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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 23:00

Presqu’en mer  parce que cette île, comme des milliers d’autres dans ces archipels, n’a pas d’horizon autour d’elle. Ou plutôt l’horizon est remplit d’îles, d’îlots, de rochers, de cailloux. Souvent à perte de vue.
Mais qu’est ce qu’elle est belle !
3 km de long, environ 1 km dans sa plus grande largeur, encore que cela ne signifie pas grand chose tant ses côtes sont découpées, échancrées de profondes baies, magnifiques ports naturels abrités de tous les vents.
Ils ne sont que 10 habitants dont 2 enfants à profiter toute l’année de ce petit paradis. Nettement plus lorsque les journées rallongent et que la température escalade les sommets du thermomètre.
Invasion estivale ? Pensez donc ! Pas d'hôtel, pas de camping, pas de boutique à souvenirs, pas de bar. Juste une petite buvette, un restaurant et une petite boulangerie. Le tout ouvert à peine plus d’un mois.
Même pas une église, c’est vous dire.
Ils sont heureux ceux qui vivent ici. Ils l’ont choisi cette vie insulaire faite de calme, de tranquillité, de sérénité, de silence.
Probablement la plupart d’entre eux ne voudraient pas vivre ailleurs ou ne pourraient pas.
Elle est presqu’en mer parce que la grande terre est à moins de 10 km, mais que de détours pour l’atteindre, que d’obstacles terrestres à contourner. Avec des grandes jambes, on pourrait traverser à pieds secs, comme s’il s’agissait de franchir un petit ruisseau. Mais ici, pas de souci, les pierres ne sont pas branlantes et vous ne risqueriez pas de vous retrouver avec un pied trempé.
Presqu’en mer mais c’est tout de même une île, une vraie avec l’isolement que cela sous entend.
On ne va pas faire ses courses tous les jours. C’est toute une équipée.
On prend son bateau et après 20 à 30 minutes de zigzag, changement de véhicule pour rouler 40 minutes et atteindre la ville. Même chose au retour.
Zut, j’ai oublié les allumettes !
Mais l’hiver, et Dieu sait s’il est long sous ces latitudes, le nectar estival peut se transformer en soupe nettement plus amère.
Parsque là, elle est véritablement en mer, coupée de la vie terrienne par les vents forts, très forts certains jours, et le froid qui transforme rapidement ce dédale aquatique en labyrinthe gelé. Glace souvent trop épaisse pour utiliser les bateaux et trop mince pour se déplacer dessus.
Certes, ce n’est pas comme cela tout l’hiver, mais quand ça arrive, .....
Oui, quand ça arrive, il est là le paradis. Non, pas l’enfer, puisqu’ils l’ont choisi.
Comme mes amis Maria et Jesper.
Il y a un peu plus de 2 ans, dès qu’ils ont pu avoir internet dans ce qui était jusqu’alors leur maison d’été, ils ont déplacé leur bureau et sont venus s’installer à plein temps dans cet environnement de verdure et d’eau. Le paradis.

100 m, 50m, il ne m’a toujours pas vu, il baisse la tête pour saisir une touffe d’herbe, j’en profite pour avancer encore un peu, il me regarde, je suis figé comme un évadé du musée Grévin. Pas de danger, il continue à brouter. Je me laisse dériver, il se déplace dans ma direction puis s’immobilise, tous sens en alerte. Après m’avoir observé, les oreilles telles des radars et le regard interrogateur, le daim s’enfuit sous le couvert des conifères.
Quel privilège de pouvoir se trouver dans une telle situation!
Ma première randonnée en kayak a été un pur régal.



Le bateau amarré le long d’un ponton, la situation est idéale pour sortir mon kayak de la soute dans laquelle il se trouve depuis mon départ.
Les 3 sacs sont sur le quai, vite ouverts, et un moment plus tard, les 5 m de cette merveilleuse embarcation peuvent s’étirer après ce long sommeil hivernal.
Vous avez déjà remarqué comme c’est beau un kayak ? même posé sur un ponton .
C’est une invitation à s’asseoir sur l’eau, à même la surface et à glisser dessus en silence.
Ma navigation du jour sera le tour de l’île et, 5 minutes après les premiers coups pagaies, la pluie s’invite à la réjouissance, battante. Pas une invitée surprise, ces gros nuages noirs  là-bas dans le sud ouest, l’ont annoncée. Heureusement j’ai l’équipement adéquat, d’autant plus qu’il doit faire une
douzaine de degrés, à peine.
Je longe tout d’abord le port et ses garages à bateau en évitant la belle roselière à tribord.
3h30 pour faire le tour de ce morceau de terre en entrant dans chaque échancrure, dans chaque baie, royaume des oiseaux de mer et, dès la rive atteinte, celui des oiseaux terrestres.
Je suis dans un environnement musical:
- à droite les cris stridents de la sterne arctique, krî-err, kiri-kiri, kikikikik,.... accompagnés par la voix rauque de la mouette rieuse: kouarr, krrièh, kouèk,... ou les aouk bas et rauque du goéland marin.
- à gauche les tchissic, tsilip, tsitsi,... de la toujours remuante bergeronnette grise, en coeur avec le merveilleux joueur de flûte qu’est le merle noir, chant mélodieux, sonore et varié
- au dessus, de passage, les jacassements gah-onk gahgah ouhnk de l’oie cendrée suivis de la plainte sonore cou-rou-oh de l’eider à duvet mâle et des korr-rrr râpeux de sa compagne.
Le tout en rythme avec les gouttes de pluie épaisse qui tambourinent sur la toile de mon kayak.
Silence ? Quel silence ?
Le silence, on le trouve presque dans les échancrures profondes de la côte, quand le merle veut bien la mettre un peu en sourdine.
Et les oreilles pleines de ce silence, alors vous envahissent les narines les odeurs mêlées d’algue et de mousse humide. La mer à la forêt. Ou la forêt au bord de la mer. C’est selon, selon que vous préférez sentir l’eau s’infiltrer entre vos orteils ou l’humus s’insinuer entre ces mêmes orteils.
Pas un souffle, pas une ride à la surface et là, à 2 m de l’eau, un mouvement furtif, une ombre mouvante, est-ce un chevreuil, est-ce un daim ? Probablement un daim avec ses bois encore courts et son croupion blanc.
Dans ce spectacle au décor en perpétuel changement, ne manque qu’un acteur, le phoque qui rôde dans ces eaux. Il ne s’est pas montré aujourd’hui, probablement resté avec ses congénères dans leur colonie rocheuse à quelques milles de là ou bien en train de se repaître de quelques saumons ou harengs.
A la fin des années 1920, il y avait des dizaines de milliers de phoques dans les proches environs et les habitants de ces îles ne se sont pas privés de les chasser pour leur peau et leur graisse.
Vers la fin des années 1940, la chasse s’arrêta du fait de la chute des prix des peaux et de  la graisse.
Dans les années 1960-70, le stock de phoques de la Baltique a pratiquement disparu à cause de la pollution. et ce n’est que depuis les années 1990 que la population a recommencé à grandir. Leur protection est maintenant bien sûr totale et la zone où se trouve leur colonie ne peut être approchée à moins d’un kilomètre.
Mais parfois, il arrive que certains d’entre eux viennent se promener dans les alentours de l’île, si ce n’est dans le port même, ou de préférence dans les filets des pêcheurs, c’est tellement plus facile pour un petit casse-croûte en passant.

Bon, les pagaies me démangeant plus que le clavier d l’ordinateur, un petit tour sur l’eau m’appelle.
Et qui sait, peut-être qu’il sera là, pour me dire bonjour en passant....

Pas vu de phoque et la balade était quand même très belle.
Je l’aime bien cette île et mon escale prévue pour une nuit a duré 6 jours.
Et puis, il faut bien repartir un jour.
Ça n’a pas été facile pour moi mais, je ne m’y attendais pas, Vò lu mondu ne voulait pas quitter cet endroit qu’apparemment il appréciait aussi.
A peine les amarres larguées, pas moyen de mettre l’étrave dans la direction du départ !
Il y avait un petit vent de côté et le bateau s’est mis à dériver latéralement.
J’ai essayé de reculer au maximum pour prendre de la vitesse en avant et tourner. Pas moyen ! Têtu ! Comme un âne corse !
Pas beaucoup de place pour manoeuvrer et la dérive qui continuait en m’amenant vers le fond de cet espèce de petit fjord étroit et peu profond.
J’ai bien essayé de le raisonner, de lui dire qu’on avait encore plein de belles choses à voir, à découvrir, à rencontrer, et que, promis juré, je l’emmènerai un jour dans des mers plus chaudes, rien à faire, il n’en faisait qu’à sa tête.
Mais le bélier a la tête dure et l’histoire s’est terminée.... en marche arrière !
C’est bien connu que les p’tits bateaux n’ont pas de jambes, mais preuve est faite qu’ils peuvent cependant mettre les pieds au mur !
Et pour une fois, le bateau était manoeuvrant en reculant, ce qui est loin d’être toujours le cas.
Donc, 200 m en marche arrière avant d'avoir la place pour se remettre dans un sens plus habituel.
Non mais, qui c’est qui commande ?
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"Passer sa vie à cheminer le long d'une route droite, profondément encaissée entre de hauts talus, est faire médiocre usage des jours que le destin nous a accordés, tandis qu'ils peuvent être ensoleillés si l'on grimpe le talus pour flâner en liberté sur le vaste plateau qui le surmonte."
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"7 heures du matin peut être. Je n'ai plus l'heure et je m'en moque."
Paul-Emile Victor
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"La seule chose dont on soit sûr à l'avance de l'échec, est celle que l'on ne tente pas."
Paul-Emile Victor
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"Je ne vois pas de délégation de nos Frères à quatre pattes.
Je ne vois pas de siège pour les Aigles.
Nous oublions et nous nous croyons supérieurs.
Mais nous ne sommes en fin de compte rien de plus qu'une partie de la Création. Et nous devons réfléchir pour comprendre où nous sommes situés.
Nous sommes quelque part entre la montagne et la fourmi.
Quelque part et seulement là comme une partie et parcelle de la Création."
Oren Lyons Iroquois Onondaga.
Extrait d'un appel aux organisations non gouvernementales des Nations Unies - Genève - Suisse - 1977.

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"La nature est lente mais sûre.
Elle ne travaille pas plus vite qu'elle n'a besoin de le faire.
Elle est la tortue qui remporte la course de la  persévérance."                                                                                                 

Henry David Thoreau
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"C'est une triste chose de penser que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas."
Victor Hugo
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"Qu'est-ce qu'en général qu'un voyageur ? C'est un homme qui s'en va chercher un bout de conversation au bout du monde."
Barbay d'Aurevilly
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" Faites ce que vous êtes capables d'effectuer ou croyez pouvoir faire. L'audace est porteuse de génie, de pouvoir et de magie."
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"Si la cruauté humaine s'est tant exercée contre l'homme, c'est trop souvent qu'elle s'était fait la main sur les animaux. Tout homme qui chasse s'endurcit pour la guerre."
Marguerite Yourcenar
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"Il faut sauver les condors. Pas tellement parce que nous avons besoin des condors, mais parce que nous avons besoin de développer les qualités humaines pour les sauver. Car ce seront celles-là mêmes dont nous aurons besoin pour nous sauver nous-mêmes."
Mac Millan, ornithologue du XIXe siècle
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