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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 14:15

Les travaux envisagés sur le bateau ne seront finalement pas réalisés, il n’y a pas de loto ici pour en assurer le financement. Etant « descendu » jusqu’à Grenade, l’île la plus au sud de l’arc antillais, je « remonte » maintenant par petits sauts d’île en île jusqu’en Guadeloupe. Pas grand chose à vous raconter, je vous envoie donc quelques cartes postales qui, je l’espère, sortiront un peu de la froide grisaille hivernale ceux qui la subissent.

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Je dois avouer que je ne suis pas emballé par les paysages, exception faite des Tobago Cays dans les Grenadines, les ambiances et les mouillages bondés comme vous pouvez le constater sur les images.

Malgré cette foule de bateaux, les rencontres et les contacts sont rares. Même si j’essaie de l’éviter, je ressens une forte nostalgie pour ce que j’ai vécu auparavant en Scandinavie et Finlande, les mouillages innombrables et sauvages, les lumières magiques, toutes ces rencontres. Et ce ne sont pas les 30° de l’air et les 25° de l’eau qui arrivent à compenser… L’impression d’avoir commencé par le meilleur…

Pour terminer, quelques images d’animaux rencontrés dont des iguanes terrestres (sur les îlots des Tobago Cays). et ces rencontres-là sont très belles.

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© Marc Perrussel

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 18:39

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Deux mois pour aller de Bordeaux jusqu’en Martinique, cinquante jours en mer avec une escale aux Canaries et un court arrêt technique dans l’archipel du Cap Vert, ça méritait bien de se reposer un peu. Et déjà un mois écoulé aux abords de cette île. Le temps passe tellement vite, même quand on n'a pas un emploi du temps bien rempli, même si on fait ce qu’on veut quand on veut ou à peu près.

Les fêtes de Noël et du jour de l’an (BONNE ANNEE À TOUS !!!) sont passées très très vite, de même que le séjour de Camille, ma fille, venue me rejoindre pour dix jours.  Trop vite passé et un grand vide après son départ.

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Déjà quinze jours au mouillage dans la belle Grande Anse d’Arlet, entre le Marin et Fort de France,  balades à terre ou en kayak, observation des tortues vertes qui maraudent entre les bateaux, entretien du matériel, visites aux nouveaux bateaux-copains, toujours pas rencontré l’ennui.

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        © Marc Perrussel

Et pas mal de temps utilisé pour imaginer la suite du sillage de Vo Lu Mondu… 

Dans un premier temps, je vais partir au sud, jusqu’aux Grenadines où j’envisage une modification à l’arrière du bateau, installation d’une jupe et de deux dérives pour améliorer la stabilité de route qui n’est pas le point fort du bateau comme j’ai pu m’en rendre compte pendant la traversée de l’Atlantique. Pour cela il me faut un chantier naval pour sortir le bateau de l’eau et faire le travail au sec. Il y a bien sûr la possibilité de faire ça en Martinique mais rien que le coût de la mise à terre est rédhibitoire.  Donc cap au sud pour environ trente six heures de navigation.

La partie en couleur sera rajoutée à l'arrière du bateau K- Mercator 105 - allongement CP

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        © Camille Perrussel

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 21:17

Apparemment  vous avez été nombreux à apprécier de pouvoir suivre la progression de Vo Lu Mondu grâce à la balise de suivi par satellite.

Vous avez pu voir le bateau au milieu de l’océan et son avancée plus ou moins rapide, ou lente, sur la route du levant au couchant.

Pour que vous ayez une vue d’ensemble de la belle trajectoire tracée depuis l’estuaire de la Gironde (18 octobre)  jusqu’en Martinique (16 décembre) avec les deux escales, les îles Canaries et l’archipel du Cap Vert, voici ce qu’a donné la juxtaposition de tous les points relevés par le satellite. Il me semble qu’il m’aurait été difficile de faire une route plus directe.

Distance totale parcourue : 4508 milles nautiques, 8357 kilomètres. 43 jours en mer.

Pfffff ! ça fait quand même un bon bout de chemin…

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 18:46

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Ces deux jours d'escale imprévue à Mindelo, archipel du Cap Vert, nous ont permis de refaire les pleins d'eau et de gasoil, tout le monde aura ainsi sa part de liquide pour la traversée, en espérant que le moteur n'aura pas trop besoin d'être abreuvé. Je me méfie cependant vu le contentieux tenace et durable que j'entretiens avec Eole...

La durée de cet arrêt a été très courte, cependant elle nous a permis d'avoir un tout petit aperçu de ce monde à part que constituent ces quelques îles pelées au large de l'Afrique. Monde à part pour moi parce que je ne saurais où le placer, ce n'est pas l'Afrique même si certains côtés pourraient le faire penser, ça n'a rien à voir avec l'Europe alors qu'on pourrait à priori penser y trouver des traits communs avec le Portugal dont l'archipel était une possession. Même la langue est différente, mélange de portugais et de créole.

On ne peut pas dire que Mindelo, deuxième ville du pays, donne une impression de richesse, même le marché ne croule pas sous la variété des produits, fruits et légumes. Absolument rien à voir avec l'opulence de celui de Las Palmas.

Peu de touristes ici, il faut aller sur d'autres îles, Teneriffe, Lanzarote ou Fuerteventura pour les rencontrer. Pas de belle plage sur São Vicente...

A Mindelo, les touristes, c'est nous, les gens de bateau, de passage sur la route du Brésil ou des Caraïbes. Résultat, depuis quelques années il y a une marina à Mindelo, fort contraste avec le niveau de vie apparent de l'île. La marina est gérée par des européens pour principalement des clients européens avec des tarifs (en euros) au niveau européen. Et business is business ! Exemple, 4 € par 24h pour pouvoir attacher son annexe à un ponton si on est au mouillage dans la baie. Il y a effectivement un excellent mouillage juste devant la marina en question. Et gratuit ! Alors pourquoi se mettre à une place chère au ponton pour en plus se faire bien secouer car à cet endroit il y a un fort ressac ? Non, on est bien mieux un peu au large, le bateau accroché à son ancre.

Les fichiers météo indiquent que les alizés sont bien établis ce qui est une bonne nouvelle pour tous ces oiseaux migrateurs en route vers l'ouest.

Départ en milieu de journée en même temps que deux autres bateaux beaucoup plus rapides que Vo Lu Mondu, ils disparaîtront très rapidement avalés par la ligne d'horizon.

Au crépuscule, petit cérémonial d'adieu de la bande de dauphins qui nous avaient accueillis à notre arrivée. Apparemment, c'est le même groupe, nous reconnaissons l'un d'eux qui a une cicatrice bien visible. Après une très jolie figure de l'un d'entre eux en signe de « bon voyage », ils s'éclipseront tous en même temps. La voie vers le couchant nous est désormais ouverte.

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Peu après la tombée de la nuit, le vent s'évanouit presque complètement, nous avançons à moins de deux nœuds et surtout, comme il y a un clapot assez conséquent, le bateau roule d'un bord sur l'autre ce qui provoque des claquements très violents de la grand voile, le bateau en tremble du haut du mât jusqu'aux saumons des quilles. A chaque fois, c'est comme si on me donnait un très fort coup de poing dans le ventre, je le ressens vraiment physiquement. Insupportable !

Deux solutions possibles : affaler la voile, ce qui nous condamne à nous arrêter et être encore plus secoués, ou avancer au moteur.

La première solution serait quasiment inacceptable pour moi, j'ai déjà vécu trop de moments sans vent, j'aurais l'impression de vivre un début de cauchemar avec une traversée de plus de deux mille milles qui pourrait durer une éternité.

La deuxième solution paraît tout aussi insupportable pour Véronique qui a une sainte horreur du bruit du moteur.

Je suis vraiment face à un dilemme pendant un moment, je me dis à ce moment-là que la navigation en solitaire facilite parfois la prise de décision...

Et puis un coup de poing de plus dans le ventre me fait tourner la clé libératrice. Quelques heures plus tard, nous avons un peu avancé, j'ai bien dormi, Véronique beaucoup moins, le vent est revenu,

je tourne la clé dans l'autre sens, le silence se fait; les voiles nous déhalent sur le bon cap.

J'écris ces lignes une semaine après le départ et depuis le moteur n'a tourné que deux fois pour recharger les batteries, au grand dam de Véro qui aimerait bien que le panneau solaire et l'éolienne soient plus productifs. Mais bon, c'est comme ça, on fait avec ce qu'on a.

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7ème jour.

Les alizés sont bien présents et même assez puissants, jusqu'à 30 nœuds par moment, et la grand voile est le plus souvent sous un à deux ris. Nous avançons bien, toujours au vent arrière, dans la bonne direction. Cent quarante cinq milles ces dernières vingt quatre heures, un peu plus de six nœuds de moyenne. Magnifique ! La mer est par moment agitée avec une houle de trois à quatre mètres mais cela ne pose aucun problème. L'inconfort vient principalement du fait qu'il y a parfois, assez souvent, des vagues croisées  qui nous secouent un peu dans tous les sens. Heureusement les formes et le poids du bateau font que celui-ci a des mouvements assez doux.

Nous passons l'un et l'autre nos journées à lire ou à naviguer dans nos pensées, Véronique presque toujours dehors et moi la plupart du temps à l'intérieur. Nous parlons peu, surtout au moment des repas. C'est quasiment une navigation de deux solitaires sur un même bateau. L'avantage que je trouve à cette navigation en duo c'est que je peux dormir plus longtemps, mon sommeil est moins fractionné, même si il n'est jamais profond, toujours à l'affût et à l'interprétation des bruits environnants, prêt à passer en un instant de la couchette au cockpit ou sur le pont pour une manœuvre urgente si nécessaire, comme la nuit dernière où j'ai entendu un poisson volant s'échouer sur le pont et je me suis levé pour le remettre dans ses éléments naturels, eau et air. Ils n'ont pas tous cette chance et chaque matin il y en a trois ou quatre desséchés sur le pont. Trop petits pour être incorporés à nos repas. Ah si, il y en un autre qui s'en est bien tiré : il est passé par un hublot et a « atterri » sur mes jambes pendant que je dormais. Ça m'a réveillé bien sûr et je lui ai prestement montré le chemin inverse après lui avoir expliqué qu'on ne rentrait pas chez les gens comme ça sans y être invité, en pleine nuit, par la fenêtre en plus, et sans même avoir le correction de taper à la porte.

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8ème jour

La nuit a été bonne, bien dormi.

Bon, aujourd'hui, j'ouvre la boulangerie, il va y avoir de l'eau à la bouche des occupants du bateau d'ici un bon moment. A chaque fois que je plonge les mains dans la farine, j'envoie mentalement tous mes remerciements à Gilbert, boulanger du côté de Dax , qui m' a fait profiter d'une partie de  son expérience en me dévoilant quelques petits trucs. Le tour de main qu'il ma appris, et que j'avais scrupuleusement noté, nous permet d'avoir régulièrement une belle miche de pain frais et savoureux. C'est nettement plus de travail qu'avec une machine à pain (que je n'ai pas dans le bateau) mais le résultat est incomparable. Merci Gilbert, ton mirliton ne se débrouille pas trop mal. J'en profite pour te saluer.

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9éme jour

Jour important car nous venons de passer du stade du « déjà » au « plus que », c'est à dire que nous avons déjà parcouru mille cinquante milles et qu'il ne nous reste plus que mille cinquante milles à parcourir. Alors que jusqu'à maintenant on s'éloignait de l'archipel du Cap Vert, maintenant nous nous rapprochons des Antilles. Le hic c'est que nous venons de passer ce seuil... au moteur. Les alizés ont disparus, se sont évanouis. Plus rien, plus le moindre reste de petit zéphyr. Vo Lu Mondu se dandine très mollement sur des petites collines de liquides à l'aspect visqueux, une mer d'huile qu'ils appellent ça.

Combien de temps cela va-t-il durer ?

De plus il commence à faire chaud, plus de 30° à l'extérieur et un peu moins à l'intérieur de la coque.

Petit arrêt baignade. Température de l'eau : 25°

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Nous avons aussi atteint le stade du « plus de ». A part des oranges, des citrons, des pommes de terre et des oignons, plus de légumes et de fruits frais. Les dernières bananes vraiment trop mûres sont allées régaler les poissons volants qui s'enfuient à tire d'ailes à notre approche. Est-ce que les poissons volants aiment les bananes ? Telle est la question...

Ah si, il reste la courge achetée à Bordeaux avant de partir. Je comptais la consommer sur la route des Canaries, ce que je n'ai pas fait finalement. Elle est entière et toujours intacte. Il va bien falloir se résoudre à manger cet aliment actuellement de saison en France mais plus vraiment sous ces latitudes tropicales.

On va essayer de faire preuve d'imagination pour reporter Halloween en période estivale.

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11ème  jour

Au menu du jour, blues (pas la musique), spleen, mélancolie et déprime. Eh oui, ras le bol généralisé en ce qui me concerne.

La cause de tout ça ? Ce n'est pas nouveau pour moi, c'est le moins que je puisse dire, le manque de vent.

Après environ quarante heures de moteur, un petit alizé asthmatique s'est réveillé et nous propulse, si je peux dire, à la vitesse ébouriffante de trois nœuds à trois nœuds et demi. Le grand génois léger que j'ai rajouté cette année à la garde robe du bateau fait ce qu'il peut mais il ne peut fabriquer du vent. Le prochain achat sera un énorme ventilateur !!! De plus, il y a une houle qui nous arrive par le travers et le bateau roule d'un bord sur l'autre ce qui est pour le moins désagréable et inconfortable au possible. Et comme le vent n'appuie pas suffisamment sur la grand voile, à chaque coup de roulis celle-ci claque violemment  en secouant le gréement dans son entier, je souffre physiquement pour lui à chaque fois. Plaisir niveau en dessous de zéro.

Il nous reste encore un peu moins de neuf cent milles à parcourir et, si la situation reste stable, il nous faudra encore onze à douze jours de mer avant d'apercevoir notre but la Martinique. Une telle perspective, bien évidemment, ne fait rien pour améliorer mon état moral du jour.

Et, comme lors de mes navigations passées, je me dis : « Pourquoi cette persistance de manque de vent, élément indispensable pour nourrir les ailes de Vo Lu Mondu, élément indispensable pour la satisfaction des navigateurs ? Pourquoi ? »

Bien sûr, tout le monde rencontre des périodes de calmes plus ou moins plat, mais quand j'évoque à quel point je suis soumis à ce phénomène, personne, absolument personne n'imagine que ça soit possible. Et immanquablement, on me demande quand je pars pour ne surtout pas y aller au même moment.

Finalement, je pense que je commence à faire une vraie fixation là-dessus. Va falloir faire quelque chose pour changer ça, à défaut de gros ventilateur.

En fait, je me rendrai compte deux jour plus tard que l'autre cause importante de ce coup au moral est que, une fois passée la mi-course, je me suis mis à penser à l'arrivée. Et comme je trouve que ça ne passe pas  bien vite et que la route est encore bien longue, ce n'est pas top pour voir la vie en rose.

J'essaie de changer cet état d'esprit et de me dire que l'important c'est maintenant, c'est le chemin et pas le but. Celui-là, il sera au bout de ce chemin. Ça aide bien finalement de voir les choses de cette manière-là.

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La douche tropicale.

Un coup d'œil derrière le bateau comme souvent et cette fois je vois arriver un troupeau de blancs moutons (dommage, pas de bergère) détalant ventre à mer sur une surface liquide de plus en plus noire de seconde en seconde. La cause de cette débâcle ? Un énorme nuage libérant un très sombre et très épais rideau de pluie. Dans peu de temps nous serons drapés, enturbannés, emmitouflés dedans. Vite, réduire la toile, un ris puis deux dans la grand voile, enrouler un peu le foc, et, barre en main pour contrôler la trajectoire du bateau  propulsé par cette rafale aussi soudaine que puissante, je me retrouve trempé, dégoulinant de cette eau céleste, fraîche aux premières gouttes, et les premières furent très nombreuses, puis rafraîchissante ensuite puis tellement douce et agréable alors que nous baignons dans une touffeur par moment un peu pesante (près de trente degrés et plus de quatre vingt pour cent de taux d'humidité).

Une fois le bateau stabilisé, c'est LE moment, shampoing et savon de Marseille et à poil sur le pont pour la meilleure douche qu'il m'ait été donné de prendre. Se savonner sous des douces hallebardes puis évacuer toute la mousse sous la véritable cataracte de l'eau collectée par la grand voile. Hmmm! C'est bon. L'impression d'avoir nettoyé un tas de choses en plus du corps...

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Atelier voilerie au matin du douzième jour.

Lors de mon coup d'œil matinal au bateau, j'ai vu un problème sur le génois qui nous a vaillamment tiré cette nuit. Une sangle de renfort au point d'amure est coupée et le plus embêtant c'est qu'il n'est plus possible d'enrouler la voile.

Nous l'affalons donc, à la manière traditionnelle, c'est à dire comme on peut quand il y a un peu de vent, disons légèrement en chiffon puis elle est enfournée sur la couchette avant par le panneau de pont.

Inspection de la chose : à l'évidence un défaut de fabrication, un sertissage métallique au bord coupant a sectionné la sangle.

Donc un coup de lime pour adoucir l'agresseur puis déballage de la trousse de voilerie du bord : paumelle, poinçon, grosses aiguilles extraites de leur étui suiffé pour éviter la rouille et deux fils de diamètres différents. Et au boulot pour un bon petit moment... Résultat tout à fait satisfaisant à mon avis, il ne devrait plus y avoir de souci de ce côté-là.

Aujourd'hui voilier, hier bricoleur mécanique pour renforcer la poignée du moteur de l'annexe qui est à moitié cassée. On ne manque pas d'activité diverses et variées sur un bateau.

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Rencontres

Alarme des instruments pour signaler un intrus dans notre bulle de sécurité. Un voilier nous rattrape assez vite, probablement un catamaran. Je vois ses feux de navigation en haut du mât qui a l'air bien grand. Il est encore assez loin, deux milles, mais il nous vient droit dessus à dix nœuds. Je l'appelle plusieurs fois à la VHF, sans réponse. A surveiller sérieusement donc si il personne ne veille.

Quand il est environ à un mille, c'est lui qui m'appelle, il me confirme qu'il nous a bien vu, il change sa course de quelques degrés pour assurer un croisement de route en sécurité. C'est grand un océan et pourtant nos deux bateaux auraient pu se trouver exactement au même endroit au même moment. Boum ! Le choc, pas forcément glouglou mais de la casse certainement. Comme s'il n'y avait pas assez de place dans cette grande piscine. A-t-on plus de chances de gagner au Loto que de risques de collision au milieu d'un océan hors de toute route de trafic maritime ? Je n'en sais rien mais statistiquement parlant, il semblerait que l'un et l'autre soient possibles, sauf que dans un cas, bingo, on gagne et dans l'autre rien à gagner, tout à perdre.

C'était bien un catamaran français, en route pour les Antilles. Pas désagréable une petite discussion en pleine nuit. J'en profite pour demander les dernières prévisions météo.

 

Nouvel événement du même ordre la nuit dernière. L'AIS, cet appareil électronique de prévention des collisions a encore fait merveille. Quand j'avais eu connaissance de ce système lorsque j'étais en Suède, j'ai demandé à mon ami Jonas, qui en disposait d'un, ce qu'il en pensait, sa réponse a été : « c'est vraiment une assurance vie bon marché ». Tout était dit.

Donc cette nuit, le bi bi bip répétitif retentit pour avertir d'une intrusion dans notre espace de sécurité de six milles de diamètre autour du bateau. Effectivement, un cargo, dont la deuxième partie du nom est « bonheur », à destination de Singapour, (l'appareil nous donne ce genre de détails, y compris son cap, sa vitesse, à quelle distance il se trouve, et surtout à quelle distance ou proximité plutôt nous allons nous croiser et dans combien de temps. En l'occurrence, pour cette fois, ce n'est même plus de proximité dont on peut parler mais plutôt de collé-serré. Les deux bateaux semblent avoir une très forte affinité l'un pour l'autre.

Il est encore assez loin et j'ai l'intention de l'appeler à la radio pour vérifier que son AIS et son radar nous ont bien repérés. Je n'aurai pas besoin de le faire car je constate sur mon écran qu'il a modifié son cap de 10° pour nous éviter. Il passera 200m derrière nous puis reprendra sa course initiale.

Il était gros, très gros, surtout vu à si courte distance.

Une nouvelle fois, je n'en finis pas de m'étonner de ces rencontres potentiellement catastrophiques au milieu d'un océan. Nous ne sommes pas dans le rail d'Ouessant ou en Manche où se croisent chaque jour des centaines de cargos, porte-conteneurs, tankers et autres minéraliers, nous sommes dans une région de la planète qui est un véritable désert. Comment envisager qu'à un instant précis deux embarcations puissent se trouver exactement en même temps à un endroit tout aussi précis alors qu'il est fort probable que jusqu'alors personne n'est jamais passé très précisément sur ce point du globe ? Il faudra que je rencontre un jour un statisticien pour lui exposer le problème.

Mais quand même, que cela se présente deux fois en trois jours, je trouve ça totalement incroyable. Ça me donne finalement l'idée que je devrait peut-être jouer au Loto. On ne sait jamais avec les probabilités, fortes ou faibles...

Moralité, je continuerai donc à n'avoir qu'un sommeil delphinien, un seul hémisphère cérébral au repos et l'autre aux aguets, d'autant plus que Véronique dort très bien et n'entend pas les alarmes de nos consciencieux et insomniaques veilleurs de nuit.

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Visite surprenante :

Alors que la terre la plus proche est la Martinique à huit cent milles (env. 1500km), nous recevons une bien étrange visite : une aigrette s'est posée sur Vo Lu Mondu. Une belle aigrette d'un blanc immaculé montée sur de grêles échasses noires, le bec pointu comme un dard d'un jaune éclatant et deux boutons d'or en guise d'yeux. Je n'en ai pas la certitude mais on dirait bien une de ces aigrettes dites pique-bœuf  qu'on peut voir posées sur le dos des bovins. Absolument pas une espèce fréquentant le grand large ni même les eaux côtières d'ailleurs. Que fait-elle ici ? Je m'étonne qu'elle ait pu faire un aussi grand trajet, que ce soit depuis les Caraïbes ou depuis l'Afrique où elles sont légion. Elle avait l'air bien fatiguée, les plumes ébouriffées et cependant elle n'est restée que quelques minutes sur son nouveau perchoir flottant. Dommage, on lui offrait volontiers gîte et couvert. Mais peut-être que nous n'allions pas dans la direction qu'elle souhaitait.

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Enfin !

Quatorzième jour en mer et, enfin ! nous avons depuis cette nuit de vraies conditions alizéennes, environ vingt nœuds de vent de nord-est, une houle assez formée, un beau et chaud soleil et de gros nuages blancs bien rondouillards. Navigation rapide et confortable au vent arrière. Vo Lu Mondu paraît léger et fringant même s'il ouvre sa route avec puissance et détermination. La moyenne a considérablement augmenté, un peu plus de six nœuds ces dernières heures ; pas de pronostic annoncé sur la date possible d'arrivée, même si c'est tentant (moins de six cent milles à parcourir, je vous laisse faire la règle de trois si ça vous amuse), rien ne garantit que nous aurons ces belles conditions jusqu'au bout.

La journée d'hier ainsi que le début de la nuit n'avaient pas été bien drôles, pluies fréquentes qui nous obligeaient à fermer les hublots et la « porte d'entrée » ce qui n'était pas très efficace pour ventiler l'intérieur de la coque. Le vent nous a de nouveau lâchés, nous laissant seuls nous débattre avec une mer aux vagues totalement désordonnées, le summum de l'inconfort. La solution est venue, une fois de plus de la mécanique ronronnante ou vrombissante selon l'appréciation personnelle de chacun. Véronique en a profité pour tester l'imperméabilité de son ciré quasi neuf en restant des heures sous la pluie, et même en dormant un moment allongée dans le cockpit.

Finalement Eole a renvoyé son avant garde en début de nuit sous forme de grains sous de gros nuages noirs accompagnés de fortes averses. Après avoir bien bossé dehors à prendre des ris puis à les lâcher pour les reprendre juste après, je m'allonge satisfait avec la grand voile et le foc considérablement réduits, on ne va pas vite mais on s'en contentera pour passer une nuit tranquille.

Il est tôt, environ 18 h locale et cependant je m'endors sans dîner comme un bébé bien fatigué après sa journée à la crèche.

Réveillé deux heures plus tard par le bruit des voiles qui réclament un réglage. Vent à peu près stabilisé, mer un peu calmée, surface vélique augmentée, estomac satisfait par une boite de sardines, deux tranches de pain frais aux raisins et noisettes (merci Sonia pour les noisettes) couvertes de confiture des prunes de ma voisine Nadine et une orange canarienne, et retour à la couchette pour une longue et confortable nuit interrompue uniquement par les contrôles périodiques aux instruments et aux alentours (toutes les deux heures à tour de rôle donc quatre heures consécutives de sommeil, relatif et possiblement interrompu par d'éventuelles manœuvres en ce qui me concerne).

Et au réveil, merveille ! Ces belles conditions pour une belle journée pour faire du bon bateau.

Pourvu que ça dure comme disait la meuf à Napo...

 

Bon, on ne va pas se plaindre, ça a duré trois jours et en se renforçant en plus donc Vo Lu Mondu a bien allongé la foulée.

Une nuit quasiment blanche sous un ciel très sombre, de gros nuages pleins de très grosses pluies avec en même temps de fortes rafales, les aléas de la croisière...

Quelques jours ensuite avec un vent qui a pris du repos, ce qui a commencé à me faire trouver que la partie venait à durer un peu trop longtemps.

 

Dix neuvième jour.

TERRE ! TERRE ! Comme ont sûrement dit, soulagés d'être arrivés quelques part, les compagnons de fortune ou d'infortune de Christophe Colomb. C'était hier, il y à juste cinq cent vingt ans...

La montagne Pelée, point culminant de la Martinique, apparaît à l'ouest, droit devant nous. Cône volcanique typique, aperçu à près de quatre vingt kilomètres.

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L'ancre tombe dans la vase du Cul de sac du Marin à la nuit, à dix huit heures au milieu de centaines de bateaux, jamais vu un tel rassemblement.

Une assiette de spaghettis et tout le monde au dodo pour une nuit où je peux, enfin dormir complètement, ou presque. Il fait un calme absolu dans cette baie très fermée, le bateau est totalement immobile. Je me réveillerais bien deux ou trois fois mais pour mieux me rendormir ensuite.

Au matin du vingtième jour, vraiment content d'être arrivé, je vais pouvoir aller marcher, c'est probablement ce qui me manque le plus.

A peine plus de dix minutes à terre et voilà mon copain Eric avec qui j'ai rendez-vous pour Noël. Je ne savais pas où on allait se retrouver et voilà c'est fait par hasard. Bon, le Marin c'est pas franchement ce qu'on pourrait appeler une métropole, on en a vite fait le tour. Et puis pratiquement tout le monde fini par passer un bon moment au Mango Bay pour boire (enfin!) quelque chose de frais et surtout profiter d'une connexion internet.

En mer, il y a quelque chose qui n'existe pas (sauf dans les hautes latitudes avec les aurores boréales et australes), c'est la couleur verte. A part les protections de mes voiles, rien n'est vert. Pour moi, ça a été une vraie joie de découvrir depuis le large cette belle végétation tropicale avec une infinité de nuances dans les verts. Et pour ajouter à cette note bucolique, il y avait même des vaches à flan de colline.

L'accueil et l'ambiance sont vraiment sympas et décontractés, ce qui ne fait qu'ajouter au plaisir d'être arrivé « de l'autre côté ».

La deuxième nuit aurait pu être de la même veine que la précédente mais le vent en a décidé autrement et l'ancre a chassé, elle ne retenait plus le bateau, donc à trois heures du matin, branle bas de combat, tout le monde sur le pont, mille sabords, il fallu remonter l'ancre et arriver à la refaire s'accrocher dans la vase (trois tentatives) pour finir pas tranquille du tout cette nuit un peu rude. Le bateau reste le bateau, ce sont les éléments qui décident de votre vie. Toujours.

C'est la première fois que mon ancre chasse (c'est une Spade pour ceux que ça intéresse) alors que j'ai fait je ne sais combien de dizaines de mouillage et pas toujours dans des conditions faciles. Donc, méfiance au mouillage du Marin.

 

 

Navigateurs solitaires.

Lors de longues traversées comme celle-ci, beaucoup d'équipages, à un moment ou un autre finissent par vivre dans des conditions conflictuelles du fait de la proximité, du petit espace vital, du caractère de chacun qui se révèle (surtout les petits côtés irritants pour les autres). Les histoires de couples qui arrivent avec la décision ferme et définitive de divorcer ne manquent pas.

Le pari de partir avec une « inconnue » était plutôt risqué, je le reconnais. La semaine passée ensemble à bord pouvait donner une petite idée de ce pourrait être notre cohabitation pendant presque trois semaines mais ne pouvait donner de toutes façons toutes les garanties que tout se passerait dans la plus parfaite cordialité.

Eh bien, pas de mauvaises surprises. L'entente a été bonne et cela est probablement dû au fait que nous avons pratiquement navigué tous les deux en solitaires. Comme je l'ai déjà dit, Véronique a passé le plus clair de son temps à l'extérieur et moi une grande partie du mien à l'intérieur. J'aime aussi être dehors mais par moment et je n'arrive pas bien à me concentrer sur une lecture parce que je suis toujours à regarder tout autour alors que le paysage ne change pas aussi souvent que lors d'un Paris-Marseille en TGV.

Donc elle dehors et moi dedans. Et on se retrouvait au moment des repas qui étaient donc aussi l'instant des discussions, jamais très longues il faut le dire.

Sur le plan de la navigation, je reconnais que je n'ai pas beaucoup mis Véronique à contribution alors qu'elle n'a jamais rechigné à la manœuvre mais j'ai tellement l'habitude de le faire par moi-même...

La nuit, chacun avait son réveil programmé toutes les quatre heures pour faire un tour de ronde, même si je me réveillait bien plus souvent.

Donc ce n'était pas loin d'être une transat en SolitaireS.

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© Marc Perrussel

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 21:12

Les rythmes cubains du Buenavista Social Club qui occupent l'espace aérien du carré de Vo Lu Mondu s'accordent à merveille au balancement de la coque sur cet océan plus pacifique qu'atlantique qui nous porte vers les îles qui ne se rapprochent que très très lentement.

Le départ de Las Palmas s'est fait en fanfare avec une belle et bonne brise portante de 20 à 25 nœuds. Vo Lu Mondu, content de ne plus devoir tirer sur sa laisse terrienne s'en est donné à cœur joie dans des conditions de navigation qu'il n'avait jusqu'alors que trop rarement rencontrées, quelques heures à étirer un beau sillage jamais en dessous de 6,5 nœuds, parfois à plus de 8 nœuds sous grand voile à 2 ris et foc entièrement déroulé, glissades plaisir sous les étoiles. Nous avons bien fait de profiter de ce bel apéritif parce que la recette du plat suivant était accommodé à la douceur pour ce qui concerne le vent et avec quelques épices pour la mer. Donc pas toujours très digeste, du clapot désordonné alors que les voiles ne sont pas appuyées par le souffle qui leur donne leur raison d'exister. Rien de tel pour les centres de l'équilibre dans nos oreilles internes soient pour le moins perturbés, si vous voyez ce que je veux dire... Et comme après chaque retour en mer, s'en suivent 2 à 3 jours de manque d'appétit et d'une certaine apathie. Véronique n'est bien qu'à l'extérieur et moi à l'intérieur, allongé sur la banquette du carré.

Les Canaries sont derrière nous depuis 4 ou 5 jours, je ne sais plus, mais cependant pas très loin, nous avançons lentement, très lentement, souvent entre 2 et 3 nœuds, parfois accompagnés pour quelques heures par le ronron du moteur. Je suis très content de ma nouvelle voile, un grand génois léger, qui nous tire aussi bien qu'elle peut avec ce petit zéphyr dont elle se nourrit aussi goulûment que possible.

Plaisir à chaque fois renouvelé, se retrouver au centre d'un univers ceint par la grand cercle de l'horizon le jour et, la nuit, être le point de convergence de tous les rayons lumineux émis par les innombrables astres célestes. Nous apprécions tous les deux cette situation vraiment mise en valeur par les calmes environnants. C'est le désert océanique qui nous entoure, on est pas vraiment gênés par les voisins. Quoique. La nuit dernière, alors que depuis le départ nous n'avions aperçu qu'un voilier au loin, l'AIS nous a signalé un cargo qui venait droit sur nous, route de collision. Alors que nous trouvions encore à 4 milles nautiques (env. 7 kms), je l'ai appelé avec la radio du bord pour lui demander s'il nous avait bien repéré. Après sa réponse affirmative, nous avons constaté qu'il avait modifié sa course de quelques degrés pour passer suffisamment à l'écart de la notre. Le risque de collision dans ces contrées maritimes est absolument infime mais il existe donc quand même. C'est tout de même incroyable, alors que les routes ici ne sont pas tracées comme des longs rubans entre des lignes blanches et des rangées de platanes, alors que l'espace est quasiment infini, il est tout à fait possible que les 2 points minuscules que représentent 2 embarcations dans cet univers puissent se rencontrer de manière frontale.

Sans vraiment d'appréhension, je me demandais comment je vivrai une cohabitation dans le petit espace de mon île flottante avec une personne quasi inconnue. D'aucun dirait que c'était un pari très risqué de se mettre dans une telle situation, le très grand nombre d'histoires à problème vécues sur différents bateaux lui donnerait sûrement raison. J'y ai mes habitudes de navigation, de nourriture, de musique, d'ordre/désordre, j'y ai mon rythme de vie, je n'ose dire mes horaires. Le mutisme imposé par mon statut de solitaire ne me pose en principe pas de problème. Avec une autre personne à bord, tout peut être plus ou moins chamboulé ; y aura-t-il des grains de sable dans mes roulements bien huilés ? Ou alors, au contraire, cette huile n'en sera que plus fluide ? Décidément l'avenir aura toujours beaucoup de choses à raconter. Après ces quelques jours, alors qu'il n'est maintenant plus possible d'aller sentir, en cas de besoin, si l'air est plus respirable une fois passé le coin de la première rue, tout se passe bien entre les deux inconnus du bord. Pour ce qui est de la navigation et des manœuvres, Véronique, qui est une néo navigatrice, apprend très rapidement, aucune nécessité de répéter les choses plusieurs fois, tout est très vite intégré, c'est très rassurant pour moi.

Nos vies respectives sont relativement indépendantes, elle beaucoup dehors comme je l'ai déjà dit, et moi plutôt dedans bien que je commence à sortir un peu plus. Nous lisons chacun dans notre coin et nous ne parlons pas beaucoup, ni elle ni moi, sauf lors des repas qui se trouvent alors être nos principaux moments d'échange. Nous nous entendons bien et en fait nous ne nous gênons pas, ce qui est déjà très bien. Par ailleurs, nous avons tous deux retrouvé l'appétit et je n'ai jamais aussi bien mangé sur mon bateau, ce que, vous imaginez bien, j'apprécie au plus haut point.

 

Cinquième jour de mer (j'ai vérifié sur le journal de bord) et les conditions de navigations ont bien changées depuis le milieu de la nuit, elles sont parfaites maintenant. 15-20 noeuds de vent, voiles en ciseaux, vitesse du bateau 5,5-6 nœuds au vent arrière en ligne directe sur le point visé au large des îles du Cap Vert à partir duquel la trajectoire de Vo Lu Mondu deviendra franchement occidentale. Mais nous en sommes encore loin. L'océan est plutôt calme, peu de houle. La surface est parsemée de petites crêtes blanches, comme des blancs moutons en transhumance, nous les accompagnons, nous faisons partie du troupeau. Nul doute que ce soir l'étoile du berger veillera sur nous en compagnie du petit chien et du grand chien depuis leurs constellations célestes.

D'ici quelques heures nous allons couper la ligne du Tropique du Cancer, ça va commencer à sentir bon les cocotiers et le sable chaud. Pour l'instant nous nous contentons des parfums de goyave et d'ananas (pas en boite !) que nous avons à bord.

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Il me semble que la mer, au large, est un monde sans odeur sauf dans le bateau, senteurs de cuisine, des fruits qui se balancent dans leur filet au rythme des vagues et, moins agréable, relents de fond de cale, berk ! Heureusement, je ne vais pas souvent fourrer mon nez dans ces coins-là.

 

Sixième jour avec seulement l'horizon pour limite, décision est prise à l'unanimité des flottants présents de se dérouter vers l'archipel du Cap Vert pour une courte escale. La raison en est simple : l'eau que nous avons pris à Las Palmas a rapidement pris un goût désagréable, Véronique ne la supporte que bouillie et je sens depuis deux ou trois jours que mon appareil digestif ne la tolère que par bonne volonté. Donc arrêt au stand pour une histoire d'eau. Nous en profiterons pour refaire aussi un plein de légumes et fruits, sauf les oranges, je n'ai pas encore ingurgité les vingt cinq kilos. J'ai bien épluché la carte, jusqu'en Martinique, il n'y a aucune fontaine en bord de route à l'ombre d'un chêne, pas plus que de puits dans la cour d'une ferme au bout d'un chemin de traverse. Saint Exupéry disait: « le désert est beau. Ce qui embellit le désert, c'est qu'il cache un puits quelque part. » Il ne parlait sûrement pas d'un désert maritime comme celui qui nous entoure. Il est vrai que ce désert-là, s'il l'a traversé souvent dans son Latécoère de l'Aéropostale, ce n'était pas au ras des flots. Normal qu'il n'est donc pas vérifié si son affirmation valait également à l'ouest du Sahara. On ne lui en tiendra pas rigueur.

L'île que nous visons à partir de maintenant est São Vincente sur laquelle se trouve Mindelo la deuxième plus grande ville de ce petit état. Nous en sommes à environ 300 milles et le détour que cela nous impose ne sera pas très important. Comme le vent se la joue sur un tempo piano piano, il est probable que l'ancre de Vo Lu Mondu ne touchera pas le fond sablonneux du mouillage avant trois jours.


Neuvième jour Atelier couture ce matin : au programme, réalisation du pavillon de courtoisie des îles du Cap Vert. Pour ceux qui ne le sauraient pas, le pavillon de courtoisie fait partie des traditions de la Marine ; c'est un petit drapeau aux couleurs du pays visité que l'on envoie dans le gréement à tribord pour les voiliers et, comme son nom l'indique, est un signe de courtoisie à l'intention du pays hôte. Il est sensé rester en place pendant toute le séjour du bateau. Il y a à bord de Vo Lu Mondu un atlas géographique avec la représentation des drapeaux de tous les pays du monde, une machine à coudre et sa réserve d'aiguilles, du fil et un stock de tissus avec toutes les couleurs de base et la cordelette blanche. Pour notre très futur nouveau pays d'accueil, il faut du bleu, du blanc, du rouge (ça vous rappelle quelque chose ?) et du jaune. Fond bleu 20x30cm, une bande blanche 30x5cm, une bande rouge 30x2cm. Le tout en recto verso et disposé comme il faut. Pas vraiment compliqué à réaliser, bien que la précision soit un peu aléatoire avec les mouvements du bateau. Le plus embêtant étant de découper les dix petites étoiles jaunes représentant le nombre d'îles que compte cet archipel atlantique. Et après le repas de midi (tarte au poireau et lentilles corail accompagnée de tomates au basilic frais), atelier gommettes, ou plutôt comètes, il faut coller les étoiles sur le pavillon, trop petites pour être cousues. Le résultat est acceptable vu les conditions de réalisation; on dira qu'il est loin d'être beau mais qu'il sera beau de loin et c'est ce qui compte finalement vu sa destination finale à six ou sept mètres au dessus du niveau de la mer, que la marée soit haute ou basse.

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Moi j'aime bien réaliser ces petits drapeaux, d'autres se contentent de les acheter, je trouve ça moins poétique. Il me semble que cela participe à l'approche en douceur de ces terres qui se profilent devant l'étrave. En regardant tous ces petits drapeaux dans l'atlas, je me dis qu'il y a certains pays que je n'aborderai pas uniquement parce que le motif à reproduire pour la réalisation du pavillon est trop complexe, en particulier le Bouthan et le Swaziland. Les plus doués en géographie me feront remarquer que ces deux états n'ont pas de frontière maritime et ils auront tout à fait raison. Donc, pas grave, j'irai donc ailleurs, là où il n'y a pas besoin d'avoir de grands talents de dessinateur et de couturier.

Ce matin, Véronique avait piscine, et dans le grand bain s'il vous plaît, plus de 4000m de fond...

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Alors que nous en sommes encore à environ cinquante milles, les îles apparaissent en face de nous, moment toujours intense que cette apparition de la terre après des jours et des jours avec pour seul point fixe l'inaccessible horizon. Même si l'usage du GPS, par sa précision, a enlevé beaucoup de magie à la navigation, plus de sextant, de visée de soleil, d'étoiles ou de lune, plus de tables d'éphémérides accompagnées de savants calculs. Reconnaissons tout de même qu'il a amené une plus grande sécurité, même si une grande prudence est de mise dans son utilisation, ne cédons pas à la facilité qui peut être une fausse et dangereuse amie.

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Dixième jour Nous arrivons en vue de Mindelo en fin de matinée, lentement dans la continuité du rythme de cette traversée. Le comité d'accueil nous a envoyé quelques ambassadeurs dont la venue est toujours autant appréciée.

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Un p'tit jeune s'est bien éclaté en nous gratifiant, dans la mesure de ses précoces moyens, de quelques sauts spectaculaires dont les individus de son espèce (dauphins tachetés de l'Atlantique) sont friands.

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Bienvenus sur les terres de Cesaria, la Diva aux pieds nus, qui continue au dessus de ses îles rocheuses et pointues à chanter et enchanter son peuple. Saudade...

 

 

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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 21:49


Je me suis toujours dit que je traverserai un jour l’Atlantique en solitaire. Pourquoi en solitaire ? Je ne sais pas trop, je ne me suis pas vraiment posé la question. Peut-être que ça représentait l’Aventure, "l’épreuve" de trois à quatre semaines face à moi-même, être capable d’amener le bateau à bon port "de l’autre côté", comme une ligne importante sur un CV, c’est que ça vous classe le bonhomme quand même une transat en solo.

Je savais qu’aux Canaries, passage quasi obligé sur la route maritime entre l’Europe et les Caraïbes, il y aurait un certain nombre de personnes cherchant un bateau pour traverser cet océan en suivant la course du soleil et que, fatalement, je serai sollicité par des équipiers potentiels.

La question qui ne manquerait pas de m’être posée : « avez-vous besoin d’un équipier ? »

Réponse inévitable : « besoin, non, je me débrouille très bien tout seul. »

Et puis, pendant que Vo Lu Mondu ouvrait son sillage vers l’archipel canarien, l’idée de faire cette traversée en compagnie a fait son chemin et est devenue assez présente dans mes réflexions.

Ça a donné à peu près ça :

-     - non, je n’ai pas besoin de quelqu’un pour faire cette traversée certes longue mais à priori pas difficile. Il faut rejoindre les alizés vers le 20ème parallèle, pas loin des îles du Cap Vert, puis mettre le clignotant à droite pour se laisser porter par ces vents en principe réguliers qui vous amènent directement vers l’arc caribéen.

-     - Impossible d’être certain à cent pour cent qu’une cohabitation avec une personne inconnue (déjà pas gagné avec quelqu’un qu’on connaît très bien) pendant trois semaines minimum sur un petit bateau (et même un grand) se passera dans la plus grande sérénité. C’est qu’on ne peut pas vraiment descendre pour aller faire un tour et s’aérer l’esprit si nécessaire.

-    - J’ai fait du bateau stop une fois à Brest en 1996 (ce n’était pas pour une traversée mais pour un rassemblement de bateaux classiques) et ça a été un immense plaisir de naviguer sur un fantastique bateau historique (1892) plusieurs années de suite et de  rencontrer mon ami Jason, amitié toujours présente aujourd’hui. Et cela grâce à Glen, propriétaire de Marigold, qui a répondu positivement à ma demande d’embarquement comme équipier. Et maintenant, pourquoi ne pas offrir la même chose à quelqu’un ? J’ai un bateau, j’ai de la place, oui je crois que j’aimerais offrir un tel plaisir à quelqu’un. Restera une fois à quai à trouver "la bonne personne".

-    - Si l’idée fait finalement son chemin dans ce sens, je préfère attendre que la bonne opportunité se présente plutôt que de faire une recherche active. Laisser venir et voir…

-    - Je préfèrerais une équipière plutôt qu’un équipier. Les mecs ils savent toujours tout, toujours plus que toi, et je n’ai aucune envie qu’on vienne m’apprendre comment me servir de mon bateau, parce que évidemment je ne sais pas… Donc, aucune exigence de CV nautique, surtout pas !

-     - Et si finalement je ne "sens" pas la bonne opportunité, pas grave, j’ai l’habitude d’être seul sur mon bateau et j’y suis bien.

 

Me voilà donc à Las Palmas. Bateau amarré, formalités d’arrivée faites.

Je suis un peu dans les brumes, la dernière nuit a été peu généreuse en heures de sommeil, et j’ai tellement envie d’une douche.

La serviette sur l’épaule, le savon et le shampoing dans un sac, je longe le quai en direction du bloc sanitaire à quelques centaines de mètres du bateau, passant devant les vitrines des shipchandlers et les terrasses des restaurants. Devant l’un d’eux, je me fais harponner par un serveur qui me vante les qualités et le petit prix de son plat du jour. Je lui dis que les seules choses dont j’ai envie et besoin pour l’instant c’est une bonne douche et ensuite dormir. Il insiste un peu et entame une petite discussion :

-       - tu viens d’où ?

-       - de France (un peu laconique, pas vraiment envie de parler, pas maintenant)

-       - vous êtes combien sur le bateau ?

-       - je suis seul

Et en me prenant d’autorité le bras puis me tirant vers une table de sa terrasse :

-       - viens, il y là une française qui cherche un bateau, tu peux l’emmener avec toi.

Et me voilà devant une certaine Véronique qui aimerait aller en Amérique du sud en bateau.

Bon, la douche d’abord et on verra après.

L’opportunité d’une rencontre a donc été très très rapide.  Reste à savoir si c’est la bonne.

Après avoir fait brièvement connaissance, nous convenons que Véronique vienne s’installer sur le bateau pour une cohabitation au port d’environ une semaine et de faire ensuite le point pour l’éventuelle traversée.

Notre vie commune dans le relativement petit espace de Vo Lu Mondu se passe très bien, pas la moindre anicroche, je sens vraiment un respect réciproque. Nous avons à peu près les mêmes habitudes alimentaires ce qui est un gros avantage sur un bateau et, cerise sur le gâteau, depuis une semaine les odeurs qui s’échappent par le hublot de la cuisine après avoir empli le volume du bateau me font produire des litres de salive.

La semaine a passé rapidement, Véronique à la machine à coudre pour refaire fort bien une housse à la bouée fer à cheval et moi au bricolage pour rendre la cabine arrière un peu plus "finie" pour son confort.

Et d’un commun accord, nous décidons que la traversée se fera à deux avec le sentiment que tout ira bien.

La suite, c’est un plein chariot de supermarché directement livré sur le ponton, puis passage ce matin au marché central pour une grosse commande de fruits et légumes (entre autre, 25 kg des délicieuses oranges canariennes !). Toute cette fraiche "verdure" sera également livrée directement au bateau au dernier moment. Restent à faire la petite formalité de sortie auprès de la police des frontières, le passage à la capitainerie pour payer notre amarrage (ça fait plusieurs jours que nous n’y allons plus parce qu’on nous avait dit de partir et qu’on en avait pas envie) et le plein de gasoil.

Véronique vient de me dire qu’il lui tardait de défaire les nœuds qui retiennent Vo Lu Mondu au ponton, ça tombe bien, moi aussi.

Départ samedi 17 novembre dans l’après midi pour environ 2800 milles nautiques (environ 5200 km) d’eau libre devant l’étrave.

 

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 00:12

 

La marina de Las Palmas est vraiment grande, je crois avoir lu quelque part qu’il y a 1250 places. Cependant à mon arrivée on m’annonce qu’il n’y en a aucune disponible, la faute à un grand rallye transatlantique (l’ARC) et ses 250 bateaux, tous plutôt grands, probablement aucun en dessous de 12 mètres, la moyenne doit plutôt tourner autour des 14 mètres. Frais d’inscription de l’ordre de 5000 € paraît-il. Ils partiront en direction de Sainte Lucie aux Antilles le 25 novembre.

Après un peu d’insistance de ma part, j’obtiens quand même une place jusqu’au lendemain mais pas dans le port principal, dans un bassin annexe en général utilisé par les bateaux locaux, lequel bassin est quasiment vide à mon arrivée. Tu parles qu’il n’y a pas de place !

En fait, je m’en rendrais compte plus tard, ce bassin est réservé pour les catamarans qui participent au rallye. Ça fait plus d’une semaine que je suis au même endroit, dans un coin du bassin, et que je vais chaque jour quémander une journée supplémentaire et qu'on me l’accorde. Les choses ont évolué et Vo Lu Mondu est maintenant entouré de catamarans, les plus "petits " mesurant 14 mètres… De là à dire qu’il fait tache dans ce milieu avec ses airs de baroudeur brut de décoffrage, il y a un pas qu’on peut franchir allègrement, ce qui n’est pas pour me déplaire…

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Même si nous ne jouons pas dans la même cour de récréation, j’ai quand même quelques contacts sympas avec certains de mes voisins, en particulier avec une famille avec 2 petits enfants et un petit chien.

Les journées se succèdent à un rythme que je trouve, comme toujours, trop rapide. Je m’occupe en allant au marché chercher fruits et légumes (les oranges locales sont délicieusement douces et tout aussi douces pour le porte-monnaie) et en faisant les petits bricolages toujours nécessaires sur le bateau. Dès que j’ai eu fini la liste des choses à faire avant de partir j’en ai fait une deuxième, je n’ose pas dire seconde, la venue d’une troisième n’étant pas à exclure.

Vous vous demandez peut-être ce qu’il peut bien y avoir sur ces listes qui existent sur pratiquement tous les bateaux. Exemple de ce que j’ai fait hier :

-      - Enfin installé le tuyau et la pomme de douche. Bon, ça ne donne pas de l’eau chaude pour autant mais ça sera tout de même appréciable, je pense, sous les tropiques. Les réservoirs se trouvant sous la ligne de flottaison, l’eau douce sera à la température de la mer, ça devrait aller.

-      - Terminé le support en contreplaqué de l’antenne GPS de l’AIS et mis en place.

-      - Essayé une fois de plus de colmater une infiltration d’eau récalcitrante qui se produit quand les vagues escaladent l’avant du bateau et ça mouille la couchette. Je verrai le résultat plus tard.

-      - Démonté la pompe à eau du moteur pour la bourrer de graisse pour éviter la fuite qui m’a un peu embêté en venant ici, en attendant de changer le joint en Martinique. J’ai fait ça le matin et l’après midi, Patrick, un voisin de bateau m’a dit qu’il avait le même problème sur le même moteur et qu’il avait trouvé les joints adéquats. Donc ce matin, j’ai démonté une fois de plus la pompe et je suis allé chercher les joints, 5 kilomètres à pieds environ, retour en bus quand même. Et cet après midi, remontage de l’ensemble et, miracle, plus de fuite.

- et pour terminer, un petit réglage sur le régulateur d'allure après contact par courriel avec le fabriquant au Québec. Ça pris une petite minute pour résoudre un problème bien embêtant.

Histoire de varier le menu journalier, amoureux des petits félins, je vais régulièrement rendre visite à la colonie de "chats libres", c’est plus joli que "chats errants", qui vivent entre les blocs de béton de la digue du port. Ils sont une soixantaine, paraît-il, et une association s’occupe de les nourrir, les soigner si besoin et les stériliser pour éviter une trop grande prolifération. Et pour ne pas leur faire subir ce traitement deux fois ou plus, le vétérinaire leur coupe une pointe d’oreille pour les différencier. Pas très élégant mais efficace.

Et histoire d’alimenter mon blog "Chat" (http://feliscatus.over-blog.com), je fais des dizaines de photos de petits félins pas si domestiques que ça, la plupart sont très méfiants et restent à distance respectable. Je n’ai pu en caresser qu’un seul.

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Autre occupation indispensable, trouver un endroit avec une connexion internet correcte. Le réseau de la marina fonctionne bien mais le bateau est trop loin pour capter un signal suffisant. Quand je dis indispensable, ça l’est vraiment pour tout voyageur actuel. Ils ne doivent vraiment pas être nombreux ceux qui se promènent sur la planète sans ordinateur ou iPad. Internet a révolutionné le voyage, entre autre. Mon ordinateur, c’est mon lien avec le reste du monde, ma famille, mes amis, vous les lecteurs de ce blog. De nos jours, on cherche une connexion pour avoir ses courriels alors que je me rappelle qu’il y a une vingtaine d’années je cherchais la poste principale à Sydney, Dakar ou Papeete pour trouver mon courrier en poste restante. Et là, deux scénarios possibles : soit il n’y avait pas les lettres tellement espérées et la déception était souvent cruelle, soit une belle pile d’enveloppes timbrées vous attendait, le vrai bonheur, et vous vous retrouviez sur le premier banc public à proximité à vous demander par laquelle de ces merveilles manuscrites  bordées de bleu et de rouge du courrier par avion vous alliez commencer le délice de la lecture. La saveur était infiniment plus intense que la consultation de quelques lignes électroniques même si celles-ci sont aussi très appréciées, après avoir mis à la poubelle les éléments indésirables. Les temps changent, tout évolue.

 

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 09:05

Le temps passe tellement vite…

Déjà deux semaines depuis mon départ et me voilà arrivé à l’escale prévue, Las Palmas sur l’île de Gran Canaria.

Avant de vous faire un petit résumé sur ce trajet maritime, un petit mot pour remercier tous ceux qui m’ont envoyé un commentaire sur le blog après la parution de l‘article sur mon départ. Je les ai trouvés aujourd’hui en arrivant et ça m’a fait très très plaisir. Je retrouve mes habituées fidèles de longue date, Françoise, Pascale, Marie, et aussi mes nouvelles chouettes voisines périgourdines, Nadine et Caty, et je n’oublie bien sûr pas tous les autres. 1000 mercis à tous et toutes.

Donc petit résumé de ces quatorze jours en mer. C’est mon plus long trajet en distance (1468 milles nautiques,  soit 2720 kms) mais c’est un jour de moins que mon retour laborieux des Açores l’année dernière. Autant celui-ci m’avait paru interminable du fait du manque de coopération persistant d’Eole, autant celui-là a passé relativement vite, surtout la première semaine avec des vents parfaits en force et direction. La deuxième semaine, c’est une autre histoire.

 

Jour 1 : Pas de vent, c’était prévu, mais apparemment, d’après les prévisions météo, le bon moment pour partir traverser ce Golfe de Gascogne que les navigateurs n’apprécient pas vraiment tellement il peut être mauvais quand une dépression qui vient de traverser tout l’océan vous tombe dessus. J’en ai eu un sérieux aperçu l’année dernière et, non merci, je ne tiens pas, mais alors pas du tout à me resservir de ce plat-là. Sortie de l’estuaire de la Gironde avec la marée descendante, mais la rencontre du courant qui m’emporte vers le large avec la houle qui rencontre les hauts fonds sablonneux  fait que je me retrouve à naviguer dans une grande marmite qui bouillonne et Vo Lu Mondu se met à danser sur un drôle de tempo, pas très académique, je pense, et… nooon, j’veux pas être malade, pas déjà, pas tout de suite, je ne suis même pas encore vraiment en mer, l’eau doit être encore un peu douce (bon, c’est vrai que je suis à la base un marin d’eau douce), je sais que je vais avoir le mal de mer tôt ou tard, mais là c’est vraiment trop tôt. Et… les poissons ont été déçus, ils me suivaient déjà les charognards, je ne leur ai pas donné mon déjeuner en cours de digestion.

Bon, je suis resté un peu vaseux trois ou quatre jours mais, non, je n’ai pas été malade. Je ne m’en plains bien sûr pas comme vous pouvez imaginer.

La première nuit a été assez magique,  bienvenu au paradis des navigateurs (mis à part le manque de vent) : surface océanique absolument sans le moindre relief,  un ciel incroyablement étoilé comme je n’en avais jamais vu sous nos latitudes,  navigation sous une coupole de milliers de diamants scintillant de tous leurs éclats, plein les mirettes…, et dans le sillage du bateau, comme sortant de sous la carène, du plancton phosphorescent  qui faisait ressembler mon bateau à une comète avec son panache étincelant. (j’écrit comète et pas étoile filante parce qu’il faut bien rester réaliste,  Vo Lu Mondu est un bon bateau mais de là à prétendre qu’il « file »… Vous trouvez pas que comète ça donne une impression de moins rapide ?)

 

Jour 2 :  Une chose que je ne m’explique pas : alors que je suis la plupart du temps dans le bateau, pourquoi faut-il qu’à un certain moment  je sorte alors que la marche du bateau ne me le demande pas et que c’est précisément à cet instant qu’apparait un aileron fendant la surface bleu marine à quelque distance du bateau? Cette fois pas de doute, vu la forme arrondie de l’aileron, c’est un globicéphale.  Et quelques minutes plus tard ils seront une dizaine à nous accompagner Vo Lu Mondu et  moi. Le « phénomène » se reproduira quelques jours plus tard avec des dauphins.

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Bon, il y a peut-être des tas d’autres fois où je ne sors pas alors que je suis entouré de baleines et autres cachalots… ça me rappelle une fois, en Suède, où je suis sorti parce que je me suis senti comme observé et de me rendre compte que le bateau passait à environ cinq mètres d’un phoque qui me regardait passer comme l’aurait fait une vache avec un train.  

Autre visite en ce deuxième jour alors que je suis à 250 kms des côtes,  un  petit oiseau, à peine plus gros qu’une mésange, posé là, sur la capote, aussi surpris que moi lorsque nos regards se sont croisés.  Il a trouvé sur ce perchoir flottant un support pour se reposer et quelques grains de riz à se mettre sous le bec puis à fini par reprendre les airs ce qui est, avouez-le, une place plus naturelle pour ce genre d’animal. J’aurais bien aimé qu’il reste plus longtemps, ça a du bon la compagnie… Quelques jours plus tard j’aurai également la visite d’un de ses congénères mais celui-là a visité l’intérieur du bateau. Peut-être était-ce le même…

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Jour 4 : Une nuit sans vent, bien dormi. Au matin, un vent de force 3-4, une mer totalement désordonnée, inconfort maxi et toujours pas malade. Je suis content et soulagé, je suis sorti du golfe de Gascogne, il m’ a laissé passé tout tranquillement avec des bonnes conditions de vent. C’était vraiment la bonne fenêtre météo par laquelle je me suis glissé.

 

Jour 5 : Nuit pas top, je suis à la pointe nord-ouest de l’Espagne, il y a beaucoup de trafic, et du gros : cargos, tankers, etc… Faut que les surveille, je leur laisse toutes priorités, la loi du plus fort.

Mauvaise nouvelle ce matin, j’ai fouillé dans tous les coffres, je n’ai que trois boites d’ananas, la cata ! Trois boites pour deux semaines, sûr que le syndrome de manque va me guetter. Faut vous dire que, contrairement à la moitié de la population mondiale, je ne suis pas né dans un chou mais dans un plan d’ananas. Probablement parce qu’en Côte d’Ivoire ça pousse mieux que les choux. Trois boites !!! Faudra faire avec, se rationner et faire des choix : pamplemousses (ils se conservent longtemps mais je n’en ai pas tant que ça) ou ananas mais pas les deux le même jour. Même pas drôle… Bon, pour compenser, ce soir je vais regarder deux films de suite.

 

Jour 6 :  Coup de vent en court, force 6 à 7 et creux de 4 à 5 mètres, Vo Lu Mondu se comporte très bien au vent arrière sous grand voile à trois ris et foc roulé au trois quart et tangoné. Le bateau laisse un joli sillage d’écume en surfant sur les vagues avec des pointes à plus de 10 nœuds.

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Quand le vent sera établi à 35 nœuds, grand voile affalée complètement et j’avance juste avec la trinquette. Je suis à ce moment au niveau de Porto. J’ai regardé ce soir Indiana Jones, besoin de distraction dans ces conditions de navigations qui sont toujours un peu stressantes. Je venais juste de m’endormir profondément quand j’ai eu un réveil pour le moins brutal et éminemment désagréable : vu que pas mal de vagues passaient sur le bateau, j’avais bien sûr fermé tous les hublots et les aérateurs, histoire de rester au sec. Tous les aérateurs ? Non, tous sauf deux, qui se trouvent très bien protégés dans les hiloires du cockpit, jamais une goutte d’eau n’est entrée par là. Bref, je dormais très bien et j’ai reçu de manière plus que soudaine un bon litre d’eau en plein sur la tête. Pas 10 cm à droite ou à gauche, non, en pleine poire !!! Trempé, fraîche et salée, d’autant plus qu’elle était totalement inattendue. J’ai fini la nuit sur la banquette, sèche celle-là. Pas dormi pour autant, un peu secoué aussi par la douche non désirée et les vagues totalement désordonnées qui secouaient le bateau.

 

Jour 7 : Le vent et la mer ont fini par se fatiguer un peu et ont donc bien baisser d’intensité, pas plus mal. Deuxième bonne nouvelle du jour, j’ai retrouvé une boite d’ananas, entre les petits pois carotte et le maïs.

En fin de journée, Eole et Thalassa se reposent, donc le moteur prend la relève si je veux quand même poursuivre ma route.

 

Jour 8 : A 3 heures, réveillé par une alarme sonore inhabituelle que je n’arrive pas à identifier sur l’instant. Je bondis de la couchette quand je réalise que c’est celle de température du moteur. Je le stoppe immédiatement le diagnostique est vite fait : rotor de pompe à eau H.S.  Comme la mer est parfaitement calme (qui sait comment elle sera demain ?), je sors la trousse à outils en pleine nuit pour réparer. J’ai la pièce de rechange donc il n’y qu’à s’y mettre. A 5 heures le moteur se réveille et moi je m’endors.

Il me semble que j’ai trouvé mon rythme de vie après une semaine. J’ai retrouvé de l’appétit et donc je cuisine plus, même si probablement mes préparations restent du niveau école préparatoire de la première année d’école hôtelière et encore en beaucoup moins académique, voire pas académique du tout. Mais au moins j’apprécie ce que je cuisine et ça nourrit le bonhomme, ce qui au fond est quand même le but de la chose.

Pour la nourriture comme pour le sommeil, c’est quand le besoin s’en fait sentir et pas en fonction de l’heure. Au fait quelle heure est-il ? "7 heures du matin peut être. Je n'ai plus l'heure et je m'en moque." Paul-Emile Victor. J’en suis à ce point-là.  De plus, c’est l’avantage du solitaire, vivre dans le présent, dans l’instant, le seul futur est un futur à court terme, les 24h du bulletin météo. Après, c’est après, je verrai bien…

Mon réveil, mon ordinateur et mes instruments électroniques sont restés à l’heure « de chez nous ». Comme je suis déjà bien à l’ouest (au sens premier, je précise ; Quoique…) il fait nuit plus tard et jour plus tard aussi ce qui fait que l’heure n’a plus beaucoup de sens. Mon ordinateur s’est décalé d’une heure, on est passé à l’heure d’hiver ? J’en sais rien et de toute façon je ne vais pas vers l’hiver, je vais au chaud. Alors heure d’hiver, heure légale ou UTC, ça m’est complètement égal et mon réveil me sert uniquement pour me réveiller (noooon, pas possible !) et pour savoir quand mes pommes de terre sont cuites.

De toutes façons, le temps s’écoule comme l’eau sous la coque de Vo Lu Mondu, les jours passent et je me rapproche de l’escale.

Mon rasoir électrique a disparu dans la tempête, impossible de le retrouver et ce n’est pas faute d’avoir chercher même dans les endroits les plus improbables. Si j’avais un  frigo je serais allé jusqu’à regarder dedans au cas où… Bon, ça m’a permis de voir que j’avais des rasoirs à main, je serai donc à peu près présentable pour les formalités à l’arrivée au premier port.

 

Jour 10 : Dîner spectacle en terrasse ce soir. Alors que je préparais mon repas, comme pour les globicéphales, quelque chose m’appeler dehors et j’ai vu un dauphin traverser la surface bleu acier de l’océan pour effectuer un formidable saut avec comme un temps d’arrêt au sommet de sa parabole, marionnette suspendue à son fil. Magnifique ! Et il en rajoute une couche.

Il est rapidement rejoint par quelques uns de ses semblables et, comme souvent pour ne pas dire toujours ils se sont donnés rendez-vous juste devant l’étrave pour zigzaguer devant le bateau. Après être retourné à mes préparations culinaires, repas en terrasse comme annoncé pour admirer les évolutions des ces animaux fabuleux, ils sont maintenant un trentaine à tourner autour du bateau. Ce sont des dauphins tachetés, surtout des jeunes qui ont la singulière particularité de ne pas avoir de taches… En fait les taches apparaissent avec l’âge et seuls les adultes en sont pourvus. J’ai fini mon repas dans l’obscurité, sous la pluie, trempé, les organisateurs n’avaient pas tout prévu. Le menu du soir ? Je ne sais plus, je me rappelle seulement que les dernières bouchées étaient froides mais l’important était ailleurs.

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Jour 11 : Pas de vent. No comment !

 

Jour 12 : Mon cap idéal est au 205, sud sud ouest. Et le vent il vient d’où ?  Que celui ou celle qui a dit 205 lève la main. Bingo ! C’est gagné. Conséquence, faut aller contre le vent, au près ce qui n’est jamais réjouissant. Comme on ne peut pas aller directement face au vent, il faut tirer des bords et on dit que ça donne 2 fois la distance à faire et trois fois le temps. Ok, ça c’est peut-être à peu près valable avec une embarcation qui remonte bien au vent mais pas avec ce type de bateau de voyage avec peu de tirant d’eau et surtout très large (Vo Lu Mondu fait 4 mètres de large), surtout quand le vent prend des tours pour arriver bientôt aux 30 nœuds. Le résultat ? Je navigue vite mais très loin de l’axe du vent (environ 60° d’écart), je fais pas mal de chemin pour ne pratiquement rien gagner vers le but. Sans parler de l’inconfort parce que qui dit 30 nœuds de vent dit vagues en conséquence. Donc chaque mille gagné dans la bonne direction est tout à la fois un pensum et une victoire, mais surtout un pensum. Au bout de quelques heures à ce régime indigeste, je craque, enroule foc et trinquette et mets le moteur, cap au 205 (youpiiiie !!!), j’avance à 2 nœuds mais dans la bonne direction. Pas rapide du tout mais c’est tout bénef.

 

Jour 13 : Le vent a disparu et, pour une fois, je ne m’en plains pas du tout. Le pilote automatique fait une fixation sur le 205, tant mieux, et ni vent ni vagues la vitesse s’en ressent , 4 nœuds, je ne cherche pas aller plus vite, le moteur tourne à bas régime et consomme peu. Et je viens de détecter une fuite à la pompe à eau du moteur, pas très importante mais il faudra régler le problème à l’escale.

 

Jour 14 et dernier jour : arrivé à 11h30 après avoir ralenti pendant la nuit pour arriver près de l’île Gran Canaria avec la lumière du jour. Toujours délicat d’arriver dans la pénombre, on ne voit pas trop où on met les pieds du bateau. Au matin les nuages sont très bas et je ne vois aucun des hauts pics volcaniques caractéristiques de ces îles, Tenerife, Lanzarote, Fuerteventura.

Bien content d’être arrivé, mon plus grand voyage, et deux envies : une douche et dormir.

 

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         © Marc Perrussel

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 12:33

Eh voilà ce qui arrive quand on est accro, on y retourne.

J'espère que vous serez encore derrière l'écran, depuis le temps que ce blog est en sommeil.

VoLuMondu tout propre, ce n'était pas un luxe, remis à l'eau il y a deux heures, tout est prêt, moi aussi, D236429départ imminent, dès que j'aurai fini d'écrire ces quelques mots.

La destination ? Fini les eaux nordiques, direction le soleil des Canaries dans un premier temps puis traversée de la grande baignoire bleue pour un Noël dans la chaleur des Caraïbes, en Martinique plus précisément. Pas mal comme programme, non ?

Grande nouveauté sur le blog, vous pouvez me suivre quasiment en temps réel (position actualisée toutes les 8 heures). Pour cela, regardez dans la colonne de droite, case "où suis-je" et cliquez sur "link".

Pffff ! Big brother is watching me...

Comme on ne change pas un bon programme, vous ne savez pas quoi ? Pas un souffle de vent. J'espère qu'Eole m'a pardonné les mots pas très sympas que j'ai écrits sur lui dans un de mes derniers articles. Je ne lui en veux plus depuis.

A bientôt.

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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 20:00

25  août
je suis depuis hier suffisamment proche des côtes espagnoles et françaises pour recevoir des bulletins météorologiques.

Voyons voir ce qui est annoncé ce matin sur Pazenn, la zone où je suis en ce moment :

« Gale warning » = avis de tempête, force 8, mer forte à très forte.
Trop cool !!! J'y crois pas...
Tu crois que le gars qui tape ça sur son clavier, bien installé chez MétéoFrance, il mettrait quelques formes pour adoucir les choses, quelque chose du style : « salut les p'tits gars sur la mer, la nuit a été bonne ? J'espère que oui parce que la prochaine risque d'être un brin différente. Juste un  petit coup de vent de presque rien qui va vous arriver dessus. Alors préparez-vous tranquillement à faire le dos rond pendant un moment et tout se passera bien. Bonne journée. »
Non, c'est plutôt : « Eh les gars, vous allez vous en prendre une bonne, j'vous dis pas ! »
Cette traversée risque bien de refléter ce qu'est très souvent la navigation à la voile : ou trop ou pas assez de vent. L'entre deux n'existe qu'en rêve. Plaisance-déplaisance.
Je suis prêt pour la bataille, le bateau aussi, rangé, rien ne devrait voler à l'intérieur sans que je le souhaite à moins que les esprits s'en mêlent.
La voilure est déjà plutôt réduite car ça a déjà bien soufflé la nuit dernière.
Donc, il n'y a plus qu'à attendre. Et peut-être que, une fois de plus, les prévisions seront plus qu'approximatives, dans le bon sens cette fois, j'espère.

27 août
Bon, ben ça y est, elle est derrière moi, ou plutôt devant. Elle est partie décorner je ne sais quel animal marin plus à l'Est.
Elle, c'est cette dépression qui a profondément labouré la surface océanique et j'ai eu la mauvaise idée de me trouver devant son soc.
Les prévisionistes de MétéoFrance et MeteoEspana ne se sont pas trop trompés dans leur annonce, ils avaient juste omis de préciser (ce qu'ils feront plus tard) que la zone qui serait la plus durement touchée serait justement celle où je me trouvais.
Donc le force 8 annoncé indique le vent moyen, environ 45 noeuds, auxquels il faut ajouter des fortes rafales annoncées également.

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          © Marc Perrussel

Petit résumé de l'épisode :
Ma route est juste dans l'axe du déplacement de la dépression donc je suis vent arrière, un moindre mal à mon sens. La mer s'est rapidement creusée et la surface a pris la forme d'un grand huit de fête foraine. Et comme dans ce genre de « divertissement », c'est la descente qui est la plus impressionnante, avec le virage serré en bas.
Vo lu mondu, la voilure réduite au maximum, s'en donne à cœur joie et se comporte à merveille en surfant à 10 noeuds sur ces pistes aquatiques bien pentues. Il se grise de ces impressions tout à fait nouvelles pour lui.
Et Eole a décidé d'en remettre une bonne couche, juste pour voir probablement. Et là c'est devenu un peu trop pour le pilote automatique qui n' a plus vraiment contrôlé le dérapage de fin de piste et j'ai finalement décidé de siffler la fin de partie au petit matin.

7 0074          © Marc Perrussel
Donc mise à la cape à sec de toile pour attendre que l'environnement soit dans des dispositions plus douces et pacifiques à mon égard.
Le bateau s'est installé travers aux vagues et a commencé à dériver à plus de 2 noeuds, dans la bonne direction pour ma destination donc c'est toujours ça de pris. 

Il fait le bouchon, monte, descend en suivant le relief marin. Le confort est pour le moins relatif...
Impressionnant que de se sentir soulevé par les vagues puis de redescendre plus ou moins vertigineusement  5 mètres plus bas.
Le bateau est fermé hermétiquement et des paquets d'eau salée s'écrasent contre ses flancs avec un bruit d’enfer et s’affalent son dos avec un vacarme de cataracte.
Dehors, l'ambiance n'est pas celle d'aller prendre un bol d'air, bien que celui-ci pourrait être vivifiant quoiqu'un brin humide et salé. Le gréement siffle, hurle sous les assauts des rageuses rafales. 45, 50 noeuds voire plus ? Quelle importance ! Beaucoup trop de toute façon.
Combien de temps cela va-t-il durer ? Pas la moindre idée. Donc je commence par dormir (ou plutôt j'essaye...), la nuit précédente ne m'ayant pas offert ce dont j'avais besoin en sommeil. Puis lecture, musique, manger un peu sans faim.
Le hasard a voulu que je m'accorde cette pose juste sur le bord du rail des navires de commerce, cargos, tankers, minéraliers, porte-conteneurs, etc...
C'est un peu l'autoroute nord-sud pour ce gros trafic. Je repère tous ces bâtiments sur mon AIS et j'ai dû contacter par radio la passerelle de deux d'entre eux pour leur demander de modifier leur cap pour m'éviter un peu largement.

7 0045-copie-1          © Marc Perrussel
Un avion des garde-côtes m'a survolé et appelé par VHF pour savoir si j'étais en difficulté. En difficulté pour naviguer, ça oui, qui n'en n'aurait pas dans de telles conditions, mais pas d'autre difficulté en l'occurrence. J'attends en totale sécurité dans ma solide boite étanche et flottante, c'est tout.
12 heures à faire le yoyo et le pendule dans le concert hurlant des haubans, pataras et drisses puis, le tempo ayant considérablement baissé, je remets en route avec pour seule voilure un mouchoir de poche plié en deux. Oui, ça à l'air jouable... Et progressivement, proportionnellement à la diminution de la force du vent, la surface vélique augmente. La mer est toujours pour le moins agitée de grands soubresauts mais cela ne pose pas de problème. Cette fin de dépression me pousse à bonne allure vers ma destination.
Je vais me coucher et, mis à part une interruption pour remettre de la toile vers 3h du matin,  je dormirais 11h d'affilée.
Et ce matin je me traîne de nouveau à 3  nœuds...
Cette traversée, c'est un peu comme dans les téléfilms, après un épisode intense, il faut laisser au spectateur le temps de reprendre son souffle, d'aller aux toilettes, reprendre un paquet de chips, une boisson.
J'aime pas les téléfilms !!! D'autant moins que dans celui-là, depuis près de 2 semaines, le metteur en scène il s'est pas foulé en matière d'action. Soporifique ! Et puis des chips, j'en ai plus depuis un bon moment ; quant aux toilettes, je n'attends pas que le scénario me dise quand c'est le moment...

Les prévisions ne sont pas réjouissantes du tout, je sais trop bien ce que veut dire le « variable force 2 à 4 » de MétéoFrance. C'est un euphémisme pour dire : « mon coco, t'as encore du gasoil dans ton réservoir ? Parce que pour ce qui est du vent, ce sera que dalle, pas un louf, pétole. Quant à la direction de ce néant éolien, t'as qu'à choisir ce qui te plaira. » Bande d'hypocrites, troupeau de dégonflés, vous pouvez pas dire les choses clairement, non ?
Du gasoil, j'en ai encore mais pas suffisamment pour les 183 milles qui se trouvent encore devant l'étrave de Vo lu mondu, plein Est. Il va falloir gérer ça autant que possible et en garder pour l'entrée dans l'estuaire de la Gironde où, selon le moment où je m'y présenterai, je risque de devoir faire face à un fort courant de marée descendante.
Je trouve ça fascinant de voir comment le simple frottement d'un courant d'air sur une surface liquide peut provoquer aussi rapidement de telles déformations, de tels reliefs, hautes montagnes et profondes vallées. Et encore, ce que je viens de voir n'est probablement rien par rapport à ce qui peut se passer sous les hautes latitudes australes ou boréales, ou même lors d'une grosse tempête hivernale sur la pointe de Bretagne ou même le golfe de Gascogne où je me trouve actuellement.
Mais c'est ok pour moi, je n'ai aucune envie d'aller vérifier cette supposition, je préfère rester dans le domaine de l'imagination.
Et je suis étonné de constater le peu de temps qu'il faut à la surface océanique pour retrouver sa platitude après avoir été déformée à un tel point. C’est comme si Dame Nature, mécontente de son esquisse, effaçait tout d’un coup de gomme géante pour recommencer une oeuvre plus à son goût.

Bon, je vous laisse, je vais m'offrir quelques heures de moteur...
Incroyable, Julie l’araignée est allée tisser une toile sur l’empennage de mon éolienne ! C’est vous dire si les éléments sont déchaînés aujourd’hui.

28 août
Journée sans histoire. Un petit peu de vent, de quoi aider le moteur qui continue son boulot avec une sobriété qui m’étonne. Je pense que j’aurai finalement assez de carburant pour aller au bout même si je n’ai pas du tout de vent. Il me reste 75 milles jusqu’à Royan. ça commence à sentir l’écurie.
J’ai traversé aujourd’hui une zone intéressante, là où le fond de l’océan remonte de quelques milles de plus de 3000 m à 200 m pour donner le plateau continental.
Une bonne chose que je n’ai pas eu cette tempête dans ces parages car ce relief sous marin si abrupt lève dans ces cas-là une mer très très mauvaise, l’endroit où il ne faut absolument pas se trouver. Aujourd’hui, calme plat, je ne m’en plains pas.
Mais l’intérêt de cet endroit est que cette espèce de falaise sous marine entraîne des remontées de courants profonds entrainant avec eux une grande quantité de zooplancton, nourriture favorite d’une foule d’espèces de poissons et de baleines.
Et la chaine alimentaire se développe avec les petits mangeurs de plancton qui se font dévorer par des plus gros prédateurs qui eux-mêmes sont attendus au détour d’une crête de vague par encore plus gros et ainsi de suite. Il n’y a que les baleines qui traitent en général sans intermédiaire, directement du minuscule au géant.
Donc j’ai passé une bonne partie de la journée à observer l’environnement.
Bilan : un souffle de baleine (très probablement un rorqual commun ou une baleine bleue vu la hauteur du souffle), une grosse tortue, un dauphin qui m’a accompagné quelques minutes en me regardant, des bancs de poissons faisant bouillonner la surface, pour le plus grand plaisir des fous de Bassan qui, tels des flèches, plongeaient verticalement pour attraper ces proies.
Vraiment l’impression que cette zone grouille de vie.
Bon, c’est bien beau tout ça mais mon gratin de pommes de terre est cuit et les invités ne vont pas tarder à arriver. J’ai invité les voisins pour ce qui sera, j’espère, ma dernière soirée en mer.

 

29 août

Pas la moindre risée sur la surface. Un vrai miroir. Pas de problème pour rejoindre Royan aujourd'hui mais peut-être pas assez tôt pour arriver à temps pour la marée montante qui me pousserait jusqu'à Mortagne sur Gironde. Je ne vais pas faire le difficile, Royan sera très bien...

2ème (!) journée de navigation en tshirt (la 1ère étant le 1er jour), il fait chaud.

J'en avais eu l'intuition et la voilà, la vedette des douanes qui se dirige vers moi et me tourne autour.

J'ai de la visite ce matin, 3 douaniers, sympas heureusement, qui vont passer 2 heures à bord pour fouiller le bateau de fond en comble, et dans ce genre de bateau il y en a des coins et des recoins.

Et moi je passerai un certain temps à ranger après leur passage...

Evidemment ils n'ont rien trouvé. La seule poudre blanche qui se trouve à bord c'est de la farine (si, si, c'est vrai). J'ai souri intérieurement en voyant le douanier, très perplexe, tourner dans tous les sens le dernier paquet de farine suédoise qui me reste.

17h45

Vo lu mondu est amarré au ponton et moi je vais marcher...

7 0112        © Marc Perrussel

 

Bon, maintenant que je suis arrivé, j’ai un message personnel à transmettre à Eole, soit-disant dieu (certainement autoproclamé) du vent, donc, vous arrêtez de lire puisque c’est personnel.
- Jean-Claude, j’ai dit on ne lit plus, va plutôt pêcher du poisson en boîte.
Alors Eole, faut que je te dise un truc que je pense depuis longtemps : tu es vraiment vraiment un sacré ENFOIRE !!!!
Et je reste poli parce que je sais très bien qu’ils sont encore tous en train de lire, bande d’indiscrets !, y compris ma mère et ça ne lui ferait sûrement pas plaisir que je rajoute quelques qualificatifs peu cordiaux et même carrément grossiers, et pourtant ce n’est pas l’envie qui me manque.

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"La vie c'est le truc qui passe pendant qu'on multiplie les projets."
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"Passer sa vie à cheminer le long d'une route droite, profondément encaissée entre de hauts talus, est faire médiocre usage des jours que le destin nous a accordés, tandis qu'ils peuvent être ensoleillés si l'on grimpe le talus pour flâner en liberté sur le vaste plateau qui le surmonte."
Alexandra David-Neel
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"7 heures du matin peut être. Je n'ai plus l'heure et je m'en moque."
Paul-Emile Victor
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"La seule chose dont on soit sûr à l'avance de l'échec, est celle que l'on ne tente pas."
Paul-Emile Victor
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"Je ne vois pas de délégation de nos Frères à quatre pattes.
Je ne vois pas de siège pour les Aigles.
Nous oublions et nous nous croyons supérieurs.
Mais nous ne sommes en fin de compte rien de plus qu'une partie de la Création. Et nous devons réfléchir pour comprendre où nous sommes situés.
Nous sommes quelque part entre la montagne et la fourmi.
Quelque part et seulement là comme une partie et parcelle de la Création."
Oren Lyons Iroquois Onondaga.
Extrait d'un appel aux organisations non gouvernementales des Nations Unies - Genève - Suisse - 1977.

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"La nature est lente mais sûre.
Elle ne travaille pas plus vite qu'elle n'a besoin de le faire.
Elle est la tortue qui remporte la course de la  persévérance."                                                                                                 

Henry David Thoreau
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"C'est une triste chose de penser que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas."
Victor Hugo
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"Qu'est-ce qu'en général qu'un voyageur ? C'est un homme qui s'en va chercher un bout de conversation au bout du monde."
Barbay d'Aurevilly
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" Faites ce que vous êtes capables d'effectuer ou croyez pouvoir faire. L'audace est porteuse de génie, de pouvoir et de magie."
Goethe

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"Si la cruauté humaine s'est tant exercée contre l'homme, c'est trop souvent qu'elle s'était fait la main sur les animaux. Tout homme qui chasse s'endurcit pour la guerre."
Marguerite Yourcenar
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"Il faut sauver les condors. Pas tellement parce que nous avons besoin des condors, mais parce que nous avons besoin de développer les qualités humaines pour les sauver. Car ce seront celles-là mêmes dont nous aurons besoin pour nous sauver nous-mêmes."
Mac Millan, ornithologue du XIXe siècle
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