’il y a trop de vent ou pas assez. Mon voisin de ponton qui en a un lui, m’a quand même dit que quand je suis arrivé il y avait bien 35 noeuds établis et des rafales à... 50 noeuds (90 km/h) ! Il me semblait bien que c’était vraiment fort...

- J’aime bien faire des photos de chats mais je n’ai pas pu en faire une seule en Espagne. Les quelques chats rencontrés ont été inapprochables. Je me demande bien pourquoi ?

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                                         photo Marc Perrussel

 

- L’eau est 12,5 °. Pas vraiment envie de piquer une tête.

- A part ça, la vie est belle et c’est tant mieux.


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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 21:00


Après cette longue pose charentaise, Vo Lu Mondu a quitté son bain de vase dont il a profité à Mortagne sur Gironde.

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Il est resté à l’eau tout l’hiver parce que le chantier n’a pas fait le nécessaire pour le mettre à terre comme prévu. Résultat, il repart comme il est arrivé, sans les travaux que j’avais prévus de réaliser et avec une carène bien sale. On verra ça plus tard.
Le chenal de Mortagne est embouqué au petit matin, à marée haute, seul moment où il est praticable.

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La Gironde est descendue avec le courant jusqu’à la pointe de Grave et, en laissant le beau phare de Cordouan à tribord, le cap est mis au sud ouest, direction la côte nord espagnole.
Ma première intention était de me diriger directement à l’ouest pour aller passer l’été au Québec mais, c'est bien connu, un programme n'existe que pour avoir la possibilité d'être modifié. Donc, je sors de ma bibliothèque mes livres pour apprendre l’espagnol.
Si vous suivez ce blog, vous savez qu’Eole et moi on est pas vraiment copains. Moi je n’ai rien contre lui mais lui, je ne sais pas pourquoi, il me boude. Depuis mon départ, j’ai beaucoup plus utilisé le moteur que les voiles. Avantage cependant, pas de tempête, il y a toujours du positif quand on cherche...
Comme je me suis fait très discret depuis un certain nombre de mois, peut-être qu’il m’a oublié...
Donc nous voilà partis pour une traversée du souvent redouté golfe de Gascogne. Les vents, les vagues qu’on peut y rencontrer viennent de traverser un océan entier sans le moindre obstacle terrestre pour diminuer leur intensité donc ça peut être ni sympathique ni confortable comme navigation.
Vous connaissez le golfe persique et le golfe du Mexique. Qu’est ce qu’on y trouve dans ces golfes ? Du pétrole.
Et dans le golfe de Gascogne, qu’est ce que j’ai trouvé ? De la pétole.
Pour les non initiés, la pétole c’est quelque chose de redouté par les navigateurs, autant que les coups de vents pour certains. La pétole, c’est la panne de vent, pas un souffle, pas un pet d’air comme on dit sur le Léman, pas un louf, que dalle !
Donc entre ces différents golfes, il y a comme un r de différence. Pétrole, pétole, la même tristesse...
Eh voilà, une fois de plus, je me retrouve à griller du pétrole dans mon moteur.
Après la mer de Norvège, la mer du Nord, la Manche, le raz Blanchard, le chenal du Four, le raz de Sein, tous ces endroits qui peuvent être très mal famés, maintenant le golfe de Gascogne sans air !
Eole, tu m’entends ? Mais qu’est ce que je t’ai fait pour que tu m’en veuilles à ce point ?
Bon d’accord, j’ai pu faire 7 à 8 heures de voile sur les 40 de la traversée jusqu’à Santander, mais bon, peut-être que tu pourrais faire un effort pour que ça dure un peu plus. Ces quelques heures à la voile, c’était parfait. 10 à 15 noeuds de vent au près bon plein (c’est à dire sans devoir remonter le plus possible dans la direction du vent), vitesse autour de 6 noeuds, hmmmm, c’était bon !
Bon mais court.
Et puis quand il n’y a pas de vent et qu’on est travers à la houle du large, il se passe quoi quand on n’a pas navigué depuis un bon moment ? Eh bien on a le mal de mer.
Pas de vent, des vagues qui vous remuent bien, réaction rapide de votre système digestif... Je vous passe les détails...
Arrivée au milieu de la nuit à Santander, l’ancre posée sur le fond de sable et pas besoin de berceuse (!) pour rejoindre les bras de Morphée.
2 jours de repos plus que nécessaires et cap à l’ouest cette fois pour se poser quelques jours dans la baie de San Vicente de la Barquera.
Et vous savez pas quoi ? Pas d’air pour y aller, pétole. Allez, je rajoute un r et j’ai de quoi faire tourner mon moteur.
La conclusion que je tire de ça ?
Si j’avais autant de pétrole que de pétole, je serais richissime et je financerais des recherches pour développer un moteur qui marche à... l’eau de mer. A priori je devrais toujours en trouver et en quantité inépuisable.
Comme quoi, mine de rien, ou plutôt l’air de rien, juste une petite lettre ça peut vous changer un destin.

P.s. : autre solution, j'arrête le bateau et je commence... le golf. Au moins là, quand il n'y a pas d'air c'est un avantage.

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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 11:41


Nous, les navigateurs à la voile, sommes très dépendants, voire captifs.
Qui ne pense pas que la vie et le voyage en voilier sont l’image même de la liberté ? On va où on veut quand on veut. Légende. Rien n’est plus inexact.
Nous avons deux maîtres, incontournables : Neptune et Eole. Dieux, soit disant, de la mer et du vent.
Si Neptune se met parfois en colère, c’est en général parce qu’Eole manifeste quelque chose, fait des siennes. Et Neptune ne peut rien contre ça. On ne négocie pas avec Eole. En fait c’est lui le maître. Incontestablement.
Si vous avez lu les épisodes précédents du sillage de VoLuMondu, vous savez que Eole nous a fait la farce de partir souffler ailleurs que sur les eaux de la mer du Nord et de la Manche alors qu’en général, quand il va s’époumoner dans d’autres contrées, il laisse dans le coin un ou deux de ses assistants pour s’occuper des petits bateaux aux voiles blanches. Ou colorées.


6 0116 Cette fois il a emmené ses acolytes avec lui, laissant Neptune se reposer lors de notre passage.
Au départ de Paimpol cependant, quelques petits souffles asthmatiques nous ont quand même permis de faire deux heures de voile. En plus, vent de travers. Le rêve ! Incroyable ! La première fois depuis la Suède !
Puis, comme nous avons changé de direction, nous l’avons eu de face, comme toujours. Puis plus rien, bien sûr.

S'en est suivi une agréable promenade estivale par la réserve des Sept Iles et sa colonie de fous de Bassans, véritables fusées piquant vers la mer et se transformant au contact de l'eau en torpilles pour attraper les proies repérées depuis les airs.

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Petite parenthèse à ce sujet, vous pouvez facilement admirer ce merveilleux spectacle de la nature, (je ne pense pas que les poissons soient d'accord avec ça. mais bon, je ne pense pas non plus qu'il y ait des poissons qui lisent mon blog), en allant voir le film "Océans" de Jacques Perrin. Même si vous n'avez pas une attirance particulière pour la mer, allez-y, emmenez vos enfants et votre grand mère. Personne ne restera indifférent devant ces images extraordinaires d'un beauté époustouflante.

Puis j'ai tenu à entrer dans le petit port de Ploumanach pour voir de près le délirant chateau de Costaérès posé sur son caillou.

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Escale nocturne à Port Blanc, bercés toute la nuit par un fort roulis suivi d’une journée très très inconfortable. Eole et Cie étant toujours en voyage sur d’autres eaux, cette fois c’est Neptune qui n’est pas vraiment de bonne humeur. Toute la journée forte houle associée à des vagues dans tous les sens, croisées, pyramidales, abruptes, irrégulières. Estomacs sensibles s’abstenir et préférer la chaise longue sur la plage.
Pas mécontents d’arriver le soir à l’Aber Wrac’h pour trouver un peu d’immobilité agrémentée de crêpes succulentes (Crêperie Le Captain pour les gourmands qui passeraient par là).
La deuxième partie de la nuit a été particulièrement calme et reposante car nous avons volontairement échoué le bateau à marée basse pour un contrôle du côté de l’hélice : nous y avons trouvé un gros paquet d’algues saucissonné avec du fil de pêche, ce qui était loin de nous assurer une propulsion optimale. Et comme les voiles ne nous servent à rien pour ça, autant faire le ménage sous la coque.

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Redépart à marée haute direction Brest en passant par le fameux chenal du Four entre le continent et les îles du Ponant, Ouessant, Molène et d’autres plus petites.
Enfin du vent de secteur nord est annoncé, pas bien fort mais dans la bonne direction. Enfin je vais pouvoir essayer mon spi et en plus dans le chenal du Four.
Caramba ! Encore raté. La faute à qui ? Je vous laisse deviner. Temps de demoiselle sur la mer d’Iroise. Bronzette sur le pont.
Au bout du chenal, on tourne à gauche pour entrer dans le goulet de Brest, 15 milles jusqu’au port du6 0177 Moulin Blanc.
Et là, miracle, je me pince, je me vide un seau d’eau de mer sur la tête pour être absolument certain que je ne tombe pas dans un délire psychotique: du vent ! 10 à 13 noeuds, de travers. Le bonheur !
On passe le goulet et on se retrouve dans la grande rade de Brest. Le vent est irrégulier, je me dis que ça serait quand même une juste récompense si nous pouvions aller jusqu’au bout, enfin en silence, après 950 milles au moteur. Et nous l'avons fait ! Je ne sais pas si je dois remercier Eole pour cette petite gratification de dernière minute.
Et en point d’orgue de ce moment magique, j’ai l’immense plaisir de trouver sur le ponton ma toute grande meilleure amie, Rosalie.
Belle émotion que ces retrouvailles. Avec Cédric ils étrennent leur beau bateau tout neuf, Agapes. Tout un programme.

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Vraiment super de se retrouver comme ça à la pointe de la Bretagne à 1000 km de chez nous.
Bernard repart vers sa Haute Savoie le lendemain de notre arrivée.
Les 3 jours suivants passés à quai seront bien ventés, comme par hasard.
Et le quatrième ? Je vous laisse deviner.
Direction l’île de Molène. Pas le moindre petit zéphyr de nouveau dans le chenal du Four.
Belle petite île, Molène. Grand calme, peu de monde. Je la visite en tous sens, en fais deux fois le tour par les rochers et les plages de galets. La côte ouest, faisant face au large, est assez sauvage. Tout le tour on peut voir à marée basse que l’île est entourée de hauts fonds rocheux où il ne doit pas faire bon s’aventurer quand les deux acolytes cités plus haut ont décidé de se donner la main.
Lors de ces ballades de bord de mer, j’ai pris l’habitude d’emporter des sacs plastiques et de ramasser les détritus que je trouve sur mon chemin. Sur cette île, pourtant très exposée aux vents d’ouest, je m’attendais à faire une récolte conséquente. En fait, non et c’est tant mieux. J’ai quand même rempli trois sacs, principalement de bouteilles plastiques et canettes de bière. La palme glauque revient cette fois aux buveurs de bière Kronembourg, ce sont eux qui ont laissé le plus de traces derrière eux, suivis d’assez loin par leur confrères de chez Heineken.
Je ne bois pas de bière et pourtant je m’efforce de ne laisser aucune trace de mon passage, où que je sois, et de plus, aussi souvent que je peux, j’essaie d’effacer les traces  disgracieuses de certains autres. Joindre l’utile à l’agréable.
Essayez, c’est facile, vous verrez.
Bien entendu, comme je ne navigue pas ces deux jours, le vent est bien présent. Et le troisième pour mon départ pour Camaret ? Vous avez deviné....
Alors je vous le dis, je l’affirme et je pense avoir toute la légitimité pour le faire après autant d’expériences concordantes et donc révélatrices, Eole n’est pas le dieu des vents mais en est indéniablement le diable. Un diable sacrement farceur et.... diabolique.
Mais surtout, n’allez pas lui souffler cela à l’oreille, peut-être qu’il est susceptible (c’est souvent susceptible les diables) en plus, et j’ai encore besoin de lui pour pas mal de temps, en espérant qu’il ira prochainement faire ses farces à quelqu’un d’autre...

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5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 22:46

Tous les marins et navigateurs ont entendu parler du Pot au noir, officiellement dénommé Zone Inter Tropicale de Convergence, qui se trouve au milieu de l’océan Atlantique plus ou moins au niveau de l’équateur. C’est une zone plus ou moins étendue où les vents sont absents ou très faibles. Du temps de la marine à voile les grands bateaux pouvaient y rester des semaines, les voiles pendantes comme du linge sur le fil après la lessive. Désespérant.6 0046-copie-1
Je viens de faire une découverte stupéfiante, ou alors je n’en n’ai jamais eu connaissance, je penche plutôt pour la première hypothèse, il existe aussi un "Pot au Nord".
Nous avons parcouru toute la Mer du Nord sans le moindre vent, 370 milles nautiques, environ 700 km, près de 4 jours de navigation au moteur sur une mer d’huile, la plupart du temps sans la moindre ride sur l’eau. On se serait cru sur le lac Léman par un beau dimanche du mois de juillet, quand les cygnes se déplacent plus vite, et sans forcer, que les bateaux en régate, un temps pour se balader en pédalo  ou se6 0022 dorer la pilule sur un matelas pneumatique devant la plage de la Savonnière.
Petite promenade de santé estivale à bouquiner sur le pont ou à dormir chacun à son tour, nuit comme jour. Le jour on observe par ci par là dauphins, phoques curieux qui nous regardent passer comme le ferait une vache avec un train, dauphins. De jour comme de nuit, nous surveillons les énormes porte-conteneurs, cargos et méthaniers qui sont comme une autoroute menant à la mer Baltique ou à Hambourg, Amsterdam, Rotterdam, Anvers, etc... la mondialisation du trafic maritime. La 6 0001-copie-2nuit j’apprécie l’équipement électronique qui nous apporte une grande sécurité, ce qui ne nous libère pas d’une veille attentive et des contrôles fréquents à l’extérieur d’où nous apprécions bien mieux les distances.

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Sans parler des champs d’éoliennes qui poussent là en pleine mer...

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Et puis il y a les couchers de soleils sur cette vaste étendue d’eau qui a l’air lisse et visqueuse comme de l’huile...

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Donc, avec cette très importante découverte géographique, il va falloir corriger toutes les cartes marines.
Une deuxième constatation, le "plat pays" s’étend bien au delà des polders et des plages. Pas de risque de mal de mer, même après moules, frites et bière à gogo...

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En fait je sais très bien que le Pot au Nord n’existe pas. La preuve?
La voici la preuve: nous avons fait une escale de deux jours et demi en Belgique à Blankenberge. Pour régler une formalité avec les douanes françaises, je devais m’arrêter avant d’entrer dans les eaux françaises et aller par la terre à Dunkerque.
J’avais été très gentiment invité dans ce port belge par Jean-Pierre que je ne connaissais que par des échanges de courriels pour des histoires de bateaux. A notre arrivée, il était là sur le quai pour nous dire où nous amarrer, pour donner quelques bonnes choses fraîches à manger. Très bel accueil. Merci Jean-Pierre et encore merci pour m’avoir conduit jusqu’à Dunkerque.6 0003-copie-1
Par contre, quel choc de ce retrouver dans un tel environnement, le port au milieu des immeubles de dix étages, immonde barrière de béton entre la mer et le reste de la ville. Et apparemment les autres villes balnéaires de la côte flamande sont très semblables à celle-ci.
Et bien que pensez-vous qu’il arriva pendant que VoLuMondu était sagement à l’arrêt contre le ponton avec le thermomètre qui affichait 28°C ? Deux jours de vent de Nord Nord Est à force 3 ou 4, exactement ce qui nous convenait le mieux !!!!
Et que croyez-vous qu’il arriva quand nous sommes sortis du port ? Le vent avait tourné puis, dans les deux heures suivantes, le responsable du grand ventilateur planétaire est parti vaquer à d’autres occupations, non sans appuyer sur le bouton "off" de la machine. Ensuite, passé Calais, après avoir contourné le cap Gris-Nez, la mer du Nord était dernière nous, bienvenue en Manche.
Et là, miracle, il y a du vent. Oh pas beaucoup, mais du vent quand même. Mais deux miracles dans la même journée, ça n’existe pas ou bien ça revient très très cher en cierges. Et il vient d’où ce vent ? Evidemment pile dans la direction où nous voulons aller. Et comme il n’est pas suffisant (5 noeuds) pour naviguer efficacement à la voile, le moteur va continuer à nous fredonner sa douce chanson que je connais déjà par coeur.
Au niveau du Touquet, nous mettons près de 60° d’ouest dans notre cap et que croyez-vous qu’il arriva ?  Le vent a aussi tourné de 60° vers l’ouest.
Zen, je resterai zen quoi qu’il arrive, même s’il faut aller jusqu’à Brest au moteur.
Comme je suis resté zen quand les employés des douanes ont mis trois heures et demi pour me fournir un document, là où le préposé habituel à la chose aurait mis seulement dix minutes . Hélas pour moi, tant mieux pour lui, il venait juste de partir en vacances.
C’est incroyable comme la vie peut être légère quand on ne lui ajoute pas les pesants fardeaux  des énervements stériles et donc inutiles.
Zen. Eole, tu ne m’auras pas à ce petit jeu. Zen.
Mais Marie-Pierre, s’il te plaît, pourrais-tu faire quelque chose au sujet du ventilateur ? (voir article précédent).6 0077
Finalement la Manche se révélera l’égale de sa cousine du nord, calme plat sur toute sa longueur. La grosse différence se situera du côté des courants de marée: beaucoup plus forts dans cet espèce d’entonnoir entre la France et l’Angleterre. Alors, un coup tu vas vite, plus de 7 noeuds, un coup tu te traînes lamentablement à 3 petits noeuds.
Puis vient le redoutable et redouté Raz Blanchard à la pointe du Cotentin. redoutable parce que les courants y sont très puissants et conjugués avec l’action du vent, quand il y en a, il s’y forme des vagues très mauvaises et éventuellement déferlantes. Il n’est pas possible de passer contre le courant et si on arrive pas au bon moment il faut attendre la renverse à la marée suivante. Nous nous y présentons pile au bon moment et sans le moindre vent, l’idéal pour traverser cette zone que je ne me réjouissais pas d’aborder. Dans ces conditions, aucune difficulté, même si le brouillard nous a enveloppés pendant une bonne heure à l’entrée du passage. Soudainement et pendant environ 10 minutes, la mer s’est mise à bouillonner en tous sens, les remous étaient impressionnants avec vagues complètement désordonnées. Brrr, que je n’aimerais pas passer là avec du vent...

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VoLuMondu battra à cette occasion son record de vitesse: 11,8 noeuds, avec près de 8 noeuds de courant, moteur à moins de 1500 tours.
Le brouillard dissipé, nous pouvons voir les îles anglo-normandes au milieu desquelles nous passons. Je me serais bien arrêté à Jersey que nous avons laissée à bâbord mais ces terres de sa gracieuse reine d’Angleterre n’auraient pas dit "welcome" à ma petite Baltic et ses vaccinations trop récentes.
Et au bout de cette nuit aussi calme que si nous avions navigué dans une baignoire, l’écluse du port de Paimpol nous ouvre ses portes après 750 milles nautiques (1400 km) depuis la Suède dont environ.... 5 à la voile !!!! Probablement un record sur ces eaux réputées plutôt ventées.

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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 15:57


Après avoir longé rapidement la côte suédoise entre Göteborg et Malmö, me voilà "chez moi" tout au sud de la Suède, dans "mon port d’attache", le port de Falsterbo Canal.

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Chez moi parce que c’est là que j’avais passé mon premier hiver nordique et que je m'y sens réellement chez moi..
Quel plaisir de trouver sur le quai, alors que ça souffle assez fort, des mains amies pour accueillir les amarres de VòLuMondu. Les mains de Jonas et son fils Philippe, mes voisins d’hivernage avec Ann-Sofi.
Et quel plaisir aussi de se retrouver un quart d’heure après dans leur bateau, les pieds sous la table, en compagnie d’ autres amis, Isabelle et Magnus, également voisins d’hivernage, qui ont eux largués les amarres il y a un an et qui sont juste de passage, leur bateau les attendant sagement au sud de l’Espagne.
Je voulais absolument arriver ici avant le 15 juin, date prévue par Jonas et Ann-Sofi pour démarrer leur nouvelle vie sur l’eau concrétisée par leur grand départ sans date de retour. Cap au Sud et hiver prochain en Croatie.6 0015
Et deux jours plus tard, séquence émotion, les amis restant à quai, et eux deux dirigeant leur beau bateau Lady Annila hors du port. Nul doute que nos routes se recroiseront un jour. Il le faudra.
Je retrouve tous mes amis du club nautique, Tommy, le secrétaire à un mois de la retraite, Rolf, Fred, Inge et tous les autres. Stephan me dit tout de suite que je ne peux repartir avant huit jours car il y aura fête au club et qu’il n’est pas question que je n’y participe pas.
Cette fête est réservée aux membres du club et Tommy me dit que c’est normal que je sois là puisque je suis membre du club, ce que je ne savais pas...
Donc je ne repartirai que le lendemain de cette soirée très animée au cours de la quelle j’aurais même droit à une Marseillaise aux accents scandinaves.
En dehors du club, j’ai retrouvé aussi Annika et son mari Michel, plus breton on ne trouve pas, Mia, ma blonde coiffeuse adorée, qui ne s’est pas privée pour me fixer un rendez-vous avec ses ciseaux.
A Malmö, je suis ravi de rencontrer à nouveau Anette qui se dévoue sans compter pour la défense des droits des animaux.
Puis mon ami Bernard arrive de sa Haute Savoie et je vais profiter de sa présence et de son expérience pour allonger le sillage du bateau jusqu’en Bretagne. Il ne serait ni raisonnable ni prudent de me lancer en solitaire sur la Mer du Nord et la Manche. Le trafic y est très dense, mes connaissances concernant les courants et les marées sont plutôt limitées pour l’instant, pas de possibilité de faire du cabotage en trouvant un abri chaque soir, et il faut bien que je dorme. De plus ça me fait très plaisir d’avoir son agréable compagnie.
Les flonflons de la fête se sont tus depuis peu de temps, les amarres sont larguées et nous profitons de l’ouverture du pont qui enjambe le canal pour nous diriger vers le sud, direction le Danemark et 6 0016-copie-1l’Allemagne.
C’est ma première en nuit en mer sur mon bateau. Comme d’habitude, pas de vent....
Baltic n’apprécie toujours pas ces déplacements au moteur et passera les trente heures de navigation dehors, ne rentrant même pas pour manger et boire. Si tu ne vas pas à ta gamelle, ta gamelle viendra à toi.... Et la caisse à sable aussi....


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Après avoir navigué en surveillant les innombrables cargos et ferries qui transitent dans la région, nous arrivons à Kiel au milieu d’une multitude de voiliers de toutes sortes et nous nous dirigeons vers l’entrée du canal de Kiel qui permet d’éviter de faire le tour du Danemark pour rejoindre la Mer du Nord.
Ce grand canal d’environ cent kilomètres de long est emprunté principalement par des gros bâtiments de commerce, et ils sont très nombreux. Les oies cendrées ont l’air d’accepter relativement bien de partager ces eaux avec ces encombrants voyageurs.

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C’est en navigant sur ces eaux que j’écris ces quelques lignes qui se retrouveront sur le blog à la prochaine connexion internet.

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 16:20

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Aujourd’hui j’ai changé de pavillon de courtoisie. J’ai amené le pavillon norvégien bleu blanc rouge et j’ai envoyé le pavillon bleu frappé d’une croix jaune de la Suède. Je dors en Suède ce soir et je crois que je suis content. D’autant plus que j’ai trouvé un beau ponton accueillant bien abrité du vent de sud ouest de force 4 que j’ai eu dans le nez toute la journée.
Quelques jours auparavant j'ai doublé la pointe sud de la Norvège et les paysages y sont splendides. Une succession de petits archipels avec une quantité innombrable d’îles, d’îlots, de rochers couverts d’arbres et de verdure, l’odeur de résine s’échappant des pins et venant taquiner les narines du navigateur dans les passages étroits de ces labyrinthes naturels. Ariane, prête-moi ton fil si le PC plante et que je n’ai plus de carte...

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6 0016J’aime beaucoup naviguer dans les archipels, même si la plupart du temps VoLuMondu est plus tiré par son6 0013 2 moteur que poussé par le vent. J’apprécie ces passages étroits qui s’insinuent entre ces terres, l’impression d’emprunter des vallées marines comme on le ferait en montagne dans des endroits encaissés. Il faut parfois y chercher un peu son chemin malgré la présence de très nombreuses marques de passage, balises, bouées, cairns, phares. Une découverte à la sortie de chaque virage: ici une belle maison colorée, jaune ou rouge ou alors blanche, là un magnifique bateau d’une époque où les architectes navals se transformaient souvent en artistes. Dire que c’est sur genre d’unités que j’ai appris à naviguer sur le lac Léman... Quand je rencontre ce genre de coques aux grands et fins élancements, je ne peux m'empêcher d’avoir une pensée pour Claude (Léon) Béchard qui m’a tellement appris en matière de navigation, de savoir marin et également bateaux en bois. Je lui dois tant. Merci Léon.


6 0017-copie-2 Je reviens à ces archipels norvégiens où il ferait sûrement très bon faire des randonnées en kayak. 6 0001-copie-1Vais-je sortir le mien de la soute et aller pagayer dans ce dédale ? Non.
Non, parce que je n’ai pas envie de m’y arrêter. Pas envie d’y passer du temps parce que j’en ai mal aux yeux de voir ces endroits littéralement envahis par des maisons de vacances, de propriétés privées, de pontons où il est clairement indiqué, même si on ne parle pas norvégien, qu'on est pas les bienvenus. La fête est gâchée, définitivement. Des maisons par centaines. Partout. Partout. Partout.
Vous voulez jouer les robinsons sur une île ? Passez votre chemin, vous n’êtes pas au bon endroit. En fait de robinson, vous n’aurez pas seulement Vendredi à vos côtés, vous aurez  également tous les jours de la semaine, dimanche et jours fériés compris, la semaine des quatre jeudis et même le 29 février pour faire bonne mesure.
Certes, toutes ces maisons sont belles, souvent grandes, certainement très plaisantes, très agréables à vivre.
Tout est bien ordonné, propret, rangé, soigné. Trop parfait. Les pelouses trop bien tondues. Le bruit de tondeuses, je m'en passerais volontiers en navigant.

Trop c’est trop.
Quel dommage ! Quel gâchis !
En ce moment, la plupart des habitations ont les rideaux tirés, les vacances ne sont pas pour tout de6 0021-copie-1 suite. Je n’ose pas imaginer l’ambiance de tels endroits en plein été. Je me suis laissé dire que la circulation des bateaux à moteur y est pour le moins intense et il faut vraiment faire très attention dans ces chenaux étroits. Les norvégiens aiment beaucoup les bateaux à moteur. Pas besoin de permis pour les conduire, même les enfants y ont droit. Donc il y en partout. Aujourd’hui dimanche ensoleillé, mon proche environnement a été envahi toute la journée par un nombre incalculable de ces embarcations. Je passerai sous silence les comportements de certains, je dirai juste que j’ai arrêté de dire bonjour quand j’en croise d’assez près, les réponses étant trop rares.


6 0005 Depuis les environs de Bergen, j’ai perçu fortement à quel point le pétrole de la mer du Nord dans les eaux territoriales norvégiennes avait amené de la richesse dans ce pays. Si cela n’est pas vraiment perceptible dans le Nord, passé Bergen, c’est criant. Dans une discussion, mon interlocuteur m’a dit que, à priori, dans ce pays tout le monde peut s’acheter un logement, une maison généralement. Effectivement les immeubles d’habitations sont assez rares (je ne sais pas ce qu’il en est à Oslo, la capitale).
D’après cette personne, le standard pour une famille "moyenne" est d’avoir une résidence principale, une maison de vacances, au bord de l’eau de préférence, deux voitures, un bateau et souvent en plus un camping car.
On sent bien cette opulence, cette richesse tellement présente, tellement évidente.
"On est trop riches, m’a-t-il dit, et plus les autres pays ont des problèmes économiques et plus on s’enrichit".
Lors d’une autre discussion, on m’a annoncé, sans sourire: "Nous, entrer dans l’Europe ? Hors de question ! Nous n’allons quand même pas payer pour les autres qui sont plus pauvres !"
Je ne sais pas si c’est un sentiment très répandu mais si ça l’est, pauvre pays, si je peux dire.
Alors, quand je passe devant cet étalage de richesses, ces maisons tellement soignées, ces bateaux regorgeant de puissance amarrés aux pontons privés, je n’envie pas ces gens.
Je trouve que tout ça manque de fantaisie, de désordre.
Et tous ces gens que j’ai croisés sur l’eau aujourd’hui dans leurs véhicules automobiles flottants, à quoi pensent-ils ? Je n’en ai pas vu un seul, pas un qui avait l’air d’être heureux et content d’être là, sur l’eau, sous le chaud soleil de juin qui annonce un bel été.
Peut-être bien, ou plutôt peut-être mal, que le pétrole les empêche de voir les étoiles la nuit dans le ciel, peut-être qu’il tue le rêve.
Mes amis Rita et Jan-Peter ont deux maisons, deux voitures, un bateau et un camping car. Dans la norme. Nous avons beaucoup discuté Jan-Peter et moi. Il est bien conscient de la situation et un jour il a évoqué que l’idée du départ en voilier lui trotte dans la tête. Aux dernières nouvelles, ils vendent leur maison de vacances....
Alors voilà, après un séjour de dix mois, j’ai quitté la Norvège aujourd’hui avec un sentiment mitigé, particulièrement concernant le sud du pays.
J’aime beaucoup le nord avec sa nature rugueuse, authentique, ses habitants qui me semblent plus abordables que ceux du sud. Je pense qu’il se mérite. Ses hivers sont longs, sombres avec ses nuits interminables, insupportables pour beaucoup. J’ai aimé cette période passée aux îles Lofoten. Les lumières incroyables dans le ciel aux variations infinies, les aurores boréales qui me laissaient parfois dans un état de béatitude pendant de longs moments tellement le phénomène paraît irréel, les orques qui m’ont attiré dans cette région et qui ont été aux abonnés absents. Je n’ai pas aperçu le moindre aileron de ces magnifiques mammifères marins, les harengs ne sont pas venus dans le fjord cette année et donc ce grand prédateur qu’est l’orque est aussi allé ailleurs. Je n’en ai ni regret ni frustration, même s'ils n'étaient pas là ils m’ont énormément apporté en imagination, en rêve. Et bien qu’ils aient été absents, leur apport m’a été bien réel, je peux vous l’assurer.
Alors si un jour je reviens dans ce très beau pays, ce sera dans le nord sans aucun doute mais j’ai bien peur que ce ne soit pas pour tout de suite: ça ne sera pas avant que la Norvège ait pris la décision d’arrêter la chasse à la baleine. Cette chasse indigne (mais existe-t-il une chasse digne ?) qui aura été en travers de mon esprit pendant tout mon séjour au point que je me suis souvent demandé si j’avais eu raison de venir dans ce pays. Je sais maintenant que je n’irai ni en Islande, ni au Japon et ni aux îles Féroé (où on s’amuse à massacrer les globicéphales).

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Pour terminer, une anecdote et deux informations.

Baltic est très en colère contre moi.
Hier soir le bateau était amarré à un ponton et trois bergeronnettes grises, deux adultes et un jeune, ont élu domicile sur VoLuMondu. Et pas sur les autres bateaux voisins. Non, sur le seul bateau où il y a un chat. Et je me perche sur un cordage, et je me promène sur le pont ou le ponton, et j’irais bien voir comment c’est à l’intérieur....

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Si c’est pas de la provocation ça pour ma Baltic, elle qui, il y a quelques jours se serait bien attaqué au premier cygne qu’elle ait jamais vu...
Bon, elle est jeune et pour la stratégie de chasse c’est pas encore au point. Le chat est là et les oiseaux dansent...
Et à 4 heures du matin je suis réveillé par des piaillements au pied de mon lit: Elle a attrapé la jeune bergeronnette. Je ne vais quand même pas la féliciter parce qu’elle sait maintenant faire ce que tout chat est censé savoir faire. Et puis, le petit oiseau a l’air encore en bon état (pour combien de temps ?) donc pas question qu’elle le croque là devant moi. Et l’ami des bêtes de sévir une nouvelle fois et de remettre l’oiseau dehors qui n’en demandait pas tant et s’en va retrouver ses parents qui l’attendaient posés sur le panneau solaire et qui piaillaient de joie de le retrouver.
Bon, celle qui ne miaulait pas de joie, je vous laisse deviner qui c’est. D’autant moins que j’ai fermé le bateau pour l’empêcher de sortir et de recommencer...
Pas contente du tout, mais alors pas du tout !

Les deux informations concernent les baleines:
Une bonne pour commencer: L’Australie a porté plainte devant un tribunal international contre le Japon pour chasse illégale à la baleine dans les eaux antarctiques. Enfin quelque chose va peut-être bouger pour mettre un terme à cette ignominie.
La deuxième, que je ne peux pas qualifier de bonne, concerne la baleine grise dont je vous ai déjà parlé dans ce blog et pour la protection de la quelle j’ai sollicité une action de votre part.
Une baleine grise a été vue près des côtes israélienne.
Des baleines en Méditerranée il y en a, mais pas des baleines grises. Les populations de baleines grises de l’Atlantique ont été exterminées il y a plus de 300 ans et, à ma connaissance, il n’y en a jamais eu en Méditerranée.
Alors une baleine grise dans ces eaux-là, c’est bien plus étonnant que si vous rencontriez un ours blanc et un gorille avec lunettes de soleil et casquette à l’envers en train de discuter dans votre jardin en sirotant un apéro.
Selon certains, elle serait venue depuis le Pacifique en passant par le passage du Nord Ouest (au nord du Canada) libre de glace pendant l’été dernier et se serait dirigée vers le sud comme elle l’a toujours fait dans le Pacifique et aurait "tourné à gauche" pour entrer en Méditerranée comme elle l'aurait fait dans ses eaux habituelles pour aller dans les lagunes mexicaines. Un parcours incroyable probablement effectué en recherche de nourriture.
Aux dernières nouvelles d’aujourd’hui 6 juin, elle a été vue au large de Barcelone. D’après photo-identification, il s’agirait du même individu.

Souhaitons lui bon voyage, en espérant qu'elle retrouvera rapidement ses congénères.

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"Je ne vois pas de délégation de nos Frères à quatre pattes.
Je ne vois pas de siège pour les Aigles.
Nous oublions et nous nous croyons supérieurs.
Mais nous ne sommes en fin de compte rien de plus qu'une partie de la Création. Et nous devons réfléchir pour comprendre où nous sommes situés.
Nous sommes quelque part entre la montagne et la fourmi.
Quelque part et seulement là comme une partie et parcelle de la Création."
Oren Lyons Iroquois Onondaga.
Extrait d'un appel aux organisations non gouvernementales des Nations Unies - Genève - Suisse - 1977.

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"La nature est lente mais sûre.
Elle ne travaille pas plus vite qu'elle n'a besoin de le faire.
Elle est la tortue qui remporte la course de la  persévérance."                                                                                                 

Henry David Thoreau
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"C'est une triste chose de penser que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas."
Victor Hugo
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"Qu'est-ce qu'en général qu'un voyageur ? C'est un homme qui s'en va chercher un bout de conversation au bout du monde."
Barbay d'Aurevilly
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" Faites ce que vous êtes capables d'effectuer ou croyez pouvoir faire. L'audace est porteuse de génie, de pouvoir et de magie."
Goethe

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"Si la cruauté humaine s'est tant exercée contre l'homme, c'est trop souvent qu'elle s'était fait la main sur les animaux. Tout homme qui chasse s'endurcit pour la guerre."
Marguerite Yourcenar
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"Il faut sauver les condors. Pas tellement parce que nous avons besoin des condors, mais parce que nous avons besoin de développer les qualités humaines pour les sauver. Car ce seront celles-là mêmes dont nous aurons besoin pour nous sauver nous-mêmes."
Mac Millan, ornithologue du XIXe siècle
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